Lyon: Qui est Jean-Marie Girier, le discret chef de cabinet de Gérard Collomb?

PORTRAIT Il est entré dans la lumière à la suite d'une plainte des LR sur ses fonctions pendant la campagne présidentielle. Agé de 33 ans, le Lyonnais est perçu comme l'une des personnes les plus puissantes de la République...

Caroline Girardon

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Jean-Marie Girier (au centre) est le chef de cabinet de Gérard Collomb.
Jean-Marie Girier (au centre) est le chef de cabinet de Gérard Collomb. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • A 33 ans, Jean-Marie Girier, chef de Cabinet de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur est considéré comme l’une des personnes les plus puissantes de la République.
  • Le parquet de Lyon a ouvert une enquête préliminaire pour connaître son rôle exact pendant la campagne électorale d'Emmanuel Macron.
  • Il a fait ses armes à Lyon auprès de son mentor.
  • Discret mais efficace professionnellement, l’homme suscite l’admiration entre Rhône et Saône, même dans les rangs de l’opposition. 

« En macronie, les collaborateurs n’existent pas. Nous sommes tous dans l’ombre et n’avons pas vocation à être cités pour parler des uns ou des autres ». Le ton est donné gentiment. Ce n’est pas auprès du ministère de l’Intérieur qu’on apprendra quelque chose de Jean-Marie Girier, le chef de cabinet de Gérard Collomb.

A Lyon, sa ville natale, les langues ne se délient pas toujours facilement non plus. « Si vous parlez de lui, vous touchez au cœur du système Collomb », lâche en riant un ancien collaborateur de l’actuel locataire de la place Beauvau. Et même au cœur de la République. Depuis qu’il est devenu l’homme de confiance d' Emmanuel Macron, Jean-Marie Girier, 33 ans, est désormais perçu comme l’une des « personnes les plus puissantes » du gouvernement.

Son rôle pendant la campagne présidentielle fait d’ailleurs l’objet d’une enquête préliminaire. Les Républicains, qui ont saisi le Procureur de Lyon, le soupçonnent d’avoir orchestré la campagne d’Emmanuel Macron alors qu’il était encore directeur de cabinet de Gérard Collomb à la Métropole de Lyon. Lui discret, préfère fuir les médias et les réseaux sociaux comme il l’a toujours fait.

« Il travaille dans l’ombre avec la porte fermée »

« C’est quelqu’un qui travaille dans l’ombre avec la porte fermée », lâche un ancien collaborateur. Un « bosseur » né, un acharné qui ne « compte jamais ses heures » et qui est capable de se froisser si on craint de le déranger pendant ses vacances. Un homme qui suscite une certaine admiration quel que soit le bord politique. Son professionnalisme est loué autant que sa discrétion et son efficacité. « Il sait faire plier les gens et dénouer des situations de crise. Quand on est face à lui, on voit très bien qu’il ne faut pas lui en raconter et lui faire à l’envers, témoigne-t-on dans les rangs de l’opposition lyonnaise. Tout le monde savait qu’il avait l’oreille de Collomb ».

Pas étonnant que le jeune homme ait tapé dans l’œil de l’ancien maire de Lyon, qui a fait appel à ses services en 2012 pour rejoindre l’Hôtel de Ville et le nommer ensuite directeur de son cabinet à la Métropole. « On pressentait qu’il pouvait aller loin », lâche Sylvie Blès-Gagnaire, ancienne responsable du service presse de la région Rhône-Alpes, dans lequel Jean-Marie Girier a décroché son premier emploi en 2007. A l’époque, diplômé de Sciences Po Lyon, il a 23 ans et revient d’un séjour au Canada.

« Amené à faire de grandes choses »

« J’ai rapidement pensé qu’il ne resterait pas longtemps car on sentait qu’il était amené à faire de grandes choses », confie-t-elle. « Il était doué pour gérer mille choses à la fois. Il a rapidement montré cette faculté de maîtriser les situations stressantes tout en restant d’humeur égale ». « Il ne donne jamais l’impression d’être perdu ou de s’énerver. Il est dans le contrôle », confirme Thomas Rudigoz, député de la première circonscription du Rhône. Même lorsqu’il doit glisser au creux de l’oreille Gérard Collomb, alors en plein discours devant les élèves de l’école de police de Saint-Cyr, qu’un attentat vient d’être commis à Trèbes. « Son visage est resté impassible, on aurait pu penser qu’il venait d’avoir une conversation lambda au téléphone », se souvient un proche. Un « monstre de sang-froid » diront ses détracteurs. Un « pudique » répond Thomas Rudigoz.

Au conseil régional en 2007, on remarque vite ce gars « extrêmement brillant », « aimable ». A la fédération départementale du PS également. A la même période, le jeune homme devient secrétaire de la section PS du 9e, un arrondissement longtemps dirigé par un certain Gérard Collomb. Puis, il est embauché en 2008 comme directeur de cabinet d’Alain Giordano, maire EELV du 9e arrondissement, qui retient de lui l’image d’un collaborateur « loyal ».

« C’était un incroyable bosseur » ayant « une très bonne connaissance du territoire ». L’homme bûche ses dossiers à fonds, multiplie les visites de terrain, retrousse les manches quand il faut tracter aux côtés des militants sur les marchés. Méfiant, le maire imagine au début qu’il « fait ça pour se montrer ». « J’ai rapidement compris que non. C’était simplement par passion. Etre un élu ne l’a jamais intéressé », explique Alain Giordano.

L’archétype même du directeur de cabinet

« Il ne cherche pas la lumière, enchaîne Hubert Julien-Laferrière, député LREM de la deuxième circonscription du Rhône. Ce n’est pas pour rien que Gérard Collomb l’a choisi. Il attend de ses collaborateurs qu’ils travaillent autant ses dossiers que lui ».

« Je crois que c’est l’archétype même du directeur de cabinet. Son implication est très forte pour la personne pour laquelle il travaille. Il a parfaitement compris son rôle et ce qu’il faut faire pour protéger son patron », glisse-t-on dans les rangs socialistes lyonnais. Un fin « Stratège », « méthodique », « très organisé ». Une machine à gagner les élections. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui dira le contraire.

Le chef d’orchestre des municipales de 2014

« En 2014, il était la cheville ouvrière du PS pour les élections municipales. C’est lui qui a constitué les listes par arrondissement », confie un militant ayant fait partie de l’aventure. « Il était vraiment indispensable ». « C’était le chef d’orchestre, celui qui dirigeait et suivait tout », complète Thomas Rudigoz.

Peu importent les tensions ou les divisions entre militants. Girier est là pour trancher. « Quand il faut, il peut être un tueur. Il est capable de montrer les dents », enchaine un militant. L'« introverti », un « brin austère » comme certains opposants le décrivent, sait donc forcer son tempérament pour avoir gain de cause. « Il faut avoir du caractère dans ce milieu. Mais lui reste sain et respectueux », ajoute Thomas Rudigoz. « C’est sûrement ce qui permet de dénouer des situations compliquées. Il sait vraiment discuter avec tout le monde ».

Peu bavard

Ses discours empreints de grandeur font également mouche. La force des mots. L’humain, « toujours placé a cœur des préoccupations ». « C’est son truc ça », sourit Alain Giordano, impressionné à l’époque par sa rapidité d’écriture. Et sa facilité. Des tournures de phrase qu’il croit déceler aujourd’hui chez Emmanuel Macron. « Un jour, je lui ai demandé quel était son secret. Il m’a répondu que son oncle, un élu, lui avait donné des discours type. Au début, il piochait des idées par-ci par-là. Il a toujours eu cette honnêteté de dire les choses ».

Si l’homme est apprécié des plus hauts dirigeants, n’allez pas imaginer qu’il aime taper sur l’épaule de ses patrons. Peu bavard, l’homme « cache souvent ses sentiments ». « Il garde toujours une certaine distance », confesse Alain Giordano. « Pour lui, le pouvoir, ce n’est pas être copain avec le patron, c’est la connaissance des dossiers et du terrain ».