VIDEO. Affaire Benalla: Effet de surprise, média-bashing et provoc’... Comment Macron a soigné sa sortie du silence

COMMUNICATION Après six jours de silence, Emmanuel Macron a réagi pour la première fois publiquement mardi soir à l'affaire Benalla...

L.C.

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Emmanuel Macron s'est exprimé sur l'affaire Benalla devant devant son gouvernement et sa majorité parlementaire, le 24 juillet 2018.
Emmanuel Macron s'est exprimé sur l'affaire Benalla devant devant son gouvernement et sa majorité parlementaire, le 24 juillet 2018. — Gouvernement (J.B Lemoyne/Twitter)
  • Pour sortir du silence sur l'affaire Benalla, Emmanuel Macron a soigneusement choisi le cadre et le moment de sa réaction.
  • Le chef de l'Etat a revendiqué sa responsabilité sans préciser s'il était prêt à répondre aux questions du Parlement ou de la justice ni indiquer s'il s'exprimerait devant les Français.
  • Il a aussi critiqué le rôle des pouvoirs législatifs, judiciaires et médiatiques dans cette affaire.

Emmanuel Macron a pris tout le monde de court. Après plusieurs joursd’un silence très critiqué sur l’affaire Benalla, le chef de l’Etat s’est exprimé mardi soir. Pour revenir sur les révélations sur ce jeune homme qui assure sa sécurité, au plus près, depuis près de deux ans, le président n’a rien laissé au hasard.

Effet de surprise

C’est lors d’une soirée privée, plus précisément le pot de fin de session parlementaire des élus macronistes, mardi soir à la Maison de l’Amérique latine à Paris, qu’Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer sur Alexandre Benalla. Drôle de cadre pour une prise de parole présidentielle sur une affaire ayant pris de telles proportions.

Le chef de l’Etat ne s’était pas directement exprimé depuis les premières révélations, le 18 juillet dernier (il avait laissé son « entourage » distiller quelques arguments dans les médias). En choisissant un lieu et un moment inattendus, il a repris le contrôle de sa communication, comme il l’a expliqué lui-même mardi soir :

« Beaucoup se disaient : «pourquoi le président de la République ne parle pas ?». J’ai plutôt pris ce pli de choisir le moment où je parle et ne pas me le faire dicter. Et je continuerai à procéder de la sorte. »

Une annonce devant la famille macroniste

Comme on l’entend sur cette vidéo, le discours du président a été ponctué de nombreux « bravo ! » et applaudissements. Il faut préciser qu’il parlait devant ses partisans, des élus, députés et sénateurs de son mouvement, et le gouvernement quasiment au complet.

Ce public s’est empressé de diffuser sur les réseaux sociaux des photos, vidéos et citations du discours du président. Les ministres, qui s’étaient presque tous gardés de tweeter ces derniers jours, ont relayé les propos présidentiels sur leur compte avant de défendre le président sur les plateaux télé et radio ce mercredi matin pour quelques-uns d’entre eux, dont Marlène Schiappa et Mounir Mahjoubi.

Quant aux élus de la majorité, ils ont eux aussi loué le chef de l'Etat sur les réseaux sociaux et dans les médias. Une belle caisse de résonance pour un discours prononcé devant les seuls élus et ministres macronistes. Et une manière de remotiver les troupes LREM, malmenées ces derniers jours par l’opposition.

Le choix des mots et du ton

« Moi », le mot a été martelé par Emmanuel Macron.

« Le seul responsable de cette affaire c’est moi, et moi seul. Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c’est moi, le président de la République. Celui qui a été au courant et a validé l’ordre, la sanction de mes subordonnées, c’est moi et personne d’autre. »

Il a par ailleurs dit refuser d'utiliser des «fusibles» dans cette affaire. 

Une pointe de provoc' ? Il a également lancé « s’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher », sans préciser à qui il adressait cette invitation, prononcée devant ses patisans. Par ailleurs, la possibilité pour la justice et le Parlement d’auditionner le président de la République n’est pas clairement établie dans la loi. Elle est sujette à différentes interprétations, comme nous vous l’expliquions ici.

Une dose d’humour. Emmanuel Macron ne s’est pas privé d’un trait d’humour malgré le contexte, en démentant dans la même tirade des informations parodiques (les codes nucléaires seraient détenus par Alexandre Benalla), des rumeurs (il serait son amant) et des informations révélées par la presse (sur l'appartement de fonction d'Alexandre Benalla et sa rémunération).

« Alexandre Benalla n’a jamais détenu de codes nucléaires, Alexandre Benalla n’a jamais occupé à un 300 m² à l’Alma, Alexandre Benalla n’a jamais gagné 10.000 euros, Alexandre Benalla lui non plus n’a jamais été mon amant. »

Une sortie qui rappelle sa réponse aux rumeurs sur sa supposée relation avec Matthieu Gallet pendant la campagne présidentielle.

Critique des trois autres pouvoirs : Parlement, justice et médias

Emmanuel Macron ne s’est pas contenté de s’exprimer sur Alexandre Benalla, dont il a loué l’engagement à ses côtés. Le chef de l’exécutif a aussi vivement critiqué le rôle des contre-pouvoirs depuis le début de cette affaire.

D’abord les médias, qu'il a déjà critiqué à plusieurs reprises depuis son arrivée à l’Elysée :

« Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. (…) Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire, qui a décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République et qu’il fallait fouler aux pieds un homme et avec lui toute la République. »

Mais aussi la justice :

« Je vois un pouvoir judiciaire qui va continuer à faire son travail et c’est essentiel. Mais je constate que nous avons un problème dans le fonctionnement quotidien. Pas une audition, pas une recherche ne sort à la seconde même dans la presse. Comment conjuguer la présomption d’innocence avec un tel fonctionnement ? »

Et le Parlement :

« Je vois certains qui voudraient faire sortir le pouvoir législatif de son lit, considérant qu’il appartient au Parlement de se substituer à la justice et de devenir un tribunal populaire, d’oublier la séparation des pouvoirs et de considérer qu’il est de son ressort de contrôler chaque décision de l’Elysée. »