Réformes, affaire Benalla, équation budgétaire... Pourquoi la rentrée d'Emmanuel Macron s'annonce (très) compliquée

RENTREE Si Emmanuel macron prépare sa rentrée avec une détermination intacte, il devra composer avec une croissance décevante et une image écornée par l'affaire Benalla...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron le 19 juillet à Sarliac-sur-l'Isle.
Emmanuel Macron le 19 juillet à Sarliac-sur-l'Isle. — Nicolas TUCAT / AFP

Une rentrée sur les chapeaux de roues. De retour de vacances mardi, Emmanuel Macron réunit mercredi un conseil des ministres de rentrée pour lancer l’année II de son programme de réformes, avec une détermination intacte malgré une croissance décevante et une image écornée par l’affaire Benalla.

Juste après le conseil des ministres, le chef de l'Etat effectuera les derniers arbitrages budgétaires, lors d’une réunion avec le Premier ministre Edouard Philippe, ainsi que les ministres de l’Economie Bruno Le Maire, des Comptes Publics Gérald Darmanin, du Travail Muriel Pénicaud et de la Santé Agnès Buzyn.

Equation budgétaire

L’équation budgétaire pour 2019 s’annonce délicate, le gouvernement s’étant fixé un objectif ambitieux de compression des déficits, alors que la croissance 2018 s’annonce moindre qu’espéré - 1,8 % au lieu de 2 %, alors que l’Etat doit financer des mesures coûteuses, dont la suppression partielle de la taxe d’habitation. Autre inquiétude, le chômage, qui a grimpé en début d’année, n’a que légèrement baissé au 2e trimestre, à 9,1 % contre 8,9 % fin 2017.

Il n’est pas question d'un budget en «coups de rabot» émaillé d’économies uniformes mais de choix clairs qui reflèteront la politique du gouvernement, comprenant des hausses franches de crédits pour certains ministères -- éducation et formation, développement durable, securité, justice, défense -- et d’autres en nette baisse, explique l’entourage du président.

Les ministères les plus touchés par les baisses devraient être le ministère du Travail, en raison d’une nouvelle baisse des emplois aidés et celui de la Cohésion des territoires, avec une nouvelle réduction des aides au logement. Parmi les inconnues figure le nombre de suppressions de postes de fonctionnaires. Emmanuel Macron a promis 120.000 suppressions lors du quinquennat, dont 50.000 sur le périmètre de l’Etat.

Deux blocs

Côté réformes, le chef de l’Etat conserve « le même esprit de détermination et de combativité ». Comme il l’a glissé lors d’un bain de foule de l’été, vendredi à Bormes-les-Mimosas, pour la rentrée, « le mot d’ordre c’est 'ne croyez pas que je vais lâcher quoi que ce soit'. Ne croyez pas une seconde que je compte ralentir ou dévier » le rythme des réformes.

Son programme se répartit en deux blocs : d’une part sur les dossiers économiques et sociaux, avec la loi Pacte sur les entreprises, la « stratégie pauvreté », reportée en juillet mais qui devrait être annoncée à la mi-septembre selon Agnès Buzyninterrogée ce mardi par franceinfo. La renégociation de l 'assurance-chômage est prévue cet automne.

D’autre part, les projets qui relèvent de la « cohésion nationale » : le service national universel, la réforme du système de santé, attendue également dès septembre, la loi sur la bioéthique dont les orientations sont prévues en fin d’année, puis la reforme des retraites, courant 2019.

Emmanuel Macron reste également « déterminé à mener à son terme la réforme constitutionnelle », bloquée par les partis d’opposition en juillet en raison de l’affaire Benalla. « Il regrette que l’opposition ait instrumentalisé le sujet Benalla pour faire de l’obstruction parlementaire et très politicienne », souligne-t-on de même source.

Les suites de l’affaire Benalla

Quant à l'affaire Benalla, qui a révélé des «dysfonctionnements» à l'Elysée, elle a conforté la volonté du chef de l’Etat de réformer le fonctionnement de la présidence, souvent « archaïque ». Cette réflexion, entamée en octobre 2017, devrait aboutir à une réforme d’ici la fin de l’année, dont la nomination d’un directeur des services et un commandement unique pour le personnel chargé de sa sécurité, indique son entourage.

Après une grande offensive à droite comme à gauche lors de l’affaire Benalla, l’opposition a elle aussi fait une pause avant ses rendez-vous de rentrée cette semaine, dont le plus ambitieux est organisé par La France Insoumise. Le RN a annulé son université d’été faute d’argent et devrait se contenter d’un meeting à Fréjus (Var), les Républicains (LR) font leur rentrée dans plusieurs rassemblements, le plus important étant celui de La Baule (Loire-Atlantique) le 1er septembre. Son président Laurent Wauquiez privilégiera comme chaque année sa montée du Mont-Mézenc (Haute-Loire) le 26 août.

La France Insoumise organise pour la deuxième année consécutive ses « AMFiS d’été » à Marseille, de jeudi à dimanche, avec des dizaines d’ateliers et de débats, certains en présence d’une poignée de députés LR, socialistes et communistes. Invités, des élus LREM ont décliné, selon LFI. Egalement cette semaine, les socialistes organisent une réunion d’élus à La Rochelle (Charente-Maritime), et Europe Ecologie-Les Verts se réunit à Strasbourg. Dans la majorité, le MoDem de François Bayrou fera sa rentrée en septembre, et la République en marche n’organise pas de grand raout.