Affaire Benalla: Comment l’Elysée et Macron ont orchestré la riposte

RÉCIT Depuis lundi, les proches d’Emmanuel Macron n’ont pas ménagé leur peine pour tenter de dégonfler la polémique autour d’Alexandre Benalla…

V.V.

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Alexandre Benalla accompagnait Emmanuel Macron lors du 55e Salon de l'agriculture de Paris, en février 2018.
Alexandre Benalla accompagnait Emmanuel Macron lors du 55e Salon de l'agriculture de Paris, en février 2018. — Ludovic MARIN / AFP
  • Chargé de sécurité à l’Elysée, Alexandre Benalla a reconnu avoir molesté deux manifestants, le 1er mai.
  • Il a été mis en examen pour « violences en réunion ».
  • Pris dans la tourmente depuis la révélation de cette affaire par « Le Monde », l'Elysée a orchestré la riposte.

« Une tempête dans un verre d’eau. » Voilà comment Emmanuel Macron a qualifié, ce jeudi, l’affaire Benalla auprès d’un journaliste de l’Agence France Presse. Une semaine après les révélations du Monde sur les violences commises par ce chargé de sécurité de l’Elysée lors des manifestations du 1er mai, le chef de l’État reste droit dans ses bottes. 20 Minutes revient sur toute la stratégie de communication qu’il a mise en place pour ne pas sombrer dans cette polémique…

Dimanche 22 Juillet

Ce n’est pas encore la canicule. Mais il fait très chaud sur Paris en ce début de soirée quand Emmanuel Macron décide de convoquer à l’Elysée une réunion d’urgence. Alexandre Benalla vient d’être mis en examen pour « violences en réunion ». C’était attendu. Mais quatre jours après les révélations du Monde, le chef de l’État doit bien reconnaître que la polémique ne désenfle pas. Il est donc temps d’organiser la riposte.

Autour de lui : Edouard Philippe, Gérard Collomb, Benjamin Griveaux et Christophe Castaner. Silencieux depuis le début de l’affaire, Emmanuel Macron leur demande désormais de diffuser sa bonne parole dans les médias. Il faut dire qu’il considère les faits comme « inacceptables » et martèle « qu’il n’y a pas eu et qu’il n’y aura pas d’impunité ».

Benjamin Griveaux est chargé de se rendre sur l’antenne de la radio RTL le lendemain matin. Christophe Castaner sur celle de BFM TV. Emmanuel Macron fait, lui, savoir qu’il prendra la parole « quand il le jugera utile ».

Lundi 23 Juillet

L’atmosphère s’alourdit. Les lieutenants du Président s’acquittent de leur mission dans les médias, se permettant même des imprécisions. « J’ai entendu dire qu’il était en charge de la logistique des bagages [dans le bus des Bleus]… », lâche ainsi Christophe Castaner sur BFM TV. La phrase pourrait faire sourire. Mais elle ne fait que renforcer la colère de l’opposition.

A l’Assemblée nationale, Gérard Collomb est le premier à être auditionné par la commission des Lois, siégeant en qualité de commission d’enquête. Il indique qu’il ne sait « rien » ou « pas grand chose », se bornant à reconnaître qu’il a parlé de l’affaire avec Emmanuel Macron. Enfin, « le moins possible »…

Le malaise est encore plus palpable quand Michel Delpuech, le Préfet de police, rejette la faute sur l’Elysée au moment d’être entendu par la même commission. Au Château, les proches du président ne manquent aucune des auditions. Ils assistent, circonspects, à celle d’Alain Gibelin. Sans vraiment s’en rendre compte, le Directeur de l’ordre public fragilise la position de l’Elysée en lâchant qu’Alexandre Benalla a participé à des réunions alors qu’il était suspendu.

Dans la soirée, l’Elysée est obligée de démentir ces propos, ajoutant un peu plus à la confusion.

Mardi 24 Juillet

Il est 9h02 quand Emmanuel Macron sort du silence, sur Twitter, pour… « adresser ses pensées » aux victimes grecques des feux de forêt. Traduction : « Je suis au travail et je m’occupe des vrais sujets. »

Mais l’orage gronde. Et les parapluies sont sortis. Catastrophique sur le plan médiatique, la journée de lundi n’a fait que renforcer les soupçons d’une véritable affaire d’État. Le branle-bas de combat est donc décrété. Dans un premier temps, Alain Gibelin se fend d’une lettre à la commission d’enquête pour dire qu’il a commis une erreur lors de sa déposition initiale.

Dans le même temps, les hauts fonctionnaires de l’Elysée accordent leurs violons. Tour à tour devant les commissions d’enquête, à l’Assemblée et au Sénat, ils répètent qu’Alexandre Benalla n’était qu’un conseiller et que la sanction prise à son encontre a été « proportionnée ».

Pendant ce temps-là, la boucle Telegram à laquelle sont abonnés les députés LREM frétille. On leur fournit des éléments de langage, clés en main, et on les invite à contacter les spécialistes de la communication du parti en amont de chaque interview. A l’Assemblée nationale, Edouard Philippe n’a pas besoin de média training pour expliquer la même chose.

Capture d'une conversation Telegram du groupe La République en Marche.
Capture d'une conversation Telegram du groupe La République en Marche. - L. COMETTI

Le chef de l’État porte lui-même l’estocade de cette stratégie de communication en apparaissant, à la maison de l’Amérique latine, au cocktail organisé par les députés LREM. Rappelant qu’Alexandre Benalla n’a jamais détenu « les codes nucléaires », il assume. « Le seul responsable de cette affaire, c’est moi et moi seul ». Avant de lâcher, bravache, à l’attention à peine voilée des journalistes : « Qu’ils viennent me chercher ! »

Mercredi 25 Juillet

Les auditions se poursuivent toujours devant les commissions d’enquête. Les hauts fonctionnaires de l’Elysée tentent toujours de justifier la politique interne en matière de sécurité et n’évoquent que la faute individuelle d’un homme. Mais ils finissent par se contredire. C’est dans ce cadre que Patrick Strzoda reconnaît que le salaire d’Alexandre Benalla n’a pas vraiment été suspendu, comme l’affirmait pourtant l’Elysée depuis le début de la polémique.

En déplacement dans les Pyrénées, Emmanuel Macron prend les choses en main et s’attaque aux médias pour tenter de dégonfler la polémique. « Je ne vais pas chercher des fusibles parce que vous avez envie de voir du sang et des larmes dans le tournant de l’été, lâche-t-il. Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises sur soi-disant des salaires, des avantages… Tout cela était faux. »

Quelques heures plus tôt, Le Monde a interviewé Alexandre Benalla pour qu’il donne sa version de toute cette affaire pour la première fois. « C’est une façon d’attraper le président de la République par le colback », affirme-t-il.

« Lors de la séance photo, réalisée en fin de journée, est apparue Michèle Marchand, figure de la presse people et très proche du couple Macron, assure Le Monde. Preuve que dans la tempête, M. Benalla n’est pas tout seul… »

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