Pris de vitesse, syndicats et patronat vont tenter de répondre à la méthode Macron

DIALOGUE SOCIAL Les principales organisations patronales et syndicales se réunissent mercredi pour montrer à l'exécutif qu'elles peuvent travailler ensemble sur des priorités communes, un message envoyé à Emmanuel Macron...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron au château de Versailles, le 9 juillet 2018.
Emmanuel Macron au château de Versailles, le 9 juillet 2018. — CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Elles veulent faire front. Les principales organisations patronales et syndicales se réunissent mercredi pour montrer à l'exécutif qu'elles peuvent travailler ensemble sur des priorités communes, un message envoyé à Emmanuel Macron avant leur rendez-vous de la semaine prochaine à l'Elysée.

Réunion «exceptionnelle»

Les numéros un du Medef, de la CPME et de l'U2P, côté patronat, et ceux de la CGT, de la CFDT, de FO, de la CFE-CGC et de la CFTC, côté syndicats, prévoient de se voir mercredi à partir de 08H00 au Conseil économique et Social (Cese), situé au Palais d'Iéna à Paris. Cette réunion au sommet est présentée comme «exceptionnelle» par FO. En dehors des conférences sociales du quinquennat Hollande, les occasions de voir travailler ensemble les numéros uns de ces organisations sont rares.

«En soi, c'est déjà un succès», s'est réjoui Pascal Pavageau, secrétaire général de Force Ouvrière depuis deux mois. A son arrivée, il avait tout de suite plaidé en faveur de la fixation d'un «agenda social», une doléance soutenue par la CFDT. Le fil rouge de cette rencontre, qui était suspendue à l'élection du président du Medef: la méthode Macron, critiquée tant par le patronat que les syndicats, même si le gouvernement met en avant sa méthode de concertation. «On voit bien qu'il y a un problème de vitesse. Ce gouvernement va très vite, propose énormément de réformes. On a du mal à suivre», a réagi lundi Geoffroy Roux de Bézieux, le nouveau président du Medef.

Côté syndicats aussi, la frustration est grande. Après les ordonnances travail faisant la part belle aux revendications des entreprises, ils n'ont pu réécrire la réforme de la SNCF, malgré trois mois de conflit. Pascal Pavageau résume ainsi la «méthode Macron»: «"je pense donc tu suis"». Laurent Berger, numéro un de la CFDT, multiplie aussi les critiques, estimant qu'il «n'y a pas de politique sociale digne de ce nom dans notre pays depuis le début du quinquennat».

«Agenda consistant et de qualité»

Pour l'avenir, les syndicats s'inquiètent d'une refonte des aides sociales, de la future réforme des retraites, d'une remise en cause du statut des fonctionnaires, quand le patronat critique le prélèvement à la source. Il y a aussi des interrogations sur le plan pauvreté, reporté à la rentrée. Même dans les rangs de la majorité LREM, la grogne monte, certains réclamant «un rééquilibrage de la politique menée depuis un an, en faveur d'une politique sociale plus affirmée».

Alors syndicats et patronat vont essayer de s'accorder sur des thèmes dont ils pourraient s'emparer pour négocier. «Remettre au centre l'idée que la négociation professionnelle, ça a un sens et que des droits pour tout le monde, ça a aussi un sens», explique de son côté le numéro un de la CGT, Philippe Martinez.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a jugé samedi à Aix-en-Provence que «l'idée était d'avoir un agenda social consistant et de qualité» à la rentrée. Concernant la formation professionnelle, objet d'une négociation, les syndicats n'ont pas apprécié qu'elle réécrive la copie très largement pour son projet de loi «avenir professionnel» actuellement examiné au Parlement.

L'ancien président du Medef Pierre Gattaz a apporté de l'eau à leur moulin en estimant avant de passer la main à son successeur qu'«un certain nombre de réformes positives ont été faites», notamment «sous l'impulsion du Medef». Reste à savoir quelle sera l'attitude du nouveau leader du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a remplacé Pierre Gattaz. Pendant la campagne interne au Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a semblé prendre ses distances avec le paritarisme, c'est-à-dire la gestion par les partenaires sociaux d'organismes tels que l'Unédic (assurance chômage), les tribunaux prud'homaux, ou encore les caisses d'allocations familiales. Pour lui, ce système a vécu «dans sa forme actuelle». De leur côté, FO et CFDT mettent en garde le Medef pour qu'il ne devienne pas simplement «un lobby».