VIDEO. Démission de Nicolas Hulot: «Nous sommes tous des lobbyistes» estime un député LREM

INTERVIEW Député de la Gironde, Benoit Simian, qui travaille sur de nombreux dossiers en lien avec l’environnement, revient pour « 20 Minutes » sur la démission de Nicolas Hulot…

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances.
Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances. — B.Simian
  • Pour le député LREM Benoit Simian, Nicolas Hulot « voulait aller trop vite ».
  • Il estime que les avancées en matière d’environnement sont « réelles ».
  • L’élu pense surtout qu’il faut savoir travailler avec les lobbyistes.

Député de la 5e circonscription de la Gironde (Médoc), Benoit Simian a travaillé sur de nombreux sujets en lien avec l’environnement, comme le projet de réforme de la chasse. Il est aussi chargé d’une mission sur le train à hydrogène en France. Il revient pour 20 Minutes sur la démission du ministre de la Transition écologique et solidaire.

Par les dossiers sur lesquels vous travaillez, vous étiez en contact régulier avec Nicolas Hulot ou ses services. Cette démission vous a-t-elle surpris ?

Beaucoup, car je pensais vraiment que cette idée de démission était derrière lui. Je le trouvais pragmatique sur les dossiers, il me donnait le sentiment de vouloir avancer. J’ai énormément apprécié travailler avec lui, que ce soit sur le Signal, le réchauffement climatique, le train à hydrogène, la chasse… Maintenant, il faut respecter sa décision qui est personnelle. Et même si elle a des conséquences sur la majorité, sur le gouvernement, avec ou sans lui on doit continuer d’avancer car oui, l’urgence écologique est réelle.

Pensez-vous qu’il était à sa place en tant que ministre de la Transition écologique et solidaire ?

Je crois que c’était un ministre en souffrance. Il voulait aller trop vite. En matière d’écologie, on veut tous aller vite, mais il faut accepter de faire des compromis, car derrière il y a une autre réalité qui s’appelle l’économie. Il y a une différence entre être un militant écologiste, et être aux responsabilités.

Vous parlez de compromis. Manifestement ce sont justement ces compromis qui ont poussé Nicolas Hulot à la démission…

Quand vous avez un président de la République qui parle du sujet de l’hydrogène devant le congrès de Versailles, c’est qu’il y a un certain intérêt tout de même. Je suis fils d’apiculteur, et jamais un gouvernement ne s’est engagé comme cela sur l’interdiction des néonicotinoïdes ! Il y a eu les 50 % de bio dans les cantines [d’ici à 2022], la sortie du glyphosate dans les 3 ans [sans que ce soit inscrit dans la loi, au grand dam de Nicolas Hulot]… Il faut quand même voir tout ce que l’on a fait en peu de temps. Mais on ne peut pas non plus mettre notre économie à plat. Je plaide pour une écologie pragmatique, connectée au réel. Il ne faut pas tomber dans la boboïsation de notre société.

Vous avez beaucoup travaillé sur le projet de réforme de la chasse, qui aurait été la goutte d’eau pour Nicolas Hulot. Que pensez-vous de ce projet ?

Sur la réforme de la chasse j’étais au cœur du réacteur, et j’ai beaucoup travaillé avec Sébastien Lecornu pour respecter de bons équilibres, et au final ils le sont, y compris en termes de biodiversité.

Je trouve que la sortie de Nicolas Hulot sur les lobbyistes est tout de même un peu fort de café, parce que Thierry Coste, il est archiconnu dans le monde des chasseurs depuis des années. J’ai moi-même affaire régulièrement à des lobbyistes, et d’ailleurs les plus puissants sont ceux de la Fondation Nicolas Hulot ! Je peux vous assurer qu’ils sont très brillants. Mais il n’y a pas de problème. Au final, c’est à nous de trancher. Et puis, nous sommes tous les représentants d’un intérêt, donc nous sommes tous des lobbyistes. Moi-même, je suis le lobbyiste du Médoc, qui est mon territoire. Quand on est acteur politique, on se doit d’écouter l’ensemble des intervenants sur les sujets. Coste, il était là pour aider le président de la fédération des chasseurs, Willy Schraen, c’était son homme de confiance.

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