Strzoda, Delpuech, Collomb... Qui sont les fusibles de l'affaire Benalla?

RESPONSABILITES Un ministre et deux hauts fonctionnaires sont potentiellement sur la sellette après les révélations du « Monde » sur Alexandre Benalla…

Laure Cometti

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Gérard Collomb, Patrick Strzoda et Michel Delpuech, trois hommes clés dans l'affaire Benalla.
Gérard Collomb, Patrick Strzoda et Michel Delpuech, trois hommes clés dans l'affaire Benalla. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA // MATHIEU PATTIER/SIPA
  • Quelques jours après les premières révélations du « Monde » sur Alexandre Benalla, proche d’Emmanuel Macron filmé le 1er mai dernier en train de prendre part à des opérations de police alors qu’il n’en avait pas l’autorisation, les premiers dysfonctionnements apparaissent au sommet de l’Etat et de la police.
  • Plusieurs personnalités pourraient être appelées à prendre leurs responsabilités, pour servir de fusible et protéger Emmanuel Macron.

« Le préfet de police de Paris et le directeur de cabinet de l’Elysée vont être sacrifiés », prédisait lundi le député socialiste David Habib dans les couloirs de l’Assemblée, au sortir de l’audition de Gérard Collomb sur l’affaire Benalla. Le ministre de l’Intérieur venait en effet de se dédouaner pendant 2h30 d’une quelconque faute dans la gestion de l’affaire et s’était défaussé sur la préfecture de police de Paris et l’Elysée.

C’est ce qu’on appelle désigner des « fusibles », un dispositif courant en politique, dans le monde du sport ou de l’entreprise. « C’est une digue, un pare-feu, pour protéger le n + 1, le patron, explique François Vignolle, directeur adjoint des JT de M6 et coauteur du livre Les fusibles - Ils ont payé pour les autres*. En politique c’est De Gaulle qui y a pensé, en créant le poste de Premier ministre, qui peut démissionner s’il le faut pour protéger le président ».

Comment choisir un fusible dans une affaire comme celle liée à Alexandre Benalla ? « Il faut qu’il soit ni trop proche, ni trop éloigné des responsabilités, sinon il peut savoir énormément de choses et ne pas être fiable, ou en revanche n’être qu’un second couteau et donc ne pas être un fusible crédible. Le fusible parfait a une part de responsabilité et va prendre toute la charge de la faute. Il permet d’éteindre l’incendie », poursuit le journaliste. 20 Minutes passe en revue les potentiels fusibles dans cette affaire.

Patrick Strzoda, le directeur de cabinet de Macron

L’ancien préfet fait figure de fusible idéal. Son audition ce mardi à la Commission des Lois de l’Assemblée est très attendue.

Pourquoi peut-il sauter ? C’est le directeur de cabinet du président qui a dit au Monde avoir autorisé Alexandre Benalla à participer en tant qu’observateur aux opérations de maintien de l’ordre lors du défilé du 1er-Mai à Paris. C’est aussi lui qui, après avoir appris le comportement du chargé de mission place de la Contrescarpe, a décidé de le suspendre de ses fonctions du 4 au 19 mai, après en avoir informé Emmanuel Macron. Cette sanction jugée trop légère par de nombreuses parties prenantes au dossier est aujourd’hui décriée.

Hasard du calendrier, ce haut fonctionnaire de 66 ans doit faire valoir ses droits à la retraite à compter du 6 octobre 2018, selon le journal officiel du 6 juillet dernier. L’utiliser comme fusible reviendrait à avancer son départ de seulement quelques semaines.

Michel Delpuech, préfet de police de Paris

Nommé à ce poste prestigieux et sensible peu avant l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, Michel Delpuech a été auditionné lundi par la Commission des Lois de l’Assemblée. Il était en première ligne pour assurer la sécurité lors des manifestations parisiennes du 1er-Mai.

Pourquoi peut-il sauter ? Absence de signalement à la justice des violences commises par Alexandre Benalla et son ami Vincent Crase le 1er mai à Paris, autorisation de port d’arme délivrée à l’ex-conseiller de la présidence « par un arrêté du préfet » sans en référer à Beauvau, gestion calamiteuse de l’incident par les services de la préfecture : lundi matin, Gérard Collomb a dessiné en creux le portrait-robot du parfait fusible dans cette affaire.

Mais dans l’après-midi, le préfet a répondu point par point au patron de la place Beauvau. « Parfois les fusibles se rebellent, ils n’ont pas envie de sauter. C’est l’impression que l’on a avec Michel Delpuech, qui a fait un exposé très précis et a eu des mots très durs, parlant de 'copinages malsains'. Il ne veut pas prendre toute la charge, et a renvoyé la grenade vers l’Elysée », observe François Vignolle.

Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur

Quel était le degré de connaissance du ministre au sujet d’Alexandre Benalla, chargé de la sécurité d’Emmanuel Macron pendant sa campagne puis à l’Elysée ? Pourquoi le premier flic de France a-t-il estimé qu’il revenait à la présidence de le sanctionner et qu’il n’avait pas à prévenir la justice ? Les réponses qu’il a apportées lors de l’audition lundi ont été jugées insuffisantes par de très nombreux députés, dont certains réclament sa démission.

Pourquoi peut-il sauter ? « En tant que patron de la police, Collomb est en première ligne », souligne François Vignolle. Par ailleurs, c’est le très proche de Gérard Collomb Jean-Marie Girier, chef de cabinet du ministre, qui a embauché Alexandre Benalla chez En marche ! pendant la campagne.

Mais au sein de la majorité, une source citée par l’AFP estime qu’une démission du ministre risquerait « d’ajouter une crise dans la crise ». Son projet de loi asile et immigration doit être examiné cette semaine en nouvelle lecture à l’Assemblée. « A l’Elysée, on doit se demander quel est le bon niveau de fusible à faire sauter pour éteindre l’incendie », suggère un connaisseur de la place Beauvau interrogé par l’AFP. Dans l’entourage du ministre, le silence radio prévaut depuis le début de l’affaire.

« Macron a besoin de ces fusibles, mais est-ce que sera suffisant ? », s’interroge François Vignolle, alors que l’opposition ne cesse de presser le chef de l’Etat de s'exprimer sur l’affaire Benalla.

 

* Les fusibles - Ils ont payé pour les autres, de François Vignolle et Cyril Touaux (éditions du Toucan, février 2018)

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