Comment Valérie Pécresse se pose en recours à la «stratégie d’enfermement» de Laurent Wauquiez

POLITIQUE Valérie Pécresse réunit ses troupes dimanche à Orléans (Loiret) dans un contexte de crise chez les Républicains...

Thibaut Le Gal

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Valérie Pécresse ne laisse même pas la couleur rouge à Laurent Wauquiez
Valérie Pécresse ne laisse même pas la couleur rouge à Laurent Wauquiez — THOMAS SAMSON / AFP
  • Valérie Pécresse réunit ses troupes dimanche à Orléans (Loiret).
  • Chez Les Républicains, c'est la crise depuis le limogeage de Virginie Calmels.
  • Valérie Pécresse veut se poser en recours à Laurent Wauquiez.

Au lendemain de l’éviction de Viriginie Calmels, dimanche soir, tous les regards se sont portés vers elle. Valérie Pécresse a préféré s'en amuser lundi, devant la foule agitée des journalistes. « Merci d’être aussi nombreux et passionnés par l’Europe, ça tombe bien, nous aussi ». Ceux qui attendaient une déclaration de guerre à Laurent Wauquiez sont repartis déçus. Ce n’était pas pour tout de suite. Valérie Pécresse s’est contentée de dévoiler ses propositions sur l’Europe en attendant la réunion de ses troupes dimanche à Orléans (Loiret).

« Le but est de structurer notre mouvement. Nous travaillons d’arrache-pied pour construire un projet et alimenter Valérie en idées », glisse le juppéiste Maël de Calan, premier vice-président de Libres !. Cette sortie sur les questions européennes intervient deux semaines avant le Conseil national des Républicains sur… l’Europe, justement. En avril, déjà, l’ancienne ministre de Chirac avait dévoilé son cahier « immigration » la veille de la convention LR sur le sujet. L’affaire avait exaspéré la direction du parti.

« L’idée n’est ni de défier ni de narguer qui que ce soit. Valérie Pécresse n’a aucune raison de se détacher de LR mais elle entend montrer qu’elle a un mouvement qui se structure, qui existe, et avec lequel il va falloir compter », défend le député de la Manche Philippe Gosselin, qui l’a rejoint. « On peut avoir un attachement double sans manque de loyauté. Wauquiez a certes été élu, mais le rassemblement, ce n’est pas de voir qu’une seule tête. ».

« La stratégie d’enfermement et de repli va montrer ses limites »

Libres !, qui revendique un millier d’élus, est associé à LR depuis janvier. Lors d’un Conseil national houleux, Valérie Pécresse avait toutefois théorisé l’existence de « deux droites ». La voilà qui s’oppose désormais ouvertement à la ligne de Laurent Wauquiez. Le référendum sur l’immigration promis par le patron de la droite ? « Pas crédible ». Le retour à l’Etat d’urgence ? « Une chimère ». Son Union européenne des «cercles concentriques» ? « Une idée dangereuse ».

En novembre, elle fustigeait déjà l'«autoritarisme puéril» du futur patron. « Au sein des instances, défendre nos idées est devenu très difficile, car elles sont toutes verrouillées par Laurent Wauquiez. Mais je crois que dans les mois qui viennent la stratégie d’enfermement et de repli va montrer ses limites. Beaucoup d’élus et d’adhérents sont impressionnés par son effondrement dans les sondages », enfonce Maël de Calan. « Il ne faut pas qu’on se recroqueville sur nos militants mais qu’on parle à l’ensemble des Français », ajoute Philippe Gosselin.

« J’imagine qu’à un moment ou un autre, elle sera poussée à faire un choix »

Contrairement à Xavier Bertrand, Valérie Pécresse n’a pas claqué la porte du parti pour s’opposer à Laurent Wauquiez. « Les Républicains sont encore la formation de la droite, c’est là que se mène le combat. Tous ceux qui ont quitté le navire amiral sont aujourd’hui affaiblis politiquement. Valérie ne se pose pas en opposante interne, mais elle incarne une alternative ».

La sénatrice Fabienne Keller, membre d’Agir [parti de centre-droit] prévient : « Son positionnement est d’être dedans et dehors, de rester à LR mais d’avoir une liberté de ton. J’imagine qu’à un moment ou un autre, elle sera poussée à faire un choix ».

Ce pourrait être lors du conseil national des Républicains consacré à l’Europe le 30 juin prochain à Menton (Alpes-Maritimes). Que décidera-t-elle si aucune de ses propositions européennes n’est retenue par la direction ? Maël de Calan évacue : « Le pire n’est jamais certain ».