Au bout du rouleau: «On finit par faire du travail de mauvaise qualité», s'agacent les députés

POLITIQUE Plusieurs députés ont protesté face aux lois qui s'enchainent et au rythme effréné des débats à l'Assemblée nationale...

T.L.G.

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Seance des Questions d'actualite au Gouvernement, Palais Bourbon, Assemblee Nationale, Paris, France, le 23 Mai 2018.
Seance des Questions d'actualite au Gouvernement, Palais Bourbon, Assemblee Nationale, Paris, France, le 23 Mai 2018. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Plusieurs députés ont protesté face aux lois qui s’enchaînent à l’Assemblée nationale.
  • Fin avril, le projet de loi asile-immigration s’est achevé un dimanche soir après sept jours et nuits de débat ininterrompus.
  • François de Rugy a appelé le gouvernement à « mettre de l’ordre dans l’ordre du jour.

Rincés, lessivés, essorés… Ils n’en peuvent plus. Plusieurs députés ont protesté face au rythme effréné des débats à l'Assemblée nationale. Fin avril, le projet de loi asile-immigration s’est achevé un dimanche soir après sept jours et nuits de débat ininterrompus. D’autres discussions sur l'agriculture puis le logement ont contraint les élus à siéger deux week-ends d’affilée. Une première au Palais-Bourbon.

« Quand on décide à 1h du matin qu’on va engager le débat qui durera jusqu’à 2h10 sur le glyphosate, il est clair qu’on ne convaincra personne qu’on le fait dans les meilleures conditions de lucidité. Mais encore on se sent content car on a connu des séances jusqu’à 5h du matin, tout ça est totalement déraisonnable », a tonné Jean-Luc Mélenchon la semaine passée. « Ce n’est pas une vie normale que celle d’un parlementaire qui doit rester ici nuit et jour. Si c’est très pénible pour nous, ça l’est tout autant pour tous nos collaborateurs ». Deux associations ont dénoncé vendredi dernier les conditions de travail des assistants des parlementaires.

« Est-ce normal que des lois si importantes soient débattues à la chaîne et dans l’urgence ? »

« Ce que l’on conteste dans le rythme du travail, c’est qu’on finit par faire un travail de mauvaise qualité. Quand on siège pendant 17 jours en continu, 80 heures en une semaine, ce ne peut pas être le cas », dénonce Boris Vallaud, porte-parole du groupe Nouvelle Gauche. « On a le sentiment que les séances ne sont pas bien gérées, les débats brouillons, les lois mal ficelées. Est-ce normal que des lois si importantes soient débattues à la chaîne et dans l’urgence ? »

« Je pense que c’est fait exprès », avance Ludovic Pajot, député Rassemblement national (Ex FN) du Pas-de-Calais. « Sur le glyphosate, il a été décidé d’en débattre à 1h du matin pour essayer de cacher un peu les tensions de la majorité ».

« Que le rythme de travail des députés soit soutenu, c’est normal, il ne s’agit pas faire du misérabilisme. Mais il y a un vrai sujet sur la désorganisation des débats. Pendant deux mois on n’a eu aucun texte, donc des semaines très courtes. Et là, on est dans un tunnel. Cela montre l’amateurisme de la majorité », poursuit Damien Abad, député et vice-président de LR. « Je suis contre les séances de nuit et de week-end, car on y légifère mal. Certains sont en circonscriptions. Sans compter que ces séances ont un coût pour le contribuable ».

« Monsieur de Rugy est un hypocrite ! »

Dans la majorité, on tente de nuancer : « On travaille beaucoup ces derniers temps, mais on est là pour ça. On avait promis pendant la campagne de lancer des cycles de réformes importants. Travailler 24h de suite, je sais ce que c’est en tant qu’ancien urgentiste, et ça ne me pose pas de problème », répond l’ancien médecin Thomas Mesnier, désormais député La République en marche.

Face à la gronde, François de Rugy (LREM) a proposé que l’Assemblée ne siège plus le week-end et appelé mardi le gouvernement à « mettre de l’ordre dans l’ordre du jour ». « Ce n’est pas un fonctionnement normal », a développé le président de l’Assemblée ce mercredi sur France info, prévenant aussi les députés à ne pas tomber « dans une autocaricature » en multipliant les amendements.

« Monsieur de Rugy est un hypocrite ! Il vient faire le malin sur les plateaux en faisant croire qu’il a râlé auprès de l’exécutif… Mais qui décide de nous faire siéger ? Qui ? Si ce n’est lui et le gouvernement ? », s’agace le député insoumis Ugo Bernalicis. « La réalité, c’est que le personnel n’en peut plus, et dans les couloirs de l’Assemblée, l’idée d’une grève circule. Voilà pourquoi il a changé de braquet ! »

La gronde n’a pas fait ciller le gouvernement. « C’est une très bonne nouvelle que les députés travaillent beaucoup », a estimé ce mercredi le porte-parole Benjamin Griveaux, après le conseil des ministres.