Sondage jugé raciste de LREM: «Les mêmes questions ont été posées en 2014 aux électeurs du PS»

POLEMIQUE Une enquête menée par le Terra Nova destinée à mieux connaître les électeurs de la République en marche est vivement critiquée pour certaines questions posées utilisant une réthorique d'extrême-droite. «Une fausse polémique», se défend le think-tank...

R. G.-V.

— 

Thierry Pech, à droite, et Thierry Beaudet.
Thierry Pech, à droite, et Thierry Beaudet. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Dans ce sondage, publié le 8 juin, il s’agit, entre autres, de répondre à différentes affirmations, sur une échelle graduée de « tout à fait d’accord » à « tout à fait en désaccord ».
  • Les sondés sont notamment invités à se prononcer sur les affirmations suivantes : « Il y a trop d’immigrés en France », « l’Islam est une menace pour l’Occident », « on ne se sent pas chez soi comme avant »,
  • Plusieurs personnes dont les socialistes Rachid Temal ou Marie-Noëlle Lienemann, se sont indignées de cette rhétorique d’extrême droite. Pourtant, « ces questions sont régulièrement posées depuis dix ans par des études similaires y compris au sein du PS, se défend Terra Nova.

Le sondage organisé par La République en marche (LREM) auprès de ses membres, pour mieux les connaître, est-il problématique, voire offensant pour certaines populations ? Non, pour le directeur de Terra Nova, Thierry Pech, à l’origine de la consultation. « C’est totalement ridicule » a-t-il même expliqué au micro de France Info.

Le mouvement du président de la République a un peu moins de deux ans. Malgré son succès, il reste assez difficile, parfois, de savoir où se trouvent vraiment les membres du parti sur l’échiquier politique français. Terra Nova, un think-tank au centre gauche, a donc proposé à LREM une enquête pour en savoir plus.

« Rhétorique rance »

Dans ce sondage, publié le 8 juin, il s’agit, entre autres, de répondre à différentes affirmations, sur une échelle graduée de « tout à fait d’accord » à « tout à fait en désaccord ». Le problème pour certains, dont le sénateur socialiste Rachid Témal, c’est l’ambiguïté de ces affirmations : « Il y a trop d’immigrés en France », « l’islam est une menace pour l’Occident », « on ne se sent pas chez soi comme avant » ou encore « les enfants d’immigrés nés en France sont des Français comme les autres ».

L’élu du Val-d’Oise estime, toujours pour France Info, que « c’est une rhétorique rance, et c’est extrêmement grave. Je combats cette approche-là, pour moi il n’y a que des Français. C’est une rhétorique de l’extrême droite, les Français "de souche" et les Français "de papier". Voilà ce qu’induit cette question. La République en marche assume cette étude. »

« Les mêmes questions posées aux adhérents du PS en 2014 »

Thierry Pech répond d’abord sur le fond : « Terra Nova est connu pour des positions en faveur du droit d’asile, d’une politique plus ouverte en matière migratoire. Et aujourd’hui on nous fait un procès en racisme. » Puis sur la forme : « Ce sont des questions qui sont notamment posées par le Cevipof [le centre de recherches politiques de Sciences Po]. »

Le think-tank renvoie tout particulièrement sur une radiographie du Parti socialiste réalisée par le Cevipof en 2014. « Soit un travail similaire à celui que nous menons aujourd’hui pour La République en Marche », précise le think-tank. On y trouvait déjà des affirmations similaires (voire exactement les mêmes) à celles dénoncées aujourd’hui par Rachid Témal et d’autres élus socialistes. Là encore, les adhérents du PS devaient se positionner par rapport à ces phrases toujours sur la même échelle graduée : « tout à fait d’accord », « assez d’accord »…

En 2014, le Cevipof avait mené une étude par questionnaire auprès des adhérents du Parti socialiste posant les mêmes questions que celles aujourd'hui critiqués dans l'étude menée par Terra Nova.
En 2014, le Cevipof avait mené une étude par questionnaire auprès des adhérents du Parti socialiste posant les mêmes questions que celles aujourd'hui critiqués dans l'étude menée par Terra Nova. - Extrait d'une étude Cevipof

Autrement dit, « si vous jugez que cette enquête est raciste, vous jugez que beaucoup d’enquêtes depuis dix ans le sont aussi, y compris des enquêtes internationales comme les European value surveys », rappelle-t-on à Terra Nova.

« Positionner les sondés par rapport à des points cardinaux »

Le think-tank précise alors que tout l’intérêt de ces études de sociologie politique est d’essayer de positionner les sondés par rapport à des points cardinaux de la société « Nous faisons l’hypothèse que les gens proches du Front National pensent qu’il y a trop d’immigrés en France ou que l’Islam est une menace pour l’Occident, détaille-t-on à Terra Nova. Nous cherchons ensuite à voir si les électeurs que nous interrogeons sont éloignés ou non de ces affirmations. Le Cevipof l’a fait en 2014 avec le PS. Nous le faisons en ce moment avec les militants de la République ne Marche. Reprendre exactement les mêmes questions d’une enquête à l’autre nous permet alors de faire des comparaisons dans le temps, d’avoir des comparaisons de tendance. Nous avons besoin de ces points de repère dans les enquêtes publiques. »

« Dans cette fausse polémique, on a ciblé quelques questions seulement, rappelle enfin Terra Nova. Or, nous en avons posées des dizaines sur des thématiques très diverses. Il faut une vingtaine de minutes pour répondre au sondage. » Les résultats de cette enquête menée auprès de 30.000 membres de La République en marche doivent être connus à la rentrée.