Réduction du nombre de parlementaires: «Un tiers des députés va devoir se faire hara-kiri»

POLITIQUE La réduction de 30 % du nombre de parlementaires est prévue dans un texte de l'exécutif..

Thibaut Le Gal

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Assemblée Nationale : Questions au Gouvernement.
Assemblée Nationale : Questions au Gouvernement. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La réforme des institutions souhaitée par Emmanuel Macron arrive à l'Assemblée.
  • La réduction de 30 % du nombre de parlementaires pourrait agiter la majorité.

Pour les députés, ça s’apparente à une petite révolution. La réforme des institutions souhaitée par Emmanuel Macron est arrivée ce mardi en commission des Lois de l'Assemblée nationale. Dans un premier temps, c’est le volet constitutionnel qui est étudié. Mais à la rentrée, les parlementaires plancheront aussi sur les autres réformes institutionnelles, avec des mesures emblématiques : la réduction de 30 % du nombre de parlementaires, et l’introduction de 15 % de proportionnelle aux législatives.

La conséquence : un redécoupage des circonscriptions pour les prochaines élections. L’Assemblée nationale devrait ainsi passer en 2022 de 577 à 404 députés. De quoi générer de la colère dans l’hémicycle.

« Ce texte est dangereux pour la démocratie et nos territoires »

« Personne ne fera croire aux Français que la baisse des députés est un drame national. C’était un engagement d’Emmanuel Macron pendant la campagne », tranche Florent Boudié, député LREM, membre de la commission des lois. « Diminuer le nombre de parlementaires, c’est plus de moyens pour chacun d’eux ».

La suppression de près de 40 % des circonscriptions entraînera un agrandissement de chaque territoire et donc le nombre d’administrés par député. « Dans ma circonscription, j’ai actuellement environ 170 communes et 125.000 habitants », explique Alain Tourret, député LREM. « Avec la réforme, on pourrait donc passer à 340 villes et 250.000 personnes. Cela ne me pose pas de problème, à condition qu’on ait des moyens techniques complémentaires et plus d’assistants ».

La droite est plus inquiète. « Ce texte est dangereux pour la démocratie et nos territoires », lance Aurélien Pradié, député Les Républicains. « Aujourd’hui je peux aller au contact des habitants de ma circonscription. Demain, avec le redécoupage, je ne pourrai plus le faire. Emmanuel Macron souhaite déconnecter les députés du terrain pour mettre toujours plus au pas le Parlement ». Le député LR Sébastien Huyghe ajoute : « Le député est un élu national accessible localement. La diminution du nombre de parlementaires va remettre en cause cette fonction ».

« Certains députés fonctionnent avec l’idée que le député est un élu local. Il doit être à l’écoute de son territoire, certes, mais c’est un élu national. On ne peut rester avec l’idée d’un député à l’ancienne qui est aussi maire et qui va aider untel à trouver un logement… Il faut rentrer dans une certaine modernité », répond Erwan Balanant, député MoDem.

« Que ce soit difficile à faire voter, je suis sûr que non. Que ce soit difficile à vivre… »

La « modernité » sera-t-elle un argument suffisant pour obliger les députés de la majorité à se sacrifier ? « Ça va être une boucherie », prévient à FranceInfo Alain Marleix, ancien secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales, qui a participé au précédent redécoupage de la carte électorale en 2009. « Quoi qu’il arrive, Emmanuel Macron ne pourra pas recaser toute sa majorité. Il va falloir couper des têtes ».

« Cela risque de faire des étincelles dans le groupe car on va devoir se bouffer entre nous », s’inquiète un député LREM au Monde. « Si certains députés ont des interrogations, je les incite vivement à regarder notre programme présidentiel. Cette mesure y figure en bonne place. C’est le prix à payer pour réformer nos institutions », répond Florent Boudié.

« Que ce soit difficile à faire voter, je suis sûr que non. Que ce soit difficile à vivre… Je ne peux pas sonder les reins et les cœurs. On peut concevoir au moment de passer à l’acte que certains puissent ressentir un certain pincement. Mais personne ne pourra arguer la surprise », abonde Gilles Le Gendre, vice-président du groupe LREM.

« J’y vois un nouveau challenge, être le meilleur possible pour faire un second mandat », s’amuse Erwan Balanant. « D’autant qu’un certain nombre d’entre-nous ont déjà annoncé qu’ils ne feraient qu’un seul mandat ».

« Un tiers des députés va devoir se faire hara-kiri. Ce n’est jamais très agréable », ironise Alain Tourret. « Mais les Municipales [en 2020] pourraient être un lot de consolation ». Le parlementaire s’inquiète d’une autre conséquence. « Des surprises pourront arriver à partir du moment où le parti majoritaire [qui décide des investitures] n’aura plus d’influence sur le député dont la circonscription sera supprimée. Ces élus pourront dans la seconde partie du quinquennat reprendre leur indépendance ».