Bordeaux: L'avenir de l'Europe agite la sphère juppéiste

POLITIQUE Le maire de Bordeaux réunissait ce week-end plusieurs « fidèles » pour évoquer les Européennes et le bilan du président Macron...

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé, et Jean-Pierre Raffarin, le 9 septembre 2018 à l'issue des deuxièmes "Vendanges de Bordeaux"
Alain Juppé, et Jean-Pierre Raffarin, le 9 septembre 2018 à l'issue des deuxièmes "Vendanges de Bordeaux" — M.Bosredon/20Minutes
  • On trouvait aux « Vendanges de Bordeaux » Jean-Pierre Raffarin, Fabienne Keller, Dominique Bussereau...
  • Cette rencontre débouchera sur une « plateforme fondamentale » qui déterminera la position d'Alain Juppé et ses fidèles aux élections Européennes.
  • Le maire de Bordeaux ne s'y présentera certainement pas, mais regardera les listes attentivement.

Alain Juppé a dressé dimanche le bilan des deuxièmes Vendanges de Bordeaux. Ce week-end, le maire de Bordeaux, qui s’est mis en retrait des Républicains, réunissait des fidèles dans le cadre de cette rencontre politique informelle, avec des cadres proches de son idéologie: Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, Fabienne Keller, Maël de Calan... Que des personnalités en rupture de ban avec la direction actuelle des Républicains. Et bienveillantes avec Emmanuel Macron.

Alain Juppé avait convié les médias pour dresser un bilan de cette rencontre. Pile le jour où un sondage le désigne comme le personnage politique qui incarne le mieux, avec Nicolas Sarkozy, la droite. Loin devant Laurent Wauquiez. « C’est un sondage bicéphale, a plaisanté l’ancien candidat aux primaires de la droite. Cela fait toujours plaisir, mais je n’ai plus d’ambition électorale… » Avant de préciser : « Nationale. » Une hésitation qui a amusé ses proches.

Alain Juppé, lors des deuxièmes
Alain Juppé, lors des deuxièmes - M.Bosredon/20Minutes

Cette petite phrase confirme surtout que le maire de Bordeaux n’a pas l’intention d’être candidat aux Européennes, et qu’il s’intéresse avant tout à sa propre succession dans sa ville. On devrait savoir l’année prochaine s’il se représente ou pas.

Sur l’Europe, « il y a la conscience qu’il vaut mieux être ensemble que séparés »

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des idées, et des envies, au niveau européen. « Je souhaite que mes idées l’emportent [au cours des élections]. » Et concernant la liste qu’il soutiendra, il estime que « ce qui sera important ce sera le fond, et un peu la forme. »

Les personnalités réunies autour d’Alain Juppé ont donc beaucoup abordé la question européenne ce week-end. Et elles abordent toutes ces prochaines échéances électorales d'une même voix, assurent-elles. « Nous sommes bien conscients que l’image de l’union européenne est écornée au sein de l’opinion publique, encore que les choses sont beaucoup plus complexes qu’on le pense, analyse Juppé. Certes, il y a une montée du populisme, du discours europhobe, mais en même temps il y a la conscience qu’il vaut mieux être ensemble que séparés. Il y a un non très clair à toute forme de "frexit", à l’abandon de l’euro… »

« Le modèle européen n’est pas le modèle américain »

Pour redonner une envie d’Europe aux Français, « il faut un vrai débat sur les valeurs. » « C’est d’abord l’amour de la liberté, pas du libéralisme. Il faut aussi une exigence de justice, de justice sociale. Le modèle européen n’est pas le modèle américain. Nous sommes attachés à l’égalité des chances, à la solidarité envers les plus faibles… Une troisième valeur : la paix. L’Europe a été construite là-dessus, or on voit réapparaître le mot de guerre. L’Europe doit être un fauteur de paix. Enfin dernière valeur : la solidarité entre les nations. Toutes ces valeurs aujourd’hui sont contestées au sein des Etats de l’Union. »

Le deuxième volet du message européen des « Juppéistes », concerne la soi-disant « impuissance » de l’Europe. « Or, l’Europe ne marche pas si mal, même si elle est perfectible. Il faut cibler les politiques européennes sur des priorités. Il faut prendre à bras-le-corps la question des migrations: il faut une politique migratoire sur le respect du droit d’asile, mais aussi sur le contrôle des flux en fixant des quotas. Il faut progresser dans la défense et la sécurité de l’Europe, et les déclarations du président Trump montrent que s’appuyer sur les autres, c’est risqué, et dangereux. Les priorités, ce sont aussi l’emploi et le développement économique, garder le leadership sur le développement durable, et la nécessité de construire avec l’Afrique un véritable partenariat: il faut y aller et ne pas laisser la Chine seule… »

Sur Macron, « nous refusons tous l’opposition bête et méchante »

A l’issue de ces rencontres sera rédigée une « plateforme fondamentale », et concernant Alain Juppé « c’est à la lumière de ces plateformes que je me déterminerai pour les élections européennes. » Il regardera ainsi « quelle est la liste qui porte le mieux les idées exprimées parmi nous. »

S'agira-t-il des listes LR, ou celles de LREM ? Mystère. Il n'empêche que les proches de Juppé ont aussi dressé le bilan de l’action du Président de la République et du gouvernement. Et qu'il est loin d'être négatif à leurs yeux. « Bien sûr nous avons tous voté Macron au deuxième tour de la présidentielle, donc nous avons tous un a priori favorable, soutient Alain Juppé. Et nous souhaitons tous que l’action de réforme qui a été entreprise réussisse. »

Au bout d’un an « il y a eu des avancées très significatives et des réussites, sur l’éducation, sur le marché du travail, sur la réforme de la SNCF… Il y a bien sûr des manques. Nous souhaiterions que la maîtrise de la dépense publique soit assurée plus efficacement qu’aujourd’hui. Nous attendons un véritable plan contre la pauvreté. Il y a encore des progrès à faire en matière de justice et de politique pénale. Ce n’est pas une attitude critique, nous refusons tous l’opposition bête et méchante, mais nous avons la volonté d’aider, soit de l’extérieur soit de l’intérieur. »

« Si je m’étais proclamé Jupitérien, j’en aurais pris plein la gueule… »

A une question sur la gouvernance du président Macron, Alain Juppé s’est en revanche montré grinçant : « si je m’étais proclamé Jupitérien, j’en aurais pris plein la gueule… Enfin bon, chacun a sa méthode. »

Sur la démission de Nicolas Hulot, le maire de Bordeaux dit « ne pas souhaiter en faire un enjeu de politique politicienne » mais pense « que cela doit être un électrochoc dans l’opinion publique, pour que nous nous convainquions les uns les autres - et Chirac l’a déjà dit il y a vingt ans - qu’il y a le feu dans la maison. Bientôt elle va être calcinée. »

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