VIDEO. Viré par Montebourg, signalé pour agressions... Qui est Alexandre Benalla, le collaborateur d'Emmanuel Macron accusé de violences?

PORTRAIT Alexandre Benalla aurait été filmé en train de frapper un manifestant lors de la manifestation du 1er mai…

T.L.G.

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Alexandre Benalla à vélo.
Alexandre Benalla à vélo. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Alexandre Benalla aurait été filmé en train de frapper un manifestant lors de la manifestation du 1er mai.
  • Ce collaborateur d'Emmanuel Macron est accusé d'avoir commis d'autres actes violences.
  • Il avait été licencié par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif.

Il n’apparaît pas dans l’organigramme officiel de l’Elysée, mais son visage est connu de ceux qui ont suivi Emmanuel Macron lors de ses déplacements. Alexandre Benalla, 26 ans, chargé de la sécurité du candidat pendant la campagne présidentielle, est au cœur d’une polémique.

Le Monde l’a identifié mercredi dans une vidéo publiée sur Internet, dans laquelle on le verrait, équipé d'un casque à visière des forces de l'ordre, agresser un manifestant place de la Contrescarpe à Paris le 1er mai au milieu des CRS. Sollicité par Le Monde, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a confirmé qu’Alexandre Benalla était bien l’homme de la vidéo. 20 Minutes revient sur le parcours de ce collaborateur d’Emmanuel Macron, visé par une enquête préliminaire pour « violences par personne chargée d’une mission de service public » et « usurpation de fonctions ».

Dans la sécurité du Parti socialiste, viré par Montebourg

Alexandre Benalla démarre sa carrière en 2011 au sein du service de sécurité du Parti socialiste, comme bénévole « à 20 ans à peine ». « C’est moi qui l’ai recruté et formé. Il fonctionnait bien, je n’avais aucun souci avec lui. Il avait des facilités concernant les techniques de protection rapprochée », confie à 20 Minutes Eric Plumer, l’historique chef du service d’ordre du PS, qui l’a affecté ensuite à la sécurité de Martine Aubry lors des primaires du PS en 2011. L’ancienne première secrétaire du PS « n’a pas de souvenir particulier » d’Alexandre Benalla, mais évoque un homme « très jeune, plutôt discret », selon son entourage cité par l’AFP.

Il entre ensuite dans l’équipe sécurité de François Hollande entre mars et septembre 2012. « Il a acquis à cette période une grosse expérience de terrain qui est aussi enrichissante qu’une formation dispensée dans une école de sécurité », poursuit Eric Plumer.

Il devient chauffeur d’Arnaud Montebourg, au ministère du Redressement productif. Mais très vite, il est licencié, confirme le parti à 20 Minutes. « Il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite », dit l’ancien ministre au Monde.

Des expériences dans le privé avec Vincent Crase, aussi impliqué dans la polémique

Réserviste de la gendarmerie depuis 2009, Alexandre Benalla travaille pour le groupe de sécurité privée Velours entre 2012 et 2015. Cette année-là, son nom est inscrit au Journal officiel : le jeune titulaire d’un master de droit fait partie de la liste des candidats admis à suivre une session régionale de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, « une semaine de formation de haut niveau organisée à l’école des officiers de la gendarmerie à Melun », précise Le Monde.

Il monte en avril 2016 la Fédération française de la sécurité privée (FFSP), une « coquille vide inconnue des professionnels du secteur », écrit La Lettre A, avec Vincent Crase. Ce gendarme réserviste, employé de LREM, et ponctuellement mobilisé par l’Elysée, accompagnait Alexandre Benalla le 1er mai et a également été mis à pied. Et l’Elysée a également mis fin à toute collaboration avec lui.

Des commandes d’armement pendant la campagne d’Emmanuel Macron

Après des expériences dans le privé, il rejoint la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Il est alors responsable de la sécurité du candidat, pour un salaire de 3 500 euros net. Le quotidien Midi-Libre révélait alors l’un des dispositifs imaginés en cas d’attaque terroriste lors d’un meeting d’Emmanuel Macron : « Une trappe avait été sciée. En cas de tir, le pupitre devait basculer et Emmanuel Macron se retrouver dans la partie creuse de la scène où avait été placés un kit de secours et un gilet pare-balles », racontait un membre de l’équipe.

Un mail daté de mars 2017, révélé par WikiLeaks, montre qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase souhaitaient armer l’équipe de sécurité du candidat de deux pistolets à balles non létales, de pistolets à gaz lacrymo, de boucliers antiémeute et d’un flashball. La demande avait « halluciné » certains proches du candidat. « Mais c’est juste hors de question ! » avait répondu Jean-Marie Girier, désormais chef de cabinet de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur.

Déjà des actes de violence ?

Le Monde révèle que, lors d’un meeting d’Emmanuel Macron le 4 mars 2017, des témoins l’auraient vu évacuer sans ménagement un photographe local, coupable de s’être approché de trop près du candidat.

Un jeune militant communiste affirme àBuzzfeed avoir reçu « un coup de tête et une béquille » par Alexandre Benalla, lors de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron à Bobigny (Seine-Saint-Denis) en novembre 2016. Présent sur place, 20 Minutes avait constaté l’évacuation d’un jeune homme hors de l’atelier. « On m’a demandé de ne pas faire entrer des jeunes de l’établissement », nous disait alors un membre de l’équipe de sécurité.

Public Sénat rappelle enfin qu’en mars 2017, un de ses journalistes avait été « ceinturé » puis « poussé sur 50 mètres par l’officier de sécurité, Alexandre Benalla, qui lui arrache sans autre explication son accréditation presse ». La direction de la chaîne avait alors adressé une lettre à l’équipe du candidat.

Dans le dispositif de sécurité du chef de l’Etat

Après l’élection d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla reste dans le dispositif de sécurité du chef de l’Etat. 20 Minutes avait notamment constaté sa présence au côté du président en février dernier, lors d’une visite au Salon de l’agriculture.

Chargé de mission auprès du chef de cabinet de la présidence au moment des manifestations du 1er mai, Alexandre Benalla a été « mis à pied pendant quinze jours avec suspension de salaire » et « démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président », a indiqué ce jeudi Bruno Roger-Petit, porte-parole de la présidence. Depuis, l’Elysée assure au Monde qu’il est affecté à un poste administratif, chargé notamment de la sécurité d’événements organisés « à l’intérieur du palais ». Plusieurs internautes ont toutefois noté qu’Alexandre Benalla était présent lundi dans le bus des Bleus lors de la célébration de leur victoire sur les Champs-Elysées.

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