VIDEO. Démission de Nicolas Hulot: «Hier soir, je n’ai pas vu un ministre en colère, ni sur le départ»

POLITIQUE Willy Schraen, de la Fédération nationale des chasseurs, était présent lundi soir, tout comme Nicolas Hulot, à la réunion sur la réforme de la chasse. Il se dit étonné par les propos de l’ex-ministre présentant cette rencontre comme la goutte d’eau de trop…

Fabrice Pouliquen

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Nicolas Hulot a démissionné de son poste de ministre de la Transition écologique et solidaire ce mardi 28 août.
Nicolas Hulot a démissionné de son poste de ministre de la Transition écologique et solidaire ce mardi 28 août. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
  • Ce mardi matin, sur France Inter, Nicolas Hulot a annoncé sa démission du gouvernement.
  • Il dénonce notamment la «présence des lobbies dans les cercles du pouvoir», illustrée par celle du conseiller politique des chasseurs lors d’une réunion importante lundi à l’Elysée, qui a «achevé» de le convaincre de quitter le gouvernement.
  • Présent à cette réunion, Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, assure pourtant que la réunion s’est déroulée sans accroc.

Quel rôle a bien pu jouer la réunion sur la chasse dans la démission ce mardi matin de Nicolas Hulot du gouvernement ?

La réunion, destinée à préparer une réforme de la chasse en France, s’est tenue lundi soir à l’Elysée dans le salon jouxtant le bureau du chef de l’État. « Nous étions une dizaine de personnes, indique à 20 Minutes Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC).

« Il n’y a pas eu de dispute »

« Quatre représentants de la FNC, dont mon conseiller politique et lobbyiste Thierry Coste, et côté gouvernement, deux ministres [ Nicolas Hulot  et son secrétaire d’État Sébastien Lecornu], le chef de l’État, un conseiller politique et un sénateur. » Sur le fond des dossiers, Willy Schraen l’assure : « Je suis quelqu’un de franc, de très direct. Je le dirai sans détour si cette réunion avait été à problème. Nous avons eu un débat évidemment, nous ne sommes pas copains avec Nicolas Hulot. Cela fait 35 ans que l’on s’affronte sur des sujets d’écologie et de ruralité. Mais sur les 1h30 que nous avons passées ensemble lundi soir, il n’y a pas eu de dispute. Je n’ai pas vu un ministre sur le départ, ni un ministre en colère. Nous avions même fixé des réunions et un planning avec lui courant sur octobre et novembre. »

Le dernier mot pour Nicolas Hulot ?

Willy Schraen assure même que Nicolas Hulot a validé la majorité « des propositions émises par la FNC ». « Pour chaque dossier abordé, précise-t-il, Emmanuel Macron se tournait in fine vers Nicolas Hulot et c’était bien lui, en tant que ministre de la Transition écologique, qui tranchait. »

Les propositions n’étaient d’ailleurs pas toutes conflictuelles. « La FNC proposait par exemple de baisser de moitié les prélèvements en France de tourterelles des bois, une espèce d’oiseau qui ne va pas bien et qui reste massivement chassée dans le reste de l’Europe. On passerait alors de 150.000 tourterelles des bois tuées en France à 75.000. Nicolas Hulot a validé cette proposition, il était d’accord », estime Willy Schraen.

Plus polémique, la FNC demandait également l’autorisation de reprendre les tirs de régulation sur les grands cormorans là où ils avaient été suspendus. « Le cormoran est une espèce protégée mais elle pullule en certains endroits et cause des dégâts sur les cultures et la faune aquatique, justifie Willy Schraen. Nous demandions à pouvoir réguler cette espèce. Nicolas Hulot a dit calmement « je suis contre ». Emmanuel Macron a répondu qu’il n’y avait pas de problème, qu’on suivrait son avis. »

La goutte d’eau Thierry Coste

Les 1h30 de réunion se seraient passés ainsi, assure le président de la FNC. Sans éclat de voix. Nicolas Hulot a confirmé d’une certaine façon ce mardi matin au micro de France Inter, peu après avoir annoncé sa démission. « Ne pensons pas que ma décision vient d’un différend sur la réforme de la chasse », précisait-il.

Pourtant, un peu plus loin, l’ex ministre de la Transition écologique revenait sur cette fameuse réunion de lundi soir en pointant la présence autour de la table de Thierry Coste. L’ex-ministre de la Transition écologique et solidaire expliquait alors que la présence de l’influent lobbyiste de la chasse avait été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase d’une frustration devenue insupportable.

« Ces propos après coup ne sont pas corrects, fustige lui Willy Schraen. La présence de Thierry Coste n’avait rien d’extraordinaire. Il est mon conseiller politique. Il se déplace depuis près de 25 ans avec tous les présidents de fédération quand il faut aller voir un ministre ou un secrétaire d’État. Et puis, il ne faut pas oublier que Nicolas Hulot était ministre d’État. Si une personne ne lui plaisait pas autour de cette table, il n’avait qu’un mot à dire au président de la République. Thierry Coste aurait quitté la salle immédiatement. Nicolas Hulot ne l’a pas fait. »

« Des questionnements depuis des mois »

Reste alors l’hypothèse d’une colère intériorisée par Nicolas Hulot pour la laisser éclater au micro de France Inter ce mardi matin. Matthieu Orphelin​, député LREM proche de Nicolas Hulot dont il a été le bras droit à la Fondation Nicolas Hulot, invite à ne pas donner trop d’importance à la réunion de lundi soir. « J’ai reçu un SMS de sa part m’indiquant que la rencontre ne s’était pas très bien passée et peut-être qu’elle a conforté Nicolas Hulot dans sa décision de démissionner ce mardi matin, commence-t-il. Mais ça fait plusieurs semaines, plusieurs mois même qu’il avait des questionnements sur son rôle au sein du gouvernement. Le choix était cornélien : soit rester, ce qui revenait à dire que l’action du gouvernement actuel était suffisante, soit partir et prendre le risque alors que la politique du gouvernement en matière d’écologie soit pire encore par la suite. »