Les Républicains: On vous explique la crise Wauquiez/Calmels avec les sujets philo du bac

PHILOSOPHIE Laurent Wauquiez a limogé la vice-présidente déléguée du parti Virginie Calmels au moment où les étudiants passent leur bac philosophie…

Thibaut Le Gal

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Arthur Schopenhauer s'interroge sur la crise politique Les Républicains AFP/ PHILIPPE DESMAZES
Arthur Schopenhauer s'interroge sur la crise politique Les Républicains AFP/ PHILIPPE DESMAZES — TLG photomontage philosophique

Il arrive que les mots des grands philosophes trouvent un écho étrange dans l’actualité. Après deux semaines de conflit, Laurent Wauquiez a tranché. Le patron du parti  Les Républicains a limogé dimanche la vice-présidente déléguée du parti Virginie Calmels. Dans le même temps, ce lundi matin, les quelque 750 000 candidats au bac ont commencé à plancher sur les épreuves de philosophie.

Vous ne voyez pas le lien entre Nadine Morano, qui se félicitait ce matin de cette exclusion, et Émile Durkheim, le fondateur de la sociologie moderne ? 20 Minutes vous explique la crise à droite à travers trois sujets philo du bac proposés ce lundi matin.

« Quand nous obéissons à une personne en raison de l’autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu’ils nous semblent sages, mais parce qu’à l’idée que nous nous faisons de cette personne, une énergie psychique d’un certain genre est immanente, qui fait plier notre volonté et l’incline dans le sens indiqué » (Sujet 3, bac ES)

Ce lundi, Émile Durkheim aurait pu venir en personne sur les plateaux télé défendre la décision de Laurent Wauquiez d'exclure Viriginie Calmels, avec cet extrait des Formes élémentaires de la vie religieuse, soumis aux lycéens. Car depuis dimanche, les cadres LR rejoignent le sociologue sur cette idée : il faut suivre la ligne du patron.

« Cette exclusion est un acte d’autorité et de clarification. On ne peut se permettre d’avoir une droite divisée sur la scène médiatique, avec un sommet déchiré entre le numéro 1 et le numéro 2. Nous regrettons les prises de parole de Virginie Calmels car on ne peut aller contre la ligne Wauquiez, ses actes de défiance étaient allés trop loin », résume le député et vice-président Damien Abad.

Virginie Calmels aurait dû relire Durkheim pour anticiper cette sanction : « Le commandement affecte généralement des formes brèves, tranchantes, qui ne laissent pas de place à l’hésitation ».

« Souvent nous ne savons pas ce que nous souhaitons ou ce que nous craignons. Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières, sans nous l’avouer, sans même en prendre clairement conscience ; c’est que l’intellect n’en doit rien savoir, c’est qu’une révélation nous semble dangereuse pour notre amour-propre, pour la bonne opinion que nous tenons à avoir de nous-mêmes » (Sujet 3, bac L)

Ici, on croirait entendre les détracteurs de Laurent Wauquiez. Virginie Calmels ne reprend-elle pas cette idée d’Arthur Schopenhauer, dans Le monde comme volonté et comme représentation, lorsqu’elle fustige la droitisation du parti et l’accuse d’utiliser « exactement la rhétorique de ceux qui jouent sur les peurs pour se faire élire».

Autrement dit, le patron Les Républicains ne ferait-il pas le jeu du Rassemblement national (ex-FN) en s’en rapprochant toujours dans le discours et sur le fond ? « La stratégie de Laurent Wauquiez est de bâtir un parti aux ordres avec des affidés sur une ligne identitaire, populiste, ultraconservatrice. C’est le vocabulaire et les idées de l’extrême droite qui sont défendues. On voit bien qu’il y a une volonté de préserver la droite extrême, en pensant pouvoir la récupérer. Mais l’alliance politique suit toujours l’alliance des idées », prévient l’ancien LR Franck Riester, aujourd’hui député Agir.

Les adversaires de Laurent Wauquiez mettent ainsi en doute sa parole, lorsqu’il dit qu’il refusera toujours de faire alliance avec le parti de Marine Le Pen. Arthur Schopenhauer n’écrit-il pas : « Souvent même nous nous trompons entièrement sur le motif véritable de notre action ou de notre abstention, jusqu’à ce qu’un hasard nous dévoile le mystère. Nous apprenons alors que nous nous étions mépris sur le motif véritable, que nous n’osions pas nous l’avouer, parce qu’il ne répondait nullement à la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes ».

« Toute vérité est-elle définitive ? » (Sujet 1, bac ES)

En politique plus qu’ailleurs, la politique du jour n’est pas celle du lendemain. Le départ de Virginie Calmels est-il irrémédiable ? Cette crise politique brisera-t-elle l’objectif de « rassemblement » prôné par le président d’Auvergne-Rhône-Alpes ? « La droite humaniste et libérale a sa place dans notre famille politique, répond Damien Abad. Laurent Wauquiez est en attente de propositions, dans le but d’enrichir sa ligne. Cette sensibilité humaniste doit pouvoir peser de tout son poids dans le parti ».

Franck Riester n’est pas de cet avis. « Les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. LR va se faire manger par l’extrême droite comme en Italie. Si Laurent Wauquiez coupe toutes les têtes de ceux qui peuvent émettre des nuances, à quoi sert-il de rester ? Je dis donc à Valérie Pécresse et aux autres qu’ils n’auront pas plus de poids que Virginie Calmels pour défendre leur ligne au sein du parti. Notre porte leur est donc grande ouverte ».

En attendant, Virginie Calmels peut réfléchir à ce sujet, posé aux lycéens en section S : « Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ? »