Aquarius: Les explications du gouvernement pour ne pas accueillir le navire sont-elles crédibles?

POLITIQUE La France est restée longtemps silencieuse sur le sort des 629 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche après le refus de l'Italie et de Malte de les accueillir...

T.L.G.

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Emmanuel Macron le 10 juin 2017.
Emmanuel Macron le 10 juin 2017. — Jacques Witt/SIPA
  • 629 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche après le refus de l'Italie et de Malte de les accueillir, sont partis mardi soir vers l'Espagne.
  • La France est restée silencieuse jusqu'à mardi.
  • Pour se justifier, plusieurs ministres ont exposé des arguments plus ou moins convaincants.

Emmanuel Macron et le gouvernement critiqués pour leur « inaction » dans l’épisode de l’Aquarius. Dans la nuit de samedi à dimanche, l’ONG française « SOS Méditerranée » a recueilli 629 migrants sur son bateau après six opérations de sauvetage. Après trente-six heures de confusion et les refus de Malte et de l’Italie d’accueillir les naufragés, le navire humanitaire a finalement pris la mer en direction de l’Espagne.

Ce fut le moment choisi par Emmanuel Macron pour dénoncer la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien ». Une réaction trop tardive ? Certains députés de La République en marche ont regretté l’absence de réaction de l’exécutif, tandis que plusieurs responsables de gauche dénonçaient le « silence coupable » de la France. Pour se justifier, plusieurs ministres ont exposé des arguments plus ou moins convaincants. 20 Minutes fait le point.

« Le droit international est clair : c’était à l’Italie ou à Malte d’accueillir l’Aquarius »

Le chef de l’État « a tenu à rappeler le droit maritime » qui indique « qu’en cas de détresse, ce soit la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l’accueil », soit à l’Italie ou à Malte. En réalité, le droit international est plutôt flou en la matière. D’après le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés, « le droit maritime international ne fournit pas d’obligations spécifiques qui détermineraient dans tous les cas quel Etat est en charge d’autoriser le débarquement sur son sol ». Cela dit, plusieurs « traités clés » stipulent qu’une nation peut être « responsable d’une zone de recherche et de sauvetage » et être tenue « d’exercer la responsabilité primaire » de coordonner un débarquement en toute sécurité.

Mais au moment où le président français s’exprime (mardi, vers 14h), l’Italie et Malte ont déjà refusé d’exercer cette responsabilité depuis deux jours.

« L’Aquarius est plus proche de l’Espagne que de la France »

C’est le second argument avancé par le gouvernement. Après le refus de l’Italie, ce serait à l’Espagne d’accueillir le navire, puisque ses côtes seraient les plus proches. « Regardez les cartes… à partir du sud de la Sicile… vous pouvez regarder les itinéraires nécessaires… », s’est dépatouillé Jean-Yves Le Drian à l’Assemblée.

« D’abord, les ports français sont plus loin… Ca s’appelle la géographie », a tenté Muriel Pénicaud.

Sur Twitter, plusieurs journalistes ont publié des cartes contredisant cet argument.

Relancée par le journaliste sur la position géographique de la Corse, qui avait proposé ses services, la ministre du Travail a alors sombré. « Les Corses ont dit aussi qu’ils n’avaient pas les moyens… qu’ils pouvaient les accueillir… mais qu’il fallait qu’ils repartent après… »

« Tout le monde sait que la France est plus proche que l’Espagne », a résumé la députée LREM Sonia Krimi.

« L’Aquarius ne nous a rien demandé »

« Nous n’avons pas été saisis d’une demande de la part de l’ONG SOS Méditerranée, pour une raison simple, c’est que pour se rendre en France c’est plusieurs jours de mer, avec une mer qui n’est pas bonne, avec des passagers qui ne sont pas en bonne santé », a assuré Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes.

L’Aquarius avait aussi dans un premier temps refusé d’entreprendre un voyage de quatre jours vers l’Espagne, à cause d’un manque d’essence, de vivres et des conditions climatiques mauvaises. Par ailleurs, l’ONG n’a contacté ni la France, ni l’Espagne, se contentant d’attendre « des instructions définitives concernant le port de sécurité », et dénonçant dans nos colonnes notamment, « le manque de solidarité à l’échelle européenne ».