Bruno Le Maire et Gérald Darmanin vont-ils plomber la séquence «sociale» du gouvernement?

MACRONISME L’exécutif doit présenter en juillet un « grand projet social » très attendu par l’aile gauche des macronistes…

L.C.

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Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, deux ministres transfuges de la droite au gouvernement Macron, le 4 décembre 2017 à Tourcoing.
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, deux ministres transfuges de la droite au gouvernement Macron, le 4 décembre 2017 à Tourcoing. — Sarah ALCALAY/SIPA
  • Le gouvernement planche sur des propositions sociales qui seront dévoilées en juillet.
  • La communication confuse de Bercy sur d’éventuelles coupes dans les aides sociales inquiète l’opposition mais aussi l’aile gauche de La République en marche.
  • Pour le moment, Matignon temporise en recadrant mollement ses ministres.

Le programme était bien rôdé. Après les réformes économiques du début du quinquennat, le gouvernement devait ouvrir un chantier « social », qualifié de « deuxième jambe du macronisme » par la majorité. Un « grand projet social » doit bien être dévoilé en juillet. Mais cette séquence a été troublée par les déclarations confuses des ministres transfuges de la droite Bruno Le Maire et Gérald  Darmanin, ajoutant à la confusion alors que le plan a pris un peu de retard. Une partie des députés de La République en marche craint des coupes dans les aides sociales aux plus démunis.

Premier couac le 18 avril dernier : le ministre de l’Economie déclare sur CNews et Europe 1 qu’« il peut être légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi ». Les propos de l’ancien candidat à la primaire de la droite donnent du grain à moudre à l’opposition de gauche et alimentent les accusations de « président des riches ». L’aile « sociale » de la majorité tique aussi. « C’est certainement pas là qu’il faut chercher des économies et c’est certainement pas le moment », réplique Brigitte Bourguignon, présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée, sur franceinfo.

Cacophonie à Bercy

Dans un premier temps, le patron de Bercy s’est fait contredire par Gérald Darmanin. « Il ne faut pas toucher aux prestations sociales individuelles », assure d’abord le ministre de l’Action et des Comptes publics, le 23 mai, avant de dire qu’il y a « trop d’aides sociales » six jours plus tard. Mercredi, c’est la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui est montée au créneau, assurant sur RTL qu’il n’est « pas question de faire des économies sur les plus vulnérables ». Rebelote ce jeudi : «les aides sociales ne baisseront pas, Une bonne fois pour toutes», a martelé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur France Inter.

« On a le sentiment qu’il y a de la friture sur la ligne, un manque de coordination », observe Damien Abad, vice-président des Républicains, qui a soutenu Bruno Le Maire pendant la primaire. « Le problème c’est qu’on a besoin d’un cap, d’une ligne claire ». Matignon a bien essayé de rectifier le tir après les déclarations contradictoires de ses ministres. « La question n’est pas de savoir s’il y a trop ou pas assez d’aides sociales, mais de savoir si notre modèle fonctionne, s’il est efficace », a déclaré Edouard Philippe le 30 mai dernier. Le recadrage a-t-il porté ses fruits ? Selon un sondage BVA publié mercredi par La Tribune, deux tiers des Français jugeraient la politique du gouvernement « injuste ».

La jambe « sociale » du macronisme tarde à avancer

Le gouvernement n’ayant toujours pas présenté son projet social, le cafouillage a semé le doute et révélé les lignes de fractures des macronistes. « On est la majorité qui a augmenté le plus les minima sociaux, qui fait une assurance chômage pour tous, et on ne l’entend pas. Les grandes voix de ce gouvernement sont plutôt à droite. Il faut faire vivre le en même temps », espère auprès de l’AFP le député de la Vienne Sacha Houlié, ancien militant au PS.

« On voit les limites de la politique du en même temps en matière d’aides sociales », souligne le député LR de l’Ain Damien Abad. « J’ai connu le Bruno Le Maire favorable à la baisse de la CSG, à l’allocation sociale unique, là je vois qu’il est dans la retenue, qu’il ne va pas au bout de ses convictions… Il y a sûrement une volonté de donner des gages à l’aile gauche de la majorité », suppose-t-il au sujet du recadrage de l’exécutif.

Des députés rappelés à l’ordre par Matignon

Cette aile gauche était plutôt silencieuse ce mercredi après les consignes martelées mardi par Edouard Philippe, qui a demandé aux députés LREM de « jouer collectif », et de ne pas « critiquer dans la presse les propos du gouvernement ».

Pas d’inquiétude affichée au sein du mouvement. « Dans notre programme, il y a la proposition de fusionner les minimas sociaux avec un versement unique et automatique, », balaie Rayan Nezzar, qui a contribué à son élaboration pendant la campagne. « Après la simplification pour les entreprises, première jambe du quinquennat, il faudra simplifier les démarches administratives pour les citoyens, c’est ça l’équilibre », poursuit-il, « ni inquiet, ni surpris » par les propos des locataires de Bercy. « Ce n’est pas grave, on est tous marcheurs aujourd’hui ».

Seule la présentation des nouvelles mesures sociales de l’exécutif devrait mettre un terme à cette cacophonie au sein de la majorité. Elle devrait intervenir dans les prochaines semaines.

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