«J’ai vu des députés s’empiffrer»... Pourquoi les nouveaux élus prennent du poids à l'Assemblée

POLITIQUE D'après François Ruffin, citant le médecin de l'Assemblée, les jeunes députés prennent en moyenne trois kilos la première année...

Thibaut Le Gal

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Vue générale de la première séance des Questions au Gouvernement de la nouvelle Assemblée, au Palais Bourbon, à Paris, le 5 Juillet 2017.
Vue générale de la première séance des Questions au Gouvernement de la nouvelle Assemblée, au Palais Bourbon, à Paris, le 5 Juillet 2017. — SIPA
  • François Ruffin, citant le médecin de l'Assemblée, estime dans une vidéo que les jeunes députés prennent en moyenne 3 kilos la première année.
  • 20 Minutes a enquêté sur cette prise de poids.

C’est l’un des risques du métier de député : l’embonpoint. Un après leur élection, certains parlementaires ont du mal à entrer dans leur chemise. Il y a quelques jours, François Ruffin, député de La France insoumise, a évoqué cette prise de poids dans une vidéo sur son compte Twitter, relatant une visite chez le médecin de l’Assemblée.

« Elle me pose des questions. "Est-ce que vous faites du sport ? C’est bien, parce qu’ici, c’est plus trois kilos par an pour les jeunes hommes". Elle me dit, "les députés mangent trop et ils mangent irrégulièrement". Je lui réponds, et ils s’ennuient… »

Devant ces révélations, 20 Minutes a mis tous les membres de sa cellule investigation (c’est-à-dire l’auteur de ces lignes) pour enquêter sur cette prise de poids. Bon, on a surtout demandé l’avis de quelques députés, en prenant le soin de pas trop les vexer.

« On mange mal, d’un point de vue diététique »

« Je fais 65 kilos depuis l’âge de 18 ans. Je n’ai jamais bougé, à un kilo près. On est parfois inégaux sur ce sujet-là… », balaie le député de centre-droit Pierre-Yves Bournazel. « Chez mes collègues ? Je n’ai rien remarqué. Mais quand vous passez trois-quatre jours en séance la nuit, que vous êtes en commission, puis au bureau. Vous ne faites pas forcément vos 10.000 pas par jour ».

« Je suis député des Landes, donc tous les week-ends, en circonscription je mange beaucoup. Je ne sais pas si c’est très représentatif », évacue le député et porte-parole de la Nouvelle Gauche, Boris Vallaud. « La prise de poids peut être liée avec le rythme intensif de l’Assemblée, les séances nocturnes. On doit parfois manger rapidement… Après, on a la chance d’avoir une salle de sport, le député peut aller perdre ses kilos s’il le souhaite », ajoute le député FN Ludovic Pajot.

« J’avais maigri pendant la campagne. Maintenant, je suis revenu à mon poids de forme », sourit le député insoumis Ugo Bernalicis. « Dans la semaine, parfois vous sautez des repas, vous mangez à 16h un seul sandwich, donc le soir le repas est un peu calorique. On mange mal, d’un point de vue diététique. Il y a aussi une part de stress ».

« Les chips, c’est ce qu’il y a de pire »

Du stress, un rythme décalé, pas assez de sport…. On ne va pas se mentir, on s’attendait plus à des invitations à déjeuner, le genre de repas bien copieux, avec « œufs mayo, entrecôtes sauce poivre, tiramisu ».

Pour en savoir plus, on tente de joindre les médecins de l’hémicycle. « Tout ce qui concerne le privé relève du secret médical », nous dit-on. Tentons avec un médecin et ancien député : « Je l’ai expérimenté quand j’étais député de province. On fait beaucoup de foires au vin, des déjeuners et dîners assez copieux. On se laisse entraîner… », se souvient Bernard Debré. « Quand on a un peu plus de bouteilles, on se laisse moins avoir par les repas pantagruéliques, on picore moins dans les petites cérémonies, quand on vous offre des petits fours. Et les chips, c’est ce qu’il y a de pire », se marre l’ancien député UMP. Il ajoute :

« J’ai vu des députés s’empiffrer au restaurant de l’Assemblée. Sans compter ceux qui, lorsqu’on siégeait la nuit, buvaient pas mal de vins et autres cocktails spéciaux à la buvette ».

La salle de sport de l’Assemblée peu fréquentée

Thomas Mesnier aussi s’en amuse : « Les députés prennent un peu de poids, c’est vrai, j’ai moi-même pris deux kilos », admet le député de La République en marche et ancien urgentiste. « On est beaucoup assis et on mange plutôt bien. Avant d’être élu, je faisais une heure de tennis par semaine et du footing, mais je n’ai jamais le temps de faire du sport. A chacun de faire attention. Je viens d’ailleurs d’acheter un vélo d’appartement ».

De l’avis de tous, la salle de sport n’est pas l’endroit le plus fréquenté. « 3 kilos par an, ça fait beaucoup quand même. J’avais entendu qu’un député prenait en moyenne 2-3 kilos par mandat », nuance Damien Abad, député et vice-président LR. « La prise de poids existe à l’Assemblée, mais c’est comme pour d’autres métiers », précise-t-il. Plusieurs études ont en effet démontré que le travail faIsait prendre du poids.

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