«Il avait déjà fait la danse du ventre avec Sarkozy!»... D'où vient l'idylle entre Philippe de Villiers et Emmanuel Macron?

BROMANCE Le chef de l'Etat se rend ce mercredi en Vendée où il rencontrera notamment Philippe de Villiers, pour la troisième fois (officiellement)...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron et Philippe de Villiers au Puy du Fou, le 19 août 2016.
Emmanuel Macron et Philippe de Villiers au Puy du Fou, le 19 août 2016. — SEBATIEN SALOM-GOMIS/SIPA
  • Philippe de Villiers participera mercredi à une rencontre entre Emmanuel Macron et des chefs d’entreprise vendéens, en tant qu'« entrepreneur culturel ».
  • Le souverainiste et créateur du Puy du fou et le fondateur d’En Marche ! se sont déjà vus deux fois, officiellement.
  • Malgré de très nettes divergences politiques et sociétales, les deux hommes s’envoient des fleurs et affichent une certaine complicité.

En politique aussi, certaines amitiés sont un peu improbables. Emmanuel Macron et Philippe de Villiers se retrouveront mercredi  en Vendée. Il n’y aura ni photo, ni compte rendu de leurs échanges, puisque la presse n’est pas admise à cette rencontre entre le chef de l’Etat et des dizaines d’entrepreneurs du secteur des Herbiers, parmi lesquels figure le créateur du Puy du Fou. C’est la troisième rencontre officielle entre les deux hommes, qui divergent sur bien des sujets politiques, sans tarir d’éloges l’un sur l’autre. D’où leur vient cette étonnante admiration mutuelle ? 20 Minutes a mené l’enquête.

Revenons deux ans en arrière : le 19 août 2016, Emmanuel Macron, encore ministre de l’Economie pour quelques jours et pas officiellement en campagne, s’était rendu au Puy du Fou pour y déclarer notamment qu’il n’était « pas socialiste ». Un choix de décor qui lui avait permis de s’émanciper de ses habits de membre du gouvernement de François Hollande et de commencer à mettre en scène le dépassement du clivage gauche-droite. « Ils partagent le goût de la transgression et un sens de l’humour qui va de Stendhal à Audiard, c’est très français », assure Bruno Roger-Petit, porte-parole de la présidence, qui a assisté à la deuxième rencontre entre le « Fou du Puy » et le chef de l’Etat.

Le cracheur de feu et l’équilibriste

C’était au Stade de France, dans la loge présidentielle, pendant la mi-temps de la finale de la Coupe de France qui a opposé le PSG aux Herbiers le 8 mai dernier. Emmanuel Macron y avait convié Philippe de Villiers, sans rancune de ne pas avoir reçu son soutien pendant la campagne présidentielle. Les deux hommes, qui se tutoient, « ont parlé du dynamisme économique de la Vendée », nous indique l’Elysée. Selon le Journal du dimanche, ils ont aussi bien rigolé d’une pique lancée par le Vendéen devant les caméras de BFMTV : « S’il avait une soirée à perdre, il préférerait la passer avec moi plutôt qu’avec Christophe ­Castaner ».

« Il y a très peu de mecs qui le font rire. Moi, je le fais rire », se vante Philippe de Villiers auprès du JDD. Paul-Marie Coûteaux, son ancien conseiller politique, confirme l’humour du Vendéen :

C’est un des hommes politiques les plus drôles que j’ai connus, avec Pasqua. Et puis il a un côté boute-en-train : une fois, nous déjeunions entre eurodéputés sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg. Il y avait un cracheur de feu. Philippe nous a assuré qu’il savait en faire de même. On n’y croyait pas. Alors il a tombé la veste, il s’est retroussé les manches, il a emprunté la torche du saltimbanque et il a craché du feu ! On était stupéfaits. »

L’entourage de Villiers perplexe

Philippe de Villiers se targue également auprès des médias d'avoir l'oreille du président et d’avoir pesé dans sa stratégie jupitérienne ou dans la décision sur Notre-Dame-des-Landes. « Il est fier de fréquenter le président, content d’être sur le devant de la scène, c’est un homme de spectacle, de paillettes », souligne un proche du fondateur du Mouvement pour la France (MPF). Parmi les anciens membres du parti moribond, « on est tous interloqués, on ne comprend pas du tout ce qu’il fait à fricoter avec Macron ». A 69 ans, Philippe de Villiers ne peut en tirer un quelconque intérêt politique selon eux. « Il veut peut-être ressurgir comme une caution souverainiste, traditionaliste. Il avait déjà fait la danse du ventre avec Sarkozy ! », se souvient un ancien membre du MPF.

Et Emmanuel Macron, quel intérêt peut-il avoir à s’afficher avec un homme politique aussi clivant ? « C’est de la récupération : il a besoin de références historiques, d’un ancrage qu’il n’a pas avec sa famille politique », avance Paul-Marie Coûteaux, qui a siégé au Parlement européen avec Philippe de Villiers et a fait partie du MPF. « Il est mondialiste et européiste ; il n’est pas très enraciné et cherche donc un vernis », juge-t-il. Pour grignoter des voix ? « La droite souverainiste ne le suivra jamais », tranche-t-il.

Des divergences « irréconciliables »

Les divergences entre le chantre du « ni de gauche, ni de droite » et le souverainiste qui défend la thèse du «grand remplacement» ne manquent pas, sur l’immigration, l’Europe, la bioéthique… « Elles sont irréconciliables », tranche Paul-Marie Coûteaux. « Et elles le resteront », dit Bruno Roger-Petit.

L’idylle ne plaît pas à tous les marcheurs, en particulier l’aile gauche. S’il comprend les critiques, le député LREM de Vendée, Pierre Henriet, relativise : « Philippe de Villiers reste quelqu’un qui compte dans le paysage économique et politique vendéen, c’est normal que le président vienne le saluer ».

A l’Elysée, on préfère souligner leurs convergences. Leur amour du patrimoine les rassemble également. « Ce sont des hommes de transmission », assure Bruno Roger-Petit :

Ils partagent la même ambition pour leur pays. Pour eux la France est un idéal d’absolu. Ils ont la même vision de l’exercice du pouvoir et souhaitent la restauration de l’autorité du chef de l’Etat et la verticalité. »

Le souverainiste a en tout cas réussi son come back : c’est la première fois qu’il a d’aussi bonnes relations avec un président de la République.

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