Jean-Luc Mélenchon a-t-il abandonné la stratégie «populiste» pour retenter «l'union des gauches»?

POLITIQUE Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis se retrouvent de jeudi à dimanche pour les universités d'été du mouvement...

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • La France insoumise a convié plusieurs partis de gauche à son université d'été, organisée à partir de ce jeudi et jusqu'à dimanche à Marseille.
  • Jean-Luc Mélenchon, qui avait abandonné la stratégie d'union des gauches, a-t-il changé d'avis?

Opération portes-ouvertes pour La France insoumise, qui effectue jeudi  sa rentrée à Marseille. En plus de ses 3.000 militants, le mouvement a également convié à son  université d'été d'autres familles de gauche : Parti socialiste, Générations, EELV. « Dès qu’on m’invite pour parler d’écologie, j’y vais. Nous n’avons peut-être pas le même projet européen que les Insoumis, mais nous allons pouvoir en débattre », explique Karima Delli, eurodéputée EELV, qui participera à une conférence.

Depuis quelques semaines, les relations entre LFI et ses partenaires de gauche semblent s’être améliorées. «Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait plus de relation avec le PS, est venu au pot de fin de session des parlementaires le 17 juillet. Il y a des signes de réchauffement », confirme Régis Juanico, député Nouvelle Gauche et désormais membre de Générations. Fin juillet, communistes, socialistes et insoumis déposaient ensemble une motion de censure contre le gouvernement.

Changement profond ou décision tactique ?

« Face au rouleau compresseur Macron, il est important de porter une voix commune comme on a pu le faire sur cette motion de censure, estime Régis Juanico. Les Insoumis avaient indiqué vouloir sortir de l’axe droite-gauche pour former une opposition plus verticale [peuple contre oligarchie]. C’était d’ailleurs une de nos divergences ».

Pendant la campagne présidentielle, le tribun Mélenchon avait tenté de fédérer le peuple plutôt que d’unir les gauches. Le député LFI Adrien Quatennens rappelait en février dans le JDDles échecs du Front de gauche. « L’effet "rassemblement de la gauche" est plutôt un repoussoir qu’une dynamique […] Aujourd’hui j’en suis convaincu, les gens n’attendent pas que du vieux bois mort se rassemble pour faire le radeau de la méduse ».

La France insoumise aurait-elle donc changé d’avis ? C’est ce que dénonçait sur son blog François Cocq, orateur national de LFI début juillet :

La ligne stratégique dite "populiste" a été rangée ce week-end au placard pour laisser place au "leadership à gauche". Je considère pour ma part qu’il s’agit là d’une erreur terrible et d’un profond retour en arrière ».

« Appuyer sur le même accélérateur pour obtenir du concret »

« La stratégie de fond n’a pas changé : fédérer le peuple. Le mouvement citoyen est le meilleur moyen pour arriver au pouvoir. L’union des gauches a échoué parce que la principale force, le PS, était passé de l’autre côté pendant des années, répond Eric Coquerel député LFI. En même temps, notre progamme est de gauche et nous voulons incarner un leadership progressiste ».

L’élu de Seine-Saint-Denis rappelle que deux députés Les Républicains sont également invités à Marseille. « Cela montre qu’on est capable de débattre, voire même d’appuyer sur le même accélérateur à l’Assemblée pour obtenir du concret malgré les divergences, ajoute-t-il. D’autant que les socialistes sont passés d’une démarche "ni Macron ni Mélenchon" à une attitude plus respectueuse. Depuis la motion de censure, ils ont montré qu’ils étaient maintenant clairement dans l’opposition ». Dans un entretien à la Provence publié ce jeudi, Jean-Luc Mélenchon prévient : « M. Macron va se trouver face à une digue d’une longueur à laquelle il ne s’attend pas. Nous ferons tout pour avoir le front le plus large possible ».

Régis Juanico s’inquiète : « Même si on a eu des points communs sur l’affaire Benalla ou la réforme de l’Assemblée, je ne comprends pas l’invitation de députés LR. N’oublions pas que la droite a voté la réforme SNCF, ne trouvait pas la loi asile assez dure, etc. Avec Jean-Luc, le message n’est pas toujours très clair. Est-ce que LFI a profondément changé de stratégie ou est-ce qu’il s’agit d’une décision purement tactique ? Ça vaut le coup de venir en discuter ».

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