VIDEO. «Ancien monde», «tambouille», «féministe de bavardage»… L’opposition dégomme Richard Ferrand, élu au perchoir

REPORTAGE Richard Ferrand a été élu président de l'Assemblée nationale...

Thibaut Le Gal

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Richard Ferrand au perchoir
Richard Ferrand au perchoir — Eric FEFERBERG / AFP
  • Après le départ de François de Rugy au ministère de l’Ecologie, les députés votaient pour élire leur nouveau président.
  • Richard Ferrand a été élu au perchoir avec 254 voix sur 484 exprimées.
  • L’opposition a dénoncé dans cette victoire, un symbole de l'« ancien monde ».

Parfum de rentrée au palais Bourbon. Brouhaha, bavardages, noms d’oiseau à la volée… Les députés retrouvent ce mercredi le chemin de l'hémicycle avec la dissipation des nouveaux écoliers. Fin de vacances oblige, il faut désigner son délégué. Ou plutôt le nouveau président de l’Assemblée nationale, après le départ de François de Rugy au ministère de l'Ecologie.

L’un après l’autre, les parlementaires sont appelés pour déposer leur bulletin dans l’urne au centre de l’hémicycle. Quelques blagues fusent, lorsque la vice-présidente écorche le nom du député Belhaddad en Benalla, ou lorsque l’absent Manuel Valls est nommé : « Il est déjà à Barcelone ! » Pour le reste, aucune surprise : la majorité acclame en fin de journée la victoire annoncée de Richard Ferrand, élu par 254 voix sur 484 exprimées. Pas de score écrasant donc pour l’ancien patron du groupe de La République en marche, toujours aux prises avec la justice dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. L’opposition avait, elle, fourbi ses armes. 20 Minutes revient sur leurs principales attaques.

Ferrand, symbole de « l’ancien monde »

C’est le principal reproche des opposants. « Avec l’élection de Ferrand, on a le retour de l’ancien monde », dénonce Ludovic Pajot du Rassemblement national. « C’est de la tambouille politicienne, un petit jeu de chaises musicales pour placer Rugy et Ferrand. On est dans une République de l’entre-soi, très loin des valeurs soi-disant portées par le nouveau monde », tacle le député Damien Abad, vice-président Les Républicains.

« On aurait aimé être surpris, mais l’élection de Richard Ferrand est tout sauf une surprise. Ce n’est pas le candidat des députés de la majorité, c’est d’abord celui du président de la République, enfonce Boris Vallaud, porte-parole du groupe socialiste. Le remaniement n’était qu’une opération de recasage. On a donc un ami du président, un exécutant pour ne pas dire un exécuteur du Parlement au vu de la réforme constitutionnelle, un homme, un vieux routier de la politique au perchoir. »

Ferrand, un président « soumis aux ordres de l’exécutif »

Comme Boris Vallaud, l’opposition dénonce la victoire d’un macroniste de la première heure. « Rugy était macroniste par pur opportunisme, un donneur de leçons qu’il n’appliquait pas à lui-même… Avec Ferrand, on revient à une figure souvent vue de la Ve République. Le président de l’Assemblée nationale sera un très proche du président, son relais direct. Celui qui faisait la police des idées dans son groupe. Espérons qu’il aura moins le goût d’abaisser le parlementarisme que son prédécesseur », dénonce l’insoumis Alexis Corbière.

« C’est un mauvais coup porté à l’Assemblée nationale. On avait besoin d’une personnalité morale forte, capable de maintenir l’équilibre des pouvoirs avec le gouvernement, qui ne cesse de s’essuyer les pieds sur le Parlement. Je crains une soumission encore plus forte aux ordres de l’exécutif », prolonge Damien Abad.

Ferrand ou le « féminisme de bavardage »

La parité a toujours été l’un des arguments du renouvellement macronien. Avec 47 % d’élues, La République en marche constitue d’ailleurs le groupe comptant la part la plus importante de femmes. Mais malgré la campagne « féministe » de certains marcheurs, Barbara Pompili s’est inclinée lundi au vote interne. Pour forcer le trait, La France insoumise, Les Républicains et les socialistes avaient tous trois choisi de présenter une candidature féminine. « Le discours de LREM sur la parité n’est qu’un discours de façade », juge Ludovic Pajot. « Des féministes de bavardage », ajoute Alexis Corbière.

« Sa petite blague "vous me pardonnerez de ne pas être une femme" dit tout. Macron candidat souhaitait nommer une femme à Matignon. Mais avec Macron président, c’est toujours plus tard », se désole Boris Vallaud.

Ferrand, élu sans les voix du MoDem

C’était une petite surprise : le MoDem, pourtant allié de la majorité, avait choisi de présenter Marc Fesneau face à Richard Ferrand. Un « signal » pour rappeler que les centristes sont un des « deux piliers » de la majorité. Leur candidat obtient d’ailleurs 86 voix, bien plus que les 46 parlementaires composants le groupe centriste.

Un désaveu pour les opposants à LREM. « Cela démontre que Richard Ferrand est loin de faire l’unanimité au sein de la majorité », tranche Ludovic Pajot. « La candidature du MoDem est un signe politique réel : aujourd’hui, le groupe LREM vit sur lui-même, avance Abad. La promesse macronienne d’un dépassement des clivages droite-gauche s’est transformée en un enfermement des marcheurs sur leur socle et leur parti. »