Tract polémique, divisions internes... Les Républicains traversent une mauvaise passe

TUNNEL Les frictions se sont multipliées entre les cadres du parti qui misaient sur une opération militante samedi et dimanche pour mobiliser leurs troupes et redorer leur image…

Laure Cometti

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Laurent Wauquiez, patron des Républicains, a essuyé plusieurs polémiques.
Laurent Wauquiez, patron des Républicains, a essuyé plusieurs polémiques. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Le président des Républicains a essuyé plusieurs polémiques en quelques jours, alors qu’une opération militante se déroulait.
  • La cote de popularité stagnante de Laurent Wauquiez et les divisions internes au parti plombent l’opération de refondation, alors que les échéances électorales approchent.

Mauvaise passe pour Les Républicains. Alors que Laurent Wauquiez a lancé samedi et dimanche une opération à la rencontre des électeurs de droite dans toute la France, les divisions internes ont éclaté au grand jour, à cause d’un tract et de tensions au sein du tandem à la tête du parti.

Ce lundi, ces frictions intéressaient davantage les journalistes lors du point presse du parti, mais les porte-paroles ont gentiment botté en touche. La réunion du comité stratégique LR mardi promet d’être un peu froide. « Ce sera l’occasion de s’expliquer », euphémise un participant. Autour de la table, certains ne cachent pas leurs désaccords avec celui qui a repris les rênes du parti il y a six mois. Ils ont saisi l’occasion du « printemps des Républicains » pour se faire entendre.

Un tract qui divise

« Je n’ai pas distribué le tract du parti, dit le député de l’Essonne Robin Reda. Le slogan ne me dérange pas, mais plutôt le vide abyssal du texte oui. Ça me gênait d’aller à la rencontre de mes électeurs avec ça », enfonce-t-il au sujet du prospectus qui a mis de l’eau dans le gaz entre les cadres du parti. Certaines fédérations assurent avoir refusé de distribuer ce tract titré « Pour que la France reste la France », tiré à 1,5 million d’exemplaires, tandis que le siège évacue. « On n’a pas encore fait le bilan de ces journées », a répondu ce lundi Gilles Platret, porte-parole LR. « Ça ne concerne que des proches de Pécresse », siffle un cadre, agacé.

Jeudi, la numéro 2 du parti Virginie Calmels, qui fut proche d’Alain Juppé, a déploré que le tract, un peu déséquilibré » et « peut-être inutilement anxiogène », n’ait pas été validé par les instances dirigeantes. « On voit qu’il y a un gros problème dans la méthode, la façon de faire ce tract. On ne peut plus être aussi vertical », abonde Robin Reda. La gestion du parti par Laurent Wauquiez est donc remise en cause par certains LR.

Le patron a rappelé ses troupes à l’ordre dimanche, appelant sa numéro 2 à la responsabilité et assurant qu’il ne changerait pas de cap. Mais les divisions sont bien là, et elles tombent mal alors que les sondages sont décevants et que les élections européennes et municipales approchent, avec les macronistes en embuscade pour rallier des Républicains.

Le fonctionnement du parti remis en cause

« Ces élections nous interdisent la paresse intellectuelle, car on peut connaître un reflux après les victoires en 2014 et 2015 », prévient Robin Reda. « Notre force par rapport au gouvernement, c’est notre ancrage local, on est le parti des territoires. Mais on n’est pas assez ancrés idéologiquement pour les deux prochaines élections. Il faut refonder le parti, construire un programme en écoutant nos électeurs. Et pas dans un cénacle parisien », poursuit-il, déplorant qu’entre les parlementaires LR et la direction du parti, « ça percole peu ».

Comme Maël de Calan, qui assure que la base électorale des Républicains a baissé depuis que Laurent Wauquiez en a repris les rênes, le député de l’Essonne estime que son parti s’est « coupé d’une partie de [son] électorat, plutôt urbain, du monde de l’entreprise, artisans et commerçants ». Le parti revendique 235.000 adhérents, mais seuls 145.000 sont à jour de cotisation.

« Malgré la tempête, on a préservé ce maillage, c’est un vrai atout, qu’il faut redynamiser », assure Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie. Dans cette optique, les cadres LR ont un programme chargé de déplacements dans toutes les fédérations d’ici à l’été. « On en est à 70 % de nos objectifs, et les échos du terrain nous encouragent dans la ligne politique choisie par Laurent Wauquiez », poursuit-elle.

Un chef contesté

Autre épine dans le pied des Républicains. Laurent Wauquiez, dont la cote de popularité stagne, a été moqué pour des photos prises lors de son déplacement en Irak. Du Wauquiez-bashing qui tombait mal, en pleines « journées du printemps des Républicains ». « On a encore un peu de temps, il faut que les gens apprennent à le connaître », défend son entourage.

En dehors du cercle du président, les critiques se font entendre. « Nous sommes loin d’avoir trouvé notre champion pour l’avenir », estime un parlementaire. Dans ce contexte, chacun place ses pions.

Les micropartis se sont multipliés et s’organisent. La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse va réunir les troupes de Libres ! le 24 juin près d’Orléans, à six jours du conseil national LR sur l’Europe, délocalisé à Menton. Christian Estrosi, lui aussi à l’initiative d’un mouvement, a montré peu d’enthousiasme pour ce grand raout LR qui aura lieu dans son fief. « Si j’ai 5 minutes, je passerai », a-t-il lâché. Pas vraiment de quoi réchauffer l’ambiance à Menton.

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