Présidentielle: Les dépenses de campagne des candidats ont-elles été suffisamment contrôlées?

TRANSPARENCE La Commission chargée de vérifier les comptes de campagne des candidats à la présidentielle a réagi ce jeudi aux polémiques sur les dépenses de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron en meeting à Bercy le lundi 17 avril 2017. Mardi 18 avril, il s'est déplacé à Rungis pour parler travail.
Emmanuel Macron en meeting à Bercy le lundi 17 avril 2017. Mardi 18 avril, il s'est déplacé à Rungis pour parler travail. — Alfonso Jimenez/Shutter/SIPA
  • Trois mois après que les comptes de campagne de tous les candidats à la présidentielle ont été validés, des questions surgissent sur les grosses ristournes obtenues par Emmanuel Macron et l’enquête ouverte sur les dépenses de Jean-Luc Mélenchon.
  • La commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques a défendu ce jeudi son travail et sa décision de ne pas retenir d’irrégularités sur les comptes du chef de l’État.

Des factures et beaucoup de questions. Les comptes des candidats à la présidentielle n’ont pas encore livré tous leurs mystères, un an après l’élection. La commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP) a épluché jusqu’à 35 cartons de paperasse pour certains candidats, sans compter tous les documents numérisés. Cette instance chargée de contrôler les dépenses et recettes des candidats a finalement approuvé en février 2018 les comptes des onze personnalités qui s’étaient lancés dans la course à l’Elysée.

Mais trois mois plus tard, les révélations se multiplient, remettant en cause l'efficacité du  contrôle de la CNCCFP. Selon Mediapart, Le Monde et Radio France, qui ont consulté les factures au siège de la Commission,  Emmanuel Macron aurait bénéficié de ristournes importantes pour louer des salles, nettement supérieures à ses adversaires. Quant à Jean-Luc Mélenchon, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour des « vérifications » après un signalement de la CNCCFP. 20 Minutes fait le point.

Les ristournes obtenues par Emmanuel Macron sont-elles autorisées ?

Plusieurs médias ont pu consulter les factures de location de salles des meetings de campagne du candidat d’En marche !. Il a obtenu des rabais, en attestent des factures bien moins salées que celles des autres candidats. Selon le Code électoral, il est interdit de financer une campagne « en fournissant des biens, services ou autres avantages directs ou indirects à des prix inférieurs à ceux qui sont habituellement pratiqués ».

Mais la CNCCFP, qui emploie 51 personnes à temps plein, n’a rien trouvé à redire et a validé les comptes en retoquant 120.000 euros (contre 435.000 pour Jean-Luc Mélenchon et 873.000 pour Marine Le Pen, la plus grosse rectification). « Les rapporteurs n’ont pas retenu d’irrégularités et la commission a suivi leur appréciation », a déclaré ce jeudi son président François Logerot lors d’une conférence de presse à Paris. Il a « personnellement réexaminé » 19 cas de dépenses « apparemment sous évaluées ». Ces ristournes, dont six dépassent les 20 % et quatre les 30 %, ont pourtant été considérées comme « acceptables » par la CNCCFP, qui évoque des montants « relativement faibles ».

La Commission est-elle passée à côté de certains rabais ?

« Personne n’est infaillible, mais nos rapporteurs ont fait un travail sérieux », s’est mollement défendu François Logerot. Il a néanmoins balayé ces révélations en soulignant l’absence de « prix du marché » dans le secteur de l’événementiel. Des médias ont calculé qu’Emmanuel Macron aurait bénéficié de très généreuses ristournes, par exemple 85 % de réduction sur le prix de location de la salle parisienne La Bellevilloise.

« Très souvent, les comparaisons [entre les prix « Macron » et les prix normaux] portent sur des prestations de natures différentes, à des dates différentes. Il n’y a pas de comparaison possible », balaie la CNCCFP, qui calcule les rabais en comparant le devis initial à la facture, ce qui ne permet pas de repérer les réductions négociées avant le devis. « Si la réduction n’est pas affichée [sur la facture], le rapporteur ne peut pas poser de question », a reconnu la CNCCFP.

Ces ristournes seraient dues au talent des équipes macronistes. « En 2012, l’équipe de François Hollande comptait déjà plusieurs cost-killers », a rappelé François Logerot, faisant référence aux personnes chargées de réduire les coûts.

Quoi qu’il en soit, les comptes de tous les candidats ayant été approuvés par l’instance, « la commission n’a pas les moyens juridiques de rouvrir le dossier » pour un éventuel réexamen des comptes, réclamé notamment par Les Républicains. « Rien ne peut remettre en cause nos décisions, sauf si le parquet établit des faits relevant du pénal, non prescrits », a martelé François Logerot, qui a écarté la possibilité de faire un signalement à la justice, comme il l'a fait pour les comptes d'un autre candidat.

Jean-Luc Mélenchon, en hologramme, à un meeting à Grenoble le 18 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon, en hologramme, à un meeting à Grenoble le 18 avril 2017. - XAVIER VILA/SIPA

Pourquoi la Commission a-t-elle signalé les comptes de Mélenchon à la justice ?

Alors que les comptes de campagne du candidat de La France insoumise ont été approuvés par la CNCCFP, le parquet de Paris a ouvert une enquête après un signalement de la même Commission, qui lui a « envoyé des éléments ». « Quand la Commission n’est pas en mesure d’établir des infractions pénales - ce n’est pas sa compétence -, il lui incombe de porter ces faits à la connaissance du parquet », s'est justifié François Logerot.

Moins prudent sur le cas Mélenchon que sur le cas Macron, il a émis l’hypothèse d'« infractions fiscales de la part de certaines associations » ayant travaillé pour la campagne de l'Insoumis, mais aussi de « possibles conflits d’intérêts » voire d'« escroquerie ». Pourtant, fin 2017, le contrôleur des comptes du candidat de gauche avait démissionné avec fracas, arguant que la Commission lui avait demandé de ne pas épingler certaines irrégularités.

Jean-Luc Mélenchon et la députée LFI Clémentine Autain ont insinué ce jeudi que le président de la CNCCFP a été « remercié » par Emmanuel Macron. Grâce à un décret du 30 mai, François Logerot a en effet vu son salaire augmenter de 57%, grimpant à 7.182 euros nets mensuels, en plus d’une prime annuelle de 9.500 euros bruts, qu’il cumule avec sa retraite de haut fonctionnaire. Une « insulte » a riposté l’intéressé, agacé, devant les journalistes.

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