Affaire Benalla: «Mascarade», «frustrés», silence radio... Après l'audition de Collomb, des députés globalement déçus

REPORTAGE La première audition de la commission des Lois de l’Assemblée sur l’affaire Benalla a suscité de vives réactions parmi les députés…

Laure Cometti

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Gérard Collomb lors de son audition par la Commission des Lois de l'Assemblée, le 23 juillet 2018.
Gérard Collomb lors de son audition par la Commission des Lois de l'Assemblée, le 23 juillet 2018. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Le ministre de l’Intérieur était auditionné ce lundi matin par la commission des Lois de l’Assemblée.
  • Les députés de l’opposition qui ont pu interroger Gérard Collomb en sont sortis excédés ou très déçus.
  • Dans la majorité, rares étaient ceux qui prenaient la parole pour louer les réponses données par le fidèle macroniste, numéro 2 du gouvernement.

Des députés « frustrés », « abasourdis » ou discrets… Après 2h30 d’audition de Gérard Collomb par la commission des Lois de l’Assemblée, les portes de la salle 6242 du sous-sol du palais Bourbon ont déversé un flot de parlementaires ce lundi midi.

Il s’agissait de la première audition menée par la commission depuis les premières révélations du Monde sur Alexandre Benalla, conseiller d’Emmanuel Macron qui a violemment réprimé des manifestants le 1er mai dernier à Paris, alors qu’il devait simplement observer les forces de l’ordre.

« Mascarade »… «catastrophique »…

L’opposition est unanimement déçue voire indignée par la matinée passée avec le ministre de l’Intérieur qui n’a selon elle pas répondu aux questions posées par les parlementaires. « Il élude beaucoup », déplore le député de Seine-Saint-Denis LFI et PCF Stéphane Peu, tandis que l’UDI Jean-Christophe Lagarde (Seine-Saint-Denis) balaie « des questions sans réponses ». Pour le socialiste David Habib, « c’était catastrophique, il n’a apporté aucune réponse ».

« Mascarade », rit Nicolas Dupont-Aignan, élu de l’Essonne (DLF), en sortant de la salle. « Cette audition n’a servi à rien, c’est un gag triste ». De son côté, Marine Le Pen (Pas-de-Calais, FN) a raillé un ministre « qui ne sait rien ».

Une majorité discrète

Même la majorité semble tiède à la sortie. « Nous avons été un peu frustrés », concède l’ex-magistrate Laurence Vichnievsky (MoDem), députée du Puy-de-Dôme. « Une seule audition ne peut permettre d’apporter toutes les réponses », défend la députée LREM du Val-d’Oise Naïma Moutchou qui dénonce « la posture de l’opposition », qui a tiré à boulets rouges sur le ministre de l’Intérieur. Mais « le travail ne fait que commencer », « ne tirons pas dès à présent des conclusions », plaide Yaël Braun-Pivet, présidente de la Commission, députée des Yvelines et membre d’une majorité qui reste plutôt discrète à la sortie de l’audition du ministre d’Etat.

Alain Tourret (LREM) sort en louant une audition « excellente et très complète », sans daigner nous livrer plus de détails. Un peu plus tard ce lundi, Stanilas Guérini, député LREM de Paris nous assure avoir trouvé «les réponses de Gérard Collomb satisfaisantes et assez précises» et salue «aucune censure sur les questions». Quant au parti présidentiel, silencieux depuis les premières révélations sur Alexandre Benalla, il dénonce dans une note envoyée au groupe parlementaire « le sabotage des débats et travaux parlementaires » par l’opposition.

« Je pense qu’il ne nous a pas tout dit »

Pour l’opposition, l’organisation de cette audition était « insatisfaisante », selon Olivier Faure (Nouvelle gauche) et l’absence de réponses de Gérard Collomb est inquiétante. « Le ministre de l’intérieur dit n’avoir pas eu connaissance d’un certain nombre d’éléments, ce qui est inquiétant. Comment Benalla a-t-il pu entrer dans la salle de commandement le 1er mai ? C’est totalement incompréhensible ! », s’interroge Jean-Christophe Lagarde.

« Il découvre beaucoup de choses a posteriori et il renvoie beaucoup de responsabilités vers l’Elysée et la préfecture de police, observe Stéphane Peu. Cette audition a au moins un mérite : elle nous donne des pistes. Les auditions du secrétaire général de l’Elysée et des syndicats de polices s’imposent, ainsi que celle du patron du parti LREM qui a employé Alexandre Benalla et emploie Vincent Crase. Une deuxième audition de Gérard Collomb s’imposera. Je pense qu’il ne nous a pas tout dit aujourd’hui ».

L’opposition se tourne désormais unanimement vers Emmanuel Macron pour apporter des réponses dans cette affaire. En attendant que le chef de l’Etat sorte éventuellement de son silence, elle a pu interroger le préfet de police Michel Delpuech ce lundi à 14h, avant d’auditionner le directeur de l’ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, Alain Gibelin, à 21h.

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