Présidence du groupe LREM: Encore un scrutin houleux pour les macronistes

ASSEMBLÉE Les députés macronistes doivent élire leur nouveau président de groupe mardi et le scrutin s'annonce serré...

Laure Cometti

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Qui va succéder à Richard Ferrand à la présidence du groupe LREM à l'Assemblée?
Qui va succéder à Richard Ferrand à la présidence du groupe LREM à l'Assemblée? — PDN/SIPA
  • Le groupe des députés La République en marche doit élire son nouveau président mardi.
  • Ce scrutin interne a attisé les convoitises et donné lieu à dix candidatures, dont trois se sont finalement retirées avant le vote.
  • Le successeur de Richard Ferrand se retrouvera à la tête d’un groupe en ordre un peu plus dispersé qu’il y a un an en cette rentrée parlementaire très chargée.

Encore un scrutin interne difficile pour les macronistes. Une semaine après avoir choisi leur candidat pour le perchoir de l’Assemblée, les députés marcheurs doivent élire mardi leur nouveau président de groupe. Une place laissée vacante par Richard Ferrand, élu sans surprise à Tours le 10 septembre, puis plus difficilement le 12 dans l’hémicycle, une cinquantaine de macronistes lui ayant refusé leur voix. Si l’on ajoute à cet avertissement le contexte politique compliqué pour la majorité en cette rentrée, cette élection interne s’annonce compliquée et la tâche pour le futur président du groupe encore davantage.

« Pas de personnalité évidente pour remplacer Richard »

« On va avoir des jours plus chauds, avec la recomposition à la tête du groupe, car il n’y a pas une personnalité qui émerge », prédisait le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau à Tours le 10 septembre. « Notre manière de gérer ce scrutin montrera le degré de maturité de notre groupe », poursuivait-il.

Avant même que Richard Ferrand ne soit officiellement désigné pour succéder à François de Rugy, de nombreux marcheurs s’inquiétaient déjà de sa succession. « Ça ferait fouillis que les candidatures se multiplient », craignait-on à la pause-café avant le dépouillement des bulletins. Les cadres du parti plaidaient déjà pour « l’autorégulation », en vain, puisque dix députés se sont portés candidats. « Il n’y avait aucun candidat naturel, donc beaucoup ont tenté leur chance », analyse un élu.

« Il n’y a pas de personnalité évidente qui s’impose pour succéder à Richard », constatait Thomas Mesnier, député de Charente, à l’unisson avec la plupart de ses collègues. C’est probablement l’une des raisons du foisonnement des candidatures, avec « le ras-le-bol » que « tout soit imposé d’en haut », souffle une députée.

Deux abandons in extremis

Trois prétendants se sont finalement retirés de la course in extremis, à quelques heures du vote. Le porte-parole de La République en marche Gabriel Attal a d’abord jeté l’éponge. « Nous sommes dix candidats. C’est beaucoup. C’est trop », a écrit l’élu des Hauts-de-Seine à ses collègues, expliquant ne pas vouloir « contribuer à la dispersion ». Il a annoncé ce mardi qu'il voterait pour Roland Lescure, l'un des favoris avec Gilles Le Gendre.

Dans la foulée, le député du Rhône Bruno Bonnell lui a emboîté le pas, lui aussi « préoccupé par notre nombre qui allait forcément entraîner une grande dispersion des voix ». « Soucieux de voir élire une présidence avec une majorité clairement exprimée, je pense qu’il est important de réduire le nombre de candidats », a-t-il justifié, annonçant soutenir Gilles Le Gendre. Puis c'est au tour de Perrine Goulet, députée de la Nièvre et moins connue du grand public, de se retirer.

Leur choix a été salué par plusieurs députés, mais leurs partisans ont été surpris. « C’est du gâchis », déplore un soutien de Gabriel Attal. « C’est judicieux de leur part, mais ça traduit une absence totale de gestion de la majorité », confie un député.

Une femme à la tête du groupe ?

Il reste donc sept candidats en lice, trois femmes et quatre hommes : Laëtitia Avia (députée de Paris), Brigitte Bourguignon (Pas-de-Calais), Jean-Charles Colas-Roy (Isère), Gilles Le Gendre (Paris, vice-président et porte-parole du groupe), Roland Lescure (Français établis hors de France), Amélie de Montchalin (Essonne) et Rémy Rebeyrotte (Saône-et-Loire).

Un foisonnement de candidatures qui témoigne aussi de l’émergence de courants au sein du bloc majoritaire arrivé dans l’hémicycle il y a un peu plus d’un an. Ainsi, l’ancienne socialiste Brigitte Bourguignon, qui dit vouloir porter « l’ambition sociale » macroniste avec d’autres députés. Le parti aurait préféré que cette bataille se joue en interne, certains ont mené la campagne dans les médias. La présidente de la commission des Affaires sociales a publié une tribune dans le JDD dimanche, et Laëtitia Avia a annoncé sa candidature au Monde.

Rassembler et remotiver les troupes

« Il y a une revendication collective pour qu’une femme soit présidente du groupe puisqu’on a choisi un homme pour le perchoir », constate un élu LREM. Un résultat qui n’est pas acquis. Gilles Le Gendre et Roland Lescure font figure de favoris. Si c’est un homme qui l’emporte mardi, il devra vraisemblablement composer avec la déception des nombreux partisans d’une féminisation des postes-clés du parti.

Celui ou celle qui succédera à Richard Ferrand dès mardi aura aussi la lourde tâche de rassembler et remotiver les troupes en cette rentrée compliquée, avec un calendrier législatif très chargé. La députée Frédérique Dumas (ex-UDI) a claqué avec fracas la porte du parti présidentiel dimanche, quelques mois après le départ de Jean-Michel Clément, venu des rangs socialistes et reparti en avril dernier, après à peine un an d’aventure macroniste.