Erik Tegnér, le candidat à la présidence des Jeunes Républicains qui prône l’alliance avec Marine Le Pen

POLITIQUE Erik Tegnér, candidat des Jeunes LR, prône l'alliance de la droite avec Marine Le Pen...

Thibaut Le Gal

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Erik Tegnér, candidat déclaré à la présidence des jeunes LR
Erik Tegnér, candidat déclaré à la présidence des jeunes LR — Philippe LOPEZ / AFP
  • Erik Tegnér, candidat pour prendre la tête des Jeunes LR, prône l'alliance de la droite avec Marine Le Pen.
  • Sa candidature agace certains membres du parti.

« Il y a une chape de plombs aujourd’hui chez Les Républicains. Une forme de bienpensance. J’ai décidé d’être candidat pour libérer la parole. » A bientôt 25 ans, Erik Tegnér entend bousculer sa famille politique. Le jeune militant est pour l’instant seul candidat déclaré à la présidence des jeunes LR prévue mi-octobre. Avec une ligne politique « sulfureuse » :  l'union des droitesqui a fait rager le numéro 2 du parti dimanche.

« Pendant la campagne interne de Laurent Wauquiez, j’étais étonné de voir qu’environ la moitié des jeunes LR que je rencontrais étaient prêts à parler et travailler avec le Front national [désormais Rassemblement national], dit-il. Mais par peur des pressions, personne n’assume devant les caméras. Avec ma candidature, j’ai donc décidé de faire de ce scrutin, où le vote est secret, un référendum pour ou contre cette union ».

« Qu’attend le parti pour condamner et pour l’exclure ? »

La semaine dernière, Erik Tegnér lançait sur une péniche parisienne sa campagne sans cadre du parti. Dans la foule des 200 invités figuraient en revanche Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, Jean-Frédéric Poisson du Parti Chrétien-Démocrate, et le député RN Sébastien Chenu.

Erik Tegner (au centre) avec le député Rassemblement national Sébastien Chenu (à droite)
Erik Tegner (au centre) avec le député Rassemblement national Sébastien Chenu (à droite) - Philippe LOPEZ / AFP

« C’est une manière de déconstruire les murs », se satisfait l’ex-UMP devenu porte-parole du parti de Marine Le Pen. « Je note une différence entre la base, dont fait partie ce jeune homme courageux, et l’hypocrisie des cadres LR et de Laurent Wauquiez, qui reprend en partie notre discours mais refuse de nous parler ». Le patron de la droite, qui a toujours refusé de faire alliance avec les frontistes, a réagi fin août sur RTL à cette candidature. « Je ne fonctionne pas par l’exclusion et l’anathème. [Erik Tegnér] a le droit de porter ses idées. Il y a des débats et les adhérents des Républicains tranchent. »

Une position inadmissible pour Cédric Rivet-Sow, coordinateur des jeunes chez Libres !, le mouvement de Valérie Pécresse. « Qu’attend le parti pour condamner et pour l’exclure ? Laurent Wauquiez est dans un double discours. Aux yeux de tous, on a un jeune adhérent qui porte la marque LR et fait campagne avec le FN en s’affichant avec des groupuscules extrémistes comme des ex-GUD ou de Génération identitaire. C’est le cheval de Troie du RN au sein de LR », s’agace l’ancien président des Jeunes avec Fillon, qui ajoute : « Erik aime bien la lumière, faire parler de lui. Je remarque qu’il change souvent d’avis puisqu’il appelle à une union des droites alors qu’il la condamnait il y a encore peu de temps… »

« Je confronte le parti à ses ambiguités »

En août 2017, Erik Tegnér, alors proche de Virginie Calmels, signait une tribune dans l’Obs pour «refuser toute alliance avec le Front national». Le militant, passé un an par le FN en 2011, s’en défend. « J’assume avoir menti là-dessus, parce que j’étais chez Calmels. J’ai depuis rompu avec elle ». élude-t-il. Mise à part Thierry Mariani, qui prône également le rapprochement avec Marine Le Pen, le militant n’a reçu aucun soutien de la part du parti. Aucun soutien public, se défend-t-il.

« Beaucoup de parlementaires pensent comme moi mais n’osent pas me serrer la main pour pas se faire cramer ». A l’entendre, Aurane Reihanian, possible candidat de Laurent Wauquiez pour prendre la tête des jeunes LR, serait d’ailleurs sur la même ligne sans pouvoir le dire.

« Moi, je ne fais que poursuivre la stratégie de Laurent Wauquiez : dialoguer avec les gens qui pensent comme nous, dit Tegnér. Je confronte le parti à ses ambiguités. Soit ils m’excluent et montrent l’insincérité de leur discours. Soit ils cautionnent et valident la porosité avec le RN. »

Les conditions pour se présenter au scrutin devraient être décidées lors d’un bureau politique le 18 septembre prochain, mais Erik Tegnér est persuadé que le parti fera tout pour empêcher sa candidature. « Le parti va verrouiller l’élection, mais tout ça est très prometteur », se réjouit Paul-Marie Coûteaux, partisan historique de ce rapprochement. « En quelques mois, ce vieux combat d’union des droites a fait des pas de géant. Il y a eu l’appel d’Angers, et sur le terrain, dans le Vaucluse ou en Gironde des élus LR et RN font cause commune. Les partis gardent encore leur soupape de sécurité, mais ça craque petit à petit. »

Erik Tegnér dit vouloir préparer le terrain de la recomposition politique. Et le retour de Marion Maréchal ? Celui qui suivra les cours de son école à Lyon répond sans hésiter : « On ne pourra évidemment pas faire sans elle ».