Affaire Benalla: Trois questions autour du silence d'Emmanuel Macron

POLITIQUE Le chef de l'Etat a gardé le silence pendant les premiers jours de l'affaire...

Thibaut Le Gal

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Alexandre Benalla avec Emmanuel Macron au défilé militaire du 14 juillet 2018.
Alexandre Benalla avec Emmanuel Macron au défilé militaire du 14 juillet 2018. — PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
  • Depuis les premières révélations, les responsables de l’opposition ne cessent de cibler le mutisme d’Emmanuel Macron.
  • Le chef de l’Etat ne s’est pas exprimé directement sur l’affaire.
  • Plusieurs élus demandent sa convocation devant la commission d’enquête de l’Assemblée.

Un silence qui pose question. Depuis les premières révélations du Monde mercredi soir, les responsables de l’opposition dénoncent le mutisme d'Emmanuel Macron dans l’affaire Benalla.

Face à la première grande crise du quinquennat, l’Elysée a tenté de reprendre la main dimanche soir, citant de manière indirecte le chef de l’Etat. Mais ce lundi, après l’audition de Gérard Collomb, plusieurs députés ont demandé que le président de la République soit lui-même interrogé par la commission d’enquête de l'Assemblée nationale. 20 Minutes fait le point.

Comment Emmanuel Macron a-t-il réagi à l’affaire Benalla ?

Très actif après la victoire des Bleus au Mondial, le président n’a pas réagi en personne aux révélations du Monde. C’est d’abord Bruno Roger-Petit, le porte-parole de la présidence, qui s'est exprimé le 19 juillet, évoquant la « sanction disciplinaire » infligée à Alexandre Benalla à la suite des incidents du 1er-Mai. Une source proche de l’exécutif assure deux jours plus tard qu’il n’est « pas nécessaire » que le  rpésident s'exprime «dans l'immédiat» puisque « tous les leviers ont été actionnés », évoquant les différentes enquêtes lancées par la justice, le Parlement ou l’IGPN (la police des polices).

« Il me semble naturel qu’Emmanuel Macron ne s’exprime pas sur des enquêtes en cours, tant que tous les éléments n’ont pas été donnés. Le président n’est pas un commentateur. Il ne s’exprimera que pour donner un avis définitif sur la situation », confirme Stanislas Guérini, député et porte-parole du groupe LREM. Jeudi, lors d’un déplacement, le président refuse ainsi de répondre aux questions des journalistes. « La République est inaltérable », lâche-t-il seulement.

Mais dimanche soir, après la mise en examen de Benalla et des autres protagonistes, l’Elysée fait fuiter les propos du président au cours d’une réunion rassemblant plusieurs ministres. Emmanuel Macron considère les faits reprochés à son ex-collaborateur «inacceptables» et promet qu’il n’y aura « pas d’impunité », indique son entourage proche. Lundi, enfin, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux assure que le chef de l’Etat est « calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie ».

Face à la pression, le chef de l’Etat décide finalement de lâcher du lest, en off. Un changement de stratégie ? « Ca me semble assez logique, ça permet de donner un avis général sur l’affaire, de montrer qu’il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que le président réprouve les actes en question et qu’il n’y a pas de passe-droit dans la république », défend Stanislas Guérini.

Le président peut-il être auditionné par la commission d’enquête ?

Après l’audition du ministre de l’Intérieur ce lundi, plusieurs députés ont demandé au chef de l’Etat de s’exprimer. « Gérard Collomb a montré qu’il était irresponsable politiquement. Le président de la République doit nous répondre maintenant », a lancé la députée insoumise Danièle Obono. Cette demande est-elle légalement envisageable ?

« La Constitution est assez claire sur ces questions. L'article 67 dit que le Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité », assure Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à Sciences-Po Lille. « On ne peut donc pas lui demander de venir s’expliquer devant une commission d’enquête parlementaire. D’autant que l'article 18 est tout aussi clair : le président communique avec les deux Assemblées du Parlement par des messages, Congrès excepté, selon le principe de séparation des pouvoirs ». Un avis contraire a cependant été donné par le constitutionnalise Dominique Rousseau sur Twitter.

Le chef de l’Etat va-t-il prendre directement la parole ?

A priori, oui. « Au fur et à mesure des avancées de l’enquête, les faits vont se cristalliser. Lorsque la lumière sera faite, je ne doute pas qu’il y ait alors une expression présidentielle », dit Stanislas Guérini. Emmanuel Macron prendra la parole publiquement « quand il le jugera utile », assurait dimanche soir son entourage. Une chose est certaine : cela ne se fera pas sur les routes du Tour de France. Le président a décidé ce lundi d’annuler sa venue sur l’étape des Hautes-Pyrénées jeudi. Raison officielle ? Le Premier ministre avait déjà assisté la semaine dernière à une étape du Tour, a-t-on précisé dans l’entourage du président.