Inserm: Le mari de la ministre de la Santé candidat à sa propre succession?

CONFLIT D'INTRETS Alors que le ministère de la Santé n’a plus de tutelle Institut national de la santé et de la recherche médicale, le fait que le mari d’Agnès Buzyn puisse être reconduit dans ses fonctions pose déjà question…

R. G.-V. avec AFP

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Yves Lévy et Agnès Buzyn.
Yves Lévy et Agnès Buzyn. — Thomas SAMSON / AFP

L’affaire fleur bon le conflit d’intérêts et à même attiré l’attention de la prestigieuse revue scientifique britannique « The Lancet ». Yves Lévy, l’actuel patron de l’Inserm, l’organisme public de recherche médicale, sera-t-il candidat à sa propre succession ? L’époux de la ministre de la Santé laisse planer le mystère avant l’audition des candidats jeudi devant une commission ad hoc. Agnès Buzyn, interrogée par RTL sur ce sujet, disait dimanche : « Vous lui poserez la question ». Mais l’homme est resté muet.

« Je ne veux pas être mêlée à cette affaire, insistait Agnès Buzyn. « Très franchement, c’est un mauvais procès qui lui est fait », a pour sa part jugé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux en rappelant les règles de droit qui réglementent les conflits d’intérêts. La ministre « n’a pas de pouvoir sur la nomination », « ne jetons pas la suspicion en permanence… », a-t-il ajouté.

Un problème depuis près d’un an déjà

Les candidats doivent être entendus à huis clos par trois hommes et trois femmes désignés par arrêté du Premier ministre et de la ministre de la Recherche. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale est traditionnellement placé sous double tutelle des ministères de la Recherche et de la Santé.

Mais la nomination d’Agnès Buzyn en mai 2017 comme ministre de la Santé posait un problème de conflit d’intérêts. Un décret à la fin du même mois lui a donc enlevé toute autorité sur l’Inserm, la transférant au Premier ministre, en plus de la tutelle du ministère de la Recherche.

Un intérim qui fait des remous

Le dépôt des candidatures était clos le 28 avril. Et la réglementation prévoit que les noms restent confidentiels. « L’anonymat est garanti par la loi, sinon les gens n’oseraient pas postuler, au risque d’être mis en échec », soulignait la ministre dimanche.

Nommé par décret du président de la République pour quatre ans en 2014, Yves Lévy (60 ans) occupe ce poste par intérim depuis la fin de son mandat le 11 juin. Son maintien a suffi à susciter des remous. Des chercheurs auraient en effet jugé préférable de promouvoir la directrice générale déléguée de l’Inserm, Claire Giry.

Manœuvres en coulisses

Les tiraillements autour de cette succession ont entretenu une ambiance de suspicion en interne. Le SNTRS-CGT (Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique) a dénoncé une « campagne malsaine » contre Yves Lévy, qu’il impute à des « mandarins dirigeants » des Instituts hospitalo-universitaires (IHU) qui « n’ont pas toléré » la possibilité récemment donnée à l’Inserm d’intervenir dans leur gestion.