Affaire Benalla: «La sécurité du Président ne peut pas se partager», estime l'ancien patron du GSPR

INTERVIEW «20 Minutes» a interrogé le fondateur du service chargé de la sécurité du chef de l'Etat...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, le 17 avril 2017.
Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, le 17 avril 2017. — STEPHANE ALLAMAN/SIPA

Le feuilleton Benalla continue. Quel rôle l’adjoint au chef de cabinet du président de la République jouait-il dans l’organisation de la sécurité d’Emmanuel Macron ? Plusieurs fonctionnaires de police auraient fait état de « tensions » entre le collaborateur du Président et les membres du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République). 20 Minutes a interrogé Alain Le Caro, fondateur et ancien commandant de cette unité.

Pourquoi avoir décidé de créer le GSPR en 1982 ?

La première des motivations était le danger terroriste qui s’était développé à la fin des années 70-début 80, et qui représentait une menace contre le Président. A l’époque, il n’y avait pas d’unité anti-terroriste sauf le GIGN. Tout naturellement, les autorités se sont tournées vers le commandant Prouteau [patron du GIGN] pour envisager les mesures à prendre. Il y avait donc un critère d’efficacité sur le plan de la sécurité, mais aussi une nécessité de discrétion, compte tenu de la vie privée sensible du président Mitterrand [sa famille « cachée »]. Il s’agissait de garantir la protection d’un secret d’Etat, sa vie privée et aussi sa maladie.

Selon certaines informations, Alexandre Benalla aurait eu un rôle dans la sécurité d’Emmanuel Macron. Qu’en pensez-vous ?

Si tel est le cas, ça m’étonne. On nous a d’abord présenté Alexandre Benalla comme adjoint au chef de cabinet du président de la République. Le chef du cabinet organise les voyages du Président sur le plan politique et logistique. A aucun moment, il n’a compétence pour donner des ordres sur la sécurité.

Le responsable, devant le Président, de sa sécurité est le patron du GSPR et personne d’autre. Ca ne peut pas se partager. C’est lui qui définit avec les autorités, et notamment les préfets, les mesures générales à prendre lors des déplacements. S’il était avéré qu’il y ait des circuits parallèles privés, ce serait dangereux pour la sécurité du président et la discrétion qui doit entourer ce genre de missions. Il ne doit y avoir qu’un seul responsable de la sécurité du chef de l’Etat et une cohérence parfaite dans les dispositifs et les réactions à avoir en cas de danger. Si on fait côtoyer des gens qui n’ont pas la même formation, voire aucune formation réelle, ce sera dangereux au moment d’intervenir. Superposer plusieurs responsables et plusieurs services serait gravissime et contraire à toutes les règles de sécurité.

Certains syndicats policiers évoquent des « tensions » entre Alexandre Benalla et des membres du GSPR… « Il faisait régner la terreur », assure même le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO. Est-ce envisageable ?

Ce que je n’explique pas, s’il y a vraiment eu une cohabitation de strates sécuritaires, c’est que les responsables institutionnels de la sécurité n’aient pas eu le courage de dire les choses. Si c’était avéré, le patron du GSPR a dû ronger son frein ou faire des remarques au Président. Il a dû y avoir des clashs, ou ça aurait clashé de toute manière. [Devant la commission d’enquête de l’Assemblée, Lionel Lavergne, chef du GSPR, a indiqué qu’Alexandre Benalla « n’avait aucune autorité sur les services de sécurité »]. A mon époque, je ne l’aurais jamais accepté. J’aurais demandé au président de trancher, puisque je suis responsable de sa sécurité. Institutionnellement, c’est le GSPR qui fait figure de sécurité officielle.

Selon plusieurs médias, Alexandre Benalla aurait eu un rôle à jouer dans le projet de réorganisation de la sécurité du Président [une information démentie par l’Elysée]. Cela vous surprend ?

Qu’il y ait une refonte pourquoi pas ? Mais vouloir confier la restructuration d’une sécurité d’Etat à une personne venant du privé, qui s’y connaît peut-être en protection de personnes, mais cela n’a rien à voir avec la sécurité présidentielle, cela me paraît irresponsable.