L'affaire Benalla a-t-elle vraiment permis d'unifier l'opposition?

POLITIQUE Depuis le début de l'affaire Benalla, les oppositions semblent à l'unisson...

T.L.G.

— 

Le groupe de LFI à l'Assemblée.
Le groupe de LFI à l'Assemblée. — Jacques Witt/SIPA
  • Après une première année difficile, les oppositions ont remporté quelques batailles dans l'affaire Benalla.
  • Du Front national à La France insoumise, les députés critiquent la commission d'enquête.

Mercredi, « on a vu une image cocasse à l’issue de la commission d’enquête parlementaire : Mme Obono de La France insoumise et Mme Le Pen bras dessus bras dessous pendant une conférence de presse ». Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a dénoncé jeudi « la convergence des oppositions », destinée selon lui à « bloquer la transformation du pays et bloquer le travail du Parlement ». Depuis le début de l’affaire Benalla, les oppositions semblent à l’unisson.

Les oppositions « ont gagné là une bataille tactique »

Droite, gauche et extrême droite ont d’abord multiplié à l’Assemblée les rappels au règlement et les coups d’éclats. La majorité accuse alors l’opposition de « paralyser les institutions », à l’image de Gilles Le Gendre, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée.

« J’assume une convergence quand il s’agit de protéger l’Etat et de faire respecter la norme républicaine », a répondu Jean-Luc Mélenchon au Monde. Ce front commun a finalement permis la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, initialement refusée par la majorité.

Après plusieurs jours de brouhaha en séance, les oppositions ont obtenu également le report de la réforme constitutionnelle à la rentrée. Les oppositions « ont gagné là une bataille tactique, mais nous ferons cette révision », a ainsi estimé Benjamin Griveaux.

Des divisions sur la motion de censure ?

Mardi, les députés LR, LFI et Nouvelle gauche ont torpillé d’une même voix le Premier ministre lors des questions au gouvernement. Jeudi, après plusieurs jours de tensions, les parlementaires ont dénoncé de concert la « mascarade » de la commission d’enquête, fustigeant le choix des personnes auditionnées. Dans la foulée, une conférence de presse improvisée s’est organisée. « Toutes les oppositions qui sont présentes… Ca vaudrait le coup que nous soyons tous devant les caméras », a lancé la députée insoumise Danièle Obono, invitant d’un geste Marine Le Pen et les autres membres de la commission à venir la rejoindre.

« Une opposition nauséabonde », tacle Sylvain Maillard, député LREM sur Twitter. Après s’être «cherchées» pendant un an, les oppositions semblent avoir trouvé, avec l’affaire Benalla, un angle d’attaque. Mais l’unité de circonstance peut-elle durer ? La question de la motion de censure au gouvernement montre quelques difficultés.

Proposée d’abord par Jean-Luc Mélenchon, c’est finalement la droite qui la déposera, probablement vendredi. Christian Jacob et les Républicains espèrent ainsi être la figure de proue. C’est « pour nous une volonté de prendre le leadership des oppositions », coalisées depuis la révélation de cette affaire, explique un député LR.

« On est le seul groupe à pouvoir déposer seul une motion de censure. C’est donc aussi un moyen d’affirmer que Les Républicains sont une force alternative républicaine crédible au pouvoir en place », renchérit le vice-président de LR Damien Abad à l’AFP.

« Ce n’est pas la bonne façon de procéder, en réalité ça rend service à Emmanuel Macron », a ainsi tranché Olivier Faure, patron du PS, qui laisse entendre que son groupe pourrait toutefois voter la motion. Même hésitation aussi au sein du Rassemblement national (ex-FN). Ce retour en force de l’opposition pourrait également avoir des conséquences sur le projet de réforme constitutionnelle, qui doit recevoir 3/5e des suffrages exprimés des deux chambres du Parlement réunies en Congrès.