Le président de l'Inserm, mari de la ministre de la Santé, retire sa candidature

CONFLIT D'INTERETS Le président de l’Inserm, Yves Lévy, qui est marié à la ministre de la Santé, a retiré lundi sa candidature à un nouveau mandat à la tête de cet organisme public de recherche médicale…

20 Minutes avec AFP

— 

Yves Lévy et Agnès Buzyn.
Yves Lévy et Agnès Buzyn. — Thomas SAMSON / AFP

Reconduire ou pas l’époux de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn ? Telle était la question. L’exécutif devait procéder à un choix délicat, entre les états de service satisfaisants de ce haut fonctionnaire à la tête de l' Inserm, et les soupçons de conflits d’intérêts. Yves Lévy a préféré, ce lundi, retirer sa candidature à un nouveau mandat à la tête de cet organisme public de recherche médicale.

Le professeur Lévy, chercheur et médecin, a d’abord tenté de rester, puis préféré partir de lui-même. « Le gouvernement prend acte » de sa décision « de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm », a indiqué Matignon dans son communiqué.

Un processus de recrutement relancé

Ce départ ne sera pas immédiat, puisqu’il reste jusqu’à nouvel ordre « en charge de l’intérim à la tête de l’Inserm », ont souligné les services du Premier ministre. Yves Lévy, 60 ans, assure cet intérim depuis l’expiration le 12 juin de son mandat de quatre ans.

« Le processus de recrutement du PDG de l’Inserm sera relancé dans les prochaines semaines », a ajouté Matignon. Il avait déjà commencé, puisque des candidats avaient été entendus le 21 juin à huis clos par une commission ad hoc.

Le nom de ces candidats n’est pas révélé, conformément à la réglementation, pour permettre d’attirer les meilleurs postulants. Seuls deux ont choisi jusqu’ici de rendre publique leur candidature : Jessica Zucman-Rossi (Inserm, université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, université de Lille et Imperial College de Londres).

Des critiques infondées ?

Ce dernier s’est étonné que le gouvernement reparte à zéro. « Incroyable : le retrait de la candidature du PDG de l’Inserm à sa propre succession s’accompagne de l’abandon de l’appel à candidature actuel », a-t-il écrit sur Twitter.

Le maintien du professeur Lévy à ce poste prestigieux, après la nomination d’Agnès Buzyn au gouvernement en 2017, et l’hypothèse de sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans, ont valu des critiques à la ministre et au gouvernement. En interne, certains estimaient par ailleurs que l’intérim aurait pu échoir à quelqu’un d’autre.

Agnès Buzyn ne cessait de le répéter : les critiques lui paraissaient infondées. D’une part, la co-tutelle (avec le ministère de la Recherche) de l’Inserm lui avait été retirée par décret dès mai 2017, au profit du Premier ministre. D’autre part, elle a assuré « ne pas [s]'impliquer dans la carrière de [son] mari », ni en le conseillant, ni en le favorisant.

Mariés depuis 21 ans

« Le gouvernement rappelle que l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêt entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en œuvre de façon continue depuis mai 2017 », ont insisté les services du Premier ministre. Yves Lévy « sera prochainement appelé à d’autres fonctions », selon Matignon.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale a indiqué dans un communiqué que Yves Lévy avait « adressé ce jour à l’ensemble des personnels de l’Inserm un message expliquant sa décision », sans en révéler la teneur. Lui et Agnès Buzyn, tous deux médecins, se sont mariés en 1997. Ils ont eu trois enfants.

Né à Casablanca (Maroc) en 1957, arrivé en France à l’adolescence, Yves Lévy est devenu une pointure de la recherche en immunologie après s’être intéressé au sida dans les années 1980, où la maladie faisait des ravages. Il est un expert reconnu dans la compréhension du développement du système immunitaire et du VIH.

Mais il ne s’est pas fait que des amis dans ce milieu de la recherche. En 2014, Le Monde écrivait que « certains scientifiques, qui n’ont pas souhaité s’exprimer publiquement », l’accusaient d’avoir « flatté le tableau de ses états de service » au moment de défendre sa candidature à la direction de l’Inserm.

>> A lire aussi : Inserm: Le mari de la ministre de la Santé candidat à sa propre succession?