Limitation à 80 km/h: Malgré les controverses, Edouard Philippe a tenu bon

EXCES DE VITESSE Le Premier ministre porte à bout de bras cette mesure impopulaire qui entre en vigueur ce dimanche...

Thibaut Le Gal

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Discours d'Edouard Philippe après le Comité interministériel de la sécurité routière, le 9 Janvier 2018.
Discours d'Edouard Philippe après le Comité interministériel de la sécurité routière, le 9 Janvier 2018. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Dans le cadre d'un plan gouvernemental visant à réduire le nombre de tués sur les routes, la limitation à 80 km/h entrera en vigueur dimanche 1er juillet.
  • Edouard Philippe porte depuis des mois cette mesure impopulaire.

 

Pour l’exécutif, la mesure s’apparente au sparadrap du capitaine Haddock. La limitation de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires entre en vigueur ce dimanche, après des mois de controverses et d’oppositions. « Le Premier ministre ne méconnaît pas les réactions suscitées par cette mesure mais rappelle qu’il s’agit de préserver des vies humaines et d’éviter de nombreux drames », disait Matignon dans un communiqué il y a encore quelques jours.

Car depuis son annonce officielle en janvier, exclusivement par Edouard Philippe porte quasiment seul cette mesure. En décembre déjà, le chef du gouvernement se disait favorable «à titre personnel» à cette limitation de vitesse, qui n’était pas dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron. « Depuis 2013, le nombre de morts et de blessés sur les routes était en augmentation alors qu’elle était en baisse pendant des décennies*. Le Premier ministre a tranché pour prendre des mesures efficaces et sauver des vies. Le fait que le sujet n’était pas instruit pendant la campagne, par personne d’ailleurs, n’était pas une excuse pour ne pas agir », dit-on à Matignon.

« Il n’y a pas de malaise »

Cette détermination du chef du gouvernement tranche face à la discrétion d’Emmanuel Macron. « Le Premier ministre a le droit d’avoir des bonnes idées et de les défendre, ironise le député LREM Joachim Son-Forget. Et il n’y a d’ailleurs pas de bisbille avec le président, sinon elle ne se ferait pas ».

Cette limitation de vitesse, qui sera expérimentée pendant deux ans​, ne fait pourtant pas l’unanimité au sein même du gouvernement. En avril, Gérard Collomb, pourtant chargé du dossier en tant que ministre de l’Intérieur, avait sorti un « joker » pour éviter de s’exprimer sur le dossier. Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires et Gérald Darmanin au Budget auraient également fait part de leurs réserves auprès du chef de l'Etat. « Il n’y a pas de malaise. Les décisions gouvernementales se font toujours dans la construction d’avis plus ou moins différents, voire divergents », tente le cabinet du Premier ministre.

« Il y a eu une mauvaise pédagogie »

La méthode fait aussi grincer des dents au sein de la majorité LREM. « On ne peut pas faire croire qu’on peut tout régler depuis Paris. Cette mesure jacobine est très mal perçue sur les territoires », regrette au Monde Benoît Simian, député de Gironde. « Il y a eu une mauvaise pédagogie. On a fait l’erreur de la présenter isolément de l’ensemble des recommandations de la prévention routière. C’est un peu l’effet "glyphosate" de la loi sur l’alimentation. Tout le monde s’est polarisé sur cette mesure, qui a masqué toutes les autres », avance Bruno Bonnell, député LREM du Rhône. « Il y a un malaise car c’est une mesure clivante, et donc impopulaire. Je comprends l’énervement d’une certaine ruralité, mais je rappelle que cette limitation protège de la mortalité ».

Près de trois Français sur quatre (74 %) se disent opposés à la mesure, selon un sondage Odoxa diffusé mardi. Dans cette même enquête, les cotes de popularité de l’exécutif s’effondrent. François Patriat, sénateur proche d’Emmanuel Macron ne s’inquiète pas. « J’ai connu à titre personnel la ceinture obligatoire, le radar, etc. Même impopulaires, les mesures courageuses finissent toujours par payer ». «Pour le dire de façon peut-être un peu triviale, l'objectif, ça n'est pas d'emmerder le monde. L'objectif, c'est de faire en sorte qu'il y ait moins de morts et moins de blessés grave», a expliqué Edouard Philippe vendredi.

*Depuis 2017, la tendance est également à la baisse.