Affaire Benalla: Face aux députés, un haut-gradé dément la version d'Alexandre Benalla publiée dans «Le Monde»

ENQUETE Dans une interview accordée ce jeudi au « Monde », Alexandre Benalla accuse Alain Gibelin, directeur de l'ordre public de la préfecture de police de Paris (DOPC) de « mentir » ...

Helene Sergent

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Alain Gibelin (au centre) lors d'une conference de presse, organisée par le préfet de police, dans le cadre des festivités de la Saint-Sylvestre, le 30 décembre 2016.
Alain Gibelin (au centre) lors d'une conference de presse, organisée par le préfet de police, dans le cadre des festivités de la Saint-Sylvestre, le 30 décembre 2016. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Le 18 juillet dernier, Le Monde a révélé avoir identifié le collaborateur d’Emmanuel Macron sur une vidéo où on le voit frapper un manifestant du 1er-Mai. C’est le début de l’affaire Alexandre Benalla.
  • Depuis, Alexandre Benalla, et l’employé de LREM Vincent Crase, ont été mis en examen, notamment pour « violences en réunion », a indiqué le parquet de Paris.
  • Trois policiers, déjà suspendus pour avoir transmis des images de vidéo-surveillance à Alexandre Benalla, ont également été mis en examen, pour « détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection » et « violation du secret professionnel ».

Les mots sont durs, la charge violente. Dans une interview au Monde publiée ce jeudi, Alexandre Benalla, ex-collaborateur d’Emmanuel Macron mis en examen pour avoir frappé deux manifestants le 1er mai, accuse un haut gradé auditionné par les députés d’avoir « menti ». Interrogé une première fois par la Commission des Lois, Alain Gibelin directeur de l’ordre public de la préfecture de police de Paris (DOPC) a expliqué dans un premier temps avoir croisé à plusieurs reprises Alexandre Benalla à des réunions, pendant sa période de suspension.

Une version rectifiée dès le lendemain matin par le même haut gradé qui a expliqué ne pas avoir compris la question de Marine Le Pen qui l’interrogeait dans le cadre de la commission d’enquête et de s’être « trompé dans les dates ». Pour Alexandre Benalla, Alain Gibelin « était parfaitement au courant » de sa présence comme observateur le 1er mai et « n’en a pas rendu compte à sa hiérarchie ».

Une préparation « pas au niveau »

Dans son interview au Monde, Alexandre Benalla affirme ne pas avoir demandé à être observateur. « Je suis invité à être sur place par Laurent Simonin, chef d’état-major à la Préfecture de police (…) La réalité des choses, c’est que la préparation et l’encadrement de cette mission d’observation, elle n’a pas été au niveau », accuse-t-il.

Interrogé lundi par la commission d'enquête de l'Assemblée, Alain Gibelin, directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC), a rapporté un échange par téléphone le 2 mai avec le préfet de police, Michel Delpuech, au cours duquel il lui avait assuré être « dans la totale ignorance de la présence de M. Benalla sur le terrain » la veille.

« Il ment. (…) Ce n’est pas vrai », affirme Alexandre Benalla dans Le Monde. « On a déjeuné quelques jours avant avec le général Bio-Farina (commandant militaire de l’Elysée). C’était une réunion de travail à propos des policiers qui font la sécurité autour du palais. A la fin de ce déjeuner, il m’a demandé si je venais toujours le 1er mai et si j’avais reçu l’équipement que je devais recevoir », ajoute-t-il.

« Mon honneur est en jeu »

Auditionné pour la deuxième fois par la commission d’enquête, Alain Gibelin a fermement répliqué. « A aucun moment » lors de ce déjeuner de travail le 25 avril, Alexandre Benalla « n’a émis l’idée que ça soit le 1er mai spécifiquement » qu’il se rendrait en tant qu'« observateur » sur une manifestation, a-t-il assuré. « En aucun cas, je n’ai invité M. Benalla sur cette manifestation ».

Le patron de la DOPC, l’un des personnages les plus importants de la préfecture de police de Paris, a redit qu'« en aucun cas » n’avait été évoquée la possibilité de confier à Alexandre Benalla des équipements tels qu’un poste radio et un brassard siglé « police ». « Mon honneur est en jeu », a-t-il déclaré. Pour Jean-Luc Mélenchon, « Gibelin est le bouc émissaire désigné par la Macronie », selon un tweet du député LFI.

« Bonne foi »

Les accusations d'Alexandre Benalla paraissent corroborer les propos tenus mercredi devant la commission d’enquête par le général Éric Bio-Farina : il y a eu, selon lui, le 25 avril, lors de ce déjeuner, « un aparté entre Alain Gibelin et Alexandre Benalla, qui avait trait à la manifestation (…) du 1er mai », notamment « sur les équipements qui seraient fournis à Alexandre Benalla ».

Jeudi, Alain Gibelin a plaidé la « bonne foi » et réaffirmé avoir « mal entendu » cette question à laquelle il a répondu « en toute honnêteté ». Indiquant s’être rendu compte de son erreur grâce à des proches, il a souligné sa volonté de rétablir « la vérité ». Entre le 2 mai et 18 mai, ni Alain Gibelin, ni ses collaborateurs n’ont rencontré Alexandre Benalla lors de « réunions soit sur le terrain, soit à l’Elysée », a assuré le haut gradé.

Dans Le Monde, Alexandre Benalla confirme n’avoir « participé à aucune réunion, ni à la présidence de la République, ni par email, ni par téléphone » pendant sa suspension.

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