Affaire Benalla: Qui est Yael Braun-Pivet, la députée macroniste en charge de la commission d'enquête?

PORTRAIT Yael Braun-Pivet, présidente de la commission des Lois, se retrouve chargée d'une délicate mission depuis le début de l'enquête parlementaire sur l'affaire Benalla...

L.C.

— 

Yael Braun-Pivet, présidente de la commission des Lois de l'Assemblée, le 23 juillet 2018.
Yael Braun-Pivet, présidente de la commission des Lois de l'Assemblée, le 23 juillet 2018. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Yael Braun-Pivet est la présidente de la commission des Lois de l'Assemblée.
  • Macroniste et novice en politique, elle a dû faire ses preuves à ce poste prestigieux après des procès en amateurisme au début de son mandat.
  • L'enquête parlementaire sur l'affaire Benalla la met en difficulté, tant dans l'opposition que vis-à-vis de la majorité.

Passée en à peine un an de novice en politique à présidente respectée, Yael Braun-Pivet est sous le feu des projecteurs depuis que la commission des Lois mène des auditions dans le cadre de l’affaire Benalla. En charge de cette mission périlleuse, la marcheuse prête le flanc à une opposition très remontée et doit composer avec une majorité à cran et un corapporteur ouvertement en désaccord avec elle.

La marcheuse idéale

Yael Braun-Pivet cochait toutes les cases pour le parti d’Emmanuel Macron qui l’a investie pour les législatives de 2017 dans les Yvelines : femme, jeune et issue de la société. Avocate pénaliste, elle a ensuite mis sa carrière entre parenthèses pendant une dizaine d’années d’expatriation en Asie, pour le travail de son mari, avec qui elle a cinq enfants. Après son retour en France en 2012, elle s’investit notamment aux Restos du cœur puis s’engage chez En marche ! en 2016.

Une présidente atypique à la commission des Lois

Lorsqu’elle est élue présidente de la commission des Lois, de nombreuses voix, dans l’opposition mais aussi la majorité, s’inquiétaient de voir une novice de 47 ans occuper ce poste habituellement réservé à des députés bien plus aguerris. Quelques couacs ont d’abord alimenté ce procès en incompétence, par exemple lorsqu’elle taxe ses collègues marcheurs de «groupe qui dort, qui est vautré», oubliant que son micro est branché.

Mais au fil des mois, Yael Braun-Pivet avait fini par s’attirer des compliments de ses collègues, même au sein de l’opposition. Gagnant en autorité, elle s’est aussi fait remarquer pour ses recadrages, polis mais fermes, de députés.

Querelles et tensions lors des auditions

Un état de grâce terni ces derniers jours. La commission des Lois s’étant doté jeudi de prérogatives d’enquête sur l’affaire Benalla, Yael Braun-Pivet s’est retrouvée chargée d’organiser les modalités des auditions. Or l’opposition saisit chaque audition pour dénoncer les conditions dans lesquelles sont menées ces auditions, qui doivent être bouclées en un mois. Dans leur viseur, Yael Braun-Pivet qui a refusé que les auditions aient lieu dans une salle plus grande ou qui les informe « au compte-gouttes » des auditions, parfois dans la journée.

Le LR Philippe Gosselin s’est ainsi plaint dès lundi de la taille de la salle, trop petite pour accueillir tous les députés lors de l’audition de Gérard Collomb. A l’issue de cette audition, le socialiste David Habib accusait Yael Braun-Pivet de « cadenasser les débats » tandis que l’Insoumise Danièle Obono lui prêtait un « autoritarisme jupitérien ». « C’est effarant, on n’est pas informés des modalités des auditions, ni même du calendrier », déplorait-elle.

Ce mercredi, les tensions se sont accrues : Yael Braun-Pivet et le corapporteur de la commission Guillaume Larrivé (LR) se sont publiquement querellés au début de l’audition du général Eric Bio-Farina. Le tandem s’oppose sur la liste des personnes à auditionner et la date de rendu du rapport. La macroniste souhaite le publier rapidement, avant la fin de la session extraordinaire le 3 août, tandis que le Républicain veut attendre septembre, selon L'Opinion.

Malaise au sein de la majorité

En plus des attaques virulentes des députés de droite et de gauche, Yael Braun-Pivet doit composer avec une majorité en plein malaise. Lors des auditions, les députés LREM posent la plupart du temps des questions peu percutantes, à l’image de Naïma Moutchou qui demandait lundi à Gérard Collomb de rappeler les « violences exceptionnelles » des manifestants du 1er-Mai.

Les tensions au sein de la commission ont encore escaladé ce mercredi, après que la présidente a proposé de ne procéder qu’à trois auditions supplémentaires, jugeant « inutile d’auditionner d’autres membres du cabinet du président de la République et du ministre de l’Intérieur ». Les commissaires LREM, majoritaires, ont adopté cette proposition, contre l’avis de toutes les oppositions et dans un brouhaha indescriptible. Les prochaines réunions de la commission promettent d’être houleuses.

>> A lire aussi: Paralysie à l'Assemblée, ça coince pour la commission d'enquête sur l'affaire Benalla

>> A lire aussi : Ça s'embrouille ferme à la Commission des lois entre députés sur l'affaire Benalla