Affaire Benalla: Gérard Collomb, un ministre de l'Intérieur au cœur de la tempête

POLITIQUE Le ministre de l'Intérieur sera auditionné lundi matin par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Les oppositions ont relevé des «mensonges par omission» et demandent la démission du ministre de l'Intérieur...

20 Minutes avec AFP

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Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur.
Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur. — NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Gérard Collomb sur la sellette ? Pilier réputé intouchable de la Macronie, le ministre de l’Intérieur se retrouve au cœur de la tempête, menacé d'être emporté par l'affaire Benalla, la plus grave crise politique du quinquennat.

Le numéro 2 du gouvernement doit être auditionné lundi à 10h00 par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Face à des députés d’opposition ulcérés, il aura la lourde tâche de briser le silence instauré par l’exécutif depuis vendredi sur l’affaire. « Beaucoup de questions devront être posées, beaucoup de réponses devront être trouvées », a prévenu le co-rapporteur, Guillaume Larrivé (LR).

Collomb mis en cause pour le rôle de ses services

Un conseiller de l’Elysée, Alexandre Benalla, filmé en train de frapper et malmener des manifestants le 1er mai dans la capitale, alors qu’il avait été autorisé à accompagner des hauts gradés de la préfecture de police de Paris en tant qu'« observateur » : l’affaire est particulièrement embarrassante pour le ministre.

D’autant qu’il est apparu ces derniers jours que ce « chargé de mission » à l’Elysée avait un rôle central dans la sécurité d’Emmanuel Macron, et allait, aux yeux de certains policiers, jusqu’à marcher sur les plates-bandes des forces de l’ordre.

Droite et gauche font feu de tout bois contre le chef de l’Etat mais elles n’épargnent pas non plus le ministre de l’Intérieur, mis en cause pour le rôle de ses services, notamment la préfecture de police.

Des déclarations équivoques devant le Sénat jeudi

Présenté comme un « grognard » du président, Gérard Collomb, macroniste du premier cercle qui s’entretient chaque semaine avec Emmanuel Macron, se voit également reprocher des déclarations équivoques au Sénat jeudi.

Le doyen du gouvernement, 71 ans, a eu beau condamner « sans ambiguïté » le comportement d’Alexandre Benalla et de son comparse Vincent Crase, employé de La République en marche, les oppositions ont préféré relever des « mensonges par omission ». En cause, notamment : la date exacte de sa connaissance des faits - le 2 mai, a finalement reconnu le ministère auprès du Monde - et son inaction depuis.

Entre loyauté au chef de l’Etat et nécessité d’assumer son rôle de chef de la « maison police », la ligne de crête est étroite pour le ministre, à qui les puissants syndicats reprochent d’avoir laissé prospérer des soupçons de violences policières.

Appels à démission à gauche

A gauche, où on avait déjà dans le viseur l’ex-maire socialiste de Lyon accusé de dérive droitière pour sa loi antiterroriste, son projet de loi asile/immigration et des déclarations jugées provocatrices, les appels à la démission se sont multipliés.

« Le ministre de l’Intérieur est déjà disqualifié. Il a menti et beaucoup ! Plus aucun policier ne peut croire en sa parole. Bien sûr qu’il va démissionner et il ne sera pas le seul », a pronostiqué le leader LFI Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon (Générations) a estimé que la démission de Gérard Collomb était le « préalable à tout apaisement », et a lancé une pétition en ce sens. Au sein de la majorité, une source estime qu’une démission du ministre risquerait « d’ajouter une crise dans la crise ». Son projet de loi asile/immigration doit être examiné cette semaine en nouvelle lecture à l’Assemblée.

L’audition du ministre d’Etat devrait donner le « la » de la riposte de la Macronie, mais gare à la sortie de route. Depuis son arrivée place Beauvau, Gérard Collomb a rarement été à l’aise dans cet exercice. Imprécisions factuelles et dérapages plus ou moins contrôlés devant les parlementaires et les médias alimentent les moqueries des humoristes et les sarcasmes des réseaux sociaux.

« A l’Elysée, on doit se demander quel est le bon niveau de fusible à faire sauter pour éteindre l’incendie », suggère un bon connaisseur de la place Beauvau, qui ne se hasarde cependant à aucun pronostic. Dans l’entourage du ministre, on garde un prudent silence radio.