Affaire Benalla: L’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron se livre longuement dans une interview

TEMOIGNAGE C’est le témoignage qui manquait depuis le début de l’affaire : Alexandre Benalla revient précisément sur son arrivée dans l’entourage d’Emmanuel Macron et sur le déroulement des évènements depuis le 1er mai…

Rachel Garrat-Valcarcel

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Alexandre Benalla accompagnait Emmanuel Macron lors du 55e Salon de l'agriculture de Paris, en février 2018.
Alexandre Benalla accompagnait Emmanuel Macron lors du 55e Salon de l'agriculture de Paris, en février 2018. — Ludovic MARIN / AFP

C’est Le Monde qui avait révélé les images d’ Alexandre Benalla, le 18 juillet, c’est dans Le Monde que ce dernier s’exprime pour la première fois, ce jeudi. Dans une très longue interview, l’ancien chef adjoint de cabinet d’ Emmanuel Macron revient après précision sur les événements qui ont abouti à son licenciement de la présidence de la République, la semaine dernière.

Comme son avocat, Alexandre Benalla estime que toute cette affaire a été montée pour atteindre Emmanuel Macron. « C’est une façon d’attraper le président de la République par le colback. J’étais le point d’entrée pour l’atteindre, le maillon faible », explique-t-il dans des mots choisis. Alors qu’il est devenu à seulement 25 ans une personne importance dans le dispositif de la présidence, il pense aussi être une victime d’un règlement de comptes : « Il y a des gens qui ne supportent pas que vous ne fassiez pas partie du club, que vous ne soyez pas énarque, sous-préfet… Je pense que si j’avais eu un tel statut et qu’il s’était passé ce qui s’est passé le 1er mai, les choses auraient été différentes. »

Benalla dans son bon droit le 1er mai

Sur les violences du 1er mai mises en lumière dans les vidéos révélées par Le Monde le 18 juillet, Alexandre Benalla persiste et signe. « Article 73 du Code de procédure pénale : tout citoyen a qualité pour appréhender l’auteur d’un délit. Je ne considère pas avoir fait une arrestation, j’ai appréhendé quelqu’un et l’ai remis aux policiers », explique celui qui admet être tout de même « trop engagé ». Il reconnaît aussi une « faute politique ». « J’ai fait une faute politique, d’image, on peut qualifier cela comme on veut, et de faire abstraction des fonctions qui sont les miennes », explique-t-il.

Sur les sanctions qu’il a reçues dès le 2 mai, à savoir une mise à pied de quinze jours assortie d’une suspension de salaire (suspension dont on sait aujourd’hui qu’elle n’a, au minimum, pas encore eu lieu), il affirme qu’il l’a bien observée. Il confirme être allé se mettre au vert à Bretagne avec sa compagne et qu’il n’a remis les pieds à l’Elysée que le 22 mai.

« Grosse bêtise »

A ce sujet, l’audition d’Alain Gibelin, le directeur de l’ordre public et de la circulation, lundi, devant l’Assemblée nationale, a semé le doute. Le policier avait expliqué qu’il avait vu Benalla à des réunions pendant cette première quinzaine de mai, avant de revenir sur ses propos. Dans les colonnes du Monde, Alexandre Benalla le charge : « Il ment, et c’est même la deuxième fois qu’il ment. Il dit qu’il n’a appris que le 2 mai que j’étais présent à la manifestation la veille. Ce n’est pas vrai. On a déjeuné quelques jours avant (…). A la fin de ce déjeuner, il m’a demandé si je venais toujours le 1er mai et si j’avais reçu l’équipement que je devais recevoir. »

Enfin, au sujet d’Emmanuel Macron, si Alexandre Benalla juge ne pas avoir trahi le président, il comprend qu’il ait utilisé ces mots. « Au vu de ce que cette histoire a déclenché, je ne vois pas quels autres termes il aurait pu employer pour qualifier la situation. Donc forcément qu’il y a de la déception, forcément qu’il doit y avoir un sentiment de trahison… » Alexandre Benalla affirme avoir échangé avec Emmanuel Macron au sujet des évènements du 2 mai, à son retour de mise à pied. « Il me dit : “C’est une faute grave, ça va être compliqué et il faut assumer.” Il m’explique que ça n’enlève pas la confiance qu’il a en moi mais que j’ai fait une grosse bêtise. »

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