«Je t'aime moi non plus»: Pourquoi Nicolas Dupont-Aignan snobe-t-il Marine Le Pen?

POLITIQUE Nicolas-Dupont-Aignan a refusé la proposition de Marine Le Pen de faire liste commune aux prochaines élections européennes...

T.L.G.

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Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen lors d'une conférence de presse en commun pour annoncer leur alliance à Paris, le 29 avril.
Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen lors d'une conférence de presse en commun pour annoncer leur alliance à Paris, le 29 avril. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Marine Le Pen a proposé à son homologue souverainiste de figurer «aux deux dernières places» d'une liste commune aux européennes.
  • Nicolas Dupont-Aignan a refusé cette proposition.
  • C'est un coup dur pour le FN, qui tente de rassembler.

L’histoire d’amour commençait pourtant bien. Dans l’entre-deux tour de la présidentielle, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan s’étaient rapprochés pour former « une alliance patriote et républicaine ». Mais depuis, la relation entre la patronne du Rassemblement national (ex-Front national) et le président de Debout la France s’est dégradée.

Ce week-end, le député de l’Essonne a refusé la main tendue du Rassemblement national pour les Européennes de 2019, en ayant des mots peu amènes pour son ancienne alliée. Ce lundi, Nicolas Dupont-Aignan en a remis une couche : « Tant que le nouveau Rassemblement national n’aura pas clarifié ses projets, ne me demandez pas de dire "oui" à un accord, a-t-il tranché sur Europe 1. Moi je ne monte jamais dans un autocar tant que je ne connais pas le chauffeur, tant que je ne connais pas la destination, et l’itinéraire pour l’atteindre. Je dis à Marine Le Pen : qu’elle travaille, et puis on se reverra ».

« Parler d’union c’est bien, la faire c’est mieux »

A Debout la France, on soutient le patron : « Nicolas a été très clair : Marine Le Pen a souhaité un accord d’appareil en proposant que les deux chefs de parti soient "aux deux dernières places" d’une liste commune. Ce n’est pas un projet européen. Ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu, souffle le délégué national Jean-Philippe Tanguy. Mais j’ai l’impression que le FN se calme un peu, et qu’ils se rendent compte qu’ils sont allés un peu loin avec leur lettre ouverte ».

Chez les frontistes, on reste perplexe sur les raisons du refus. « J’espérais que vous en saviez plus que moi…, ironise Sébastien Chenu. On a fait une offre de rassemblement, en se tournant vers notre partenaire de la présidentielle, celui qui aurait été nommé Premier ministre si on avait gagné. Parler d’union c’est bien, la faire c’est mieux ». Le député frontiste du Nord regrette les mots de Nicolas Dupont-Aignan :

« J’ai l’impression qu’il ne sait pas trop comment nous dire non. Nous avons fait un colloque sur l’Europe, on a évolué sur la question de l’euro, on ne vient pas les mains vides, donc son truc sur le manque de travail est un peu confus et pas très élégant. Mais la porte reste ouverte… »

« Marine Le Pen a montré de grosses faiblesses lors du débat »

A Debout la France, on déplore la méthode de Marine Le Pen. Mais la rupture est peut-être plus profonde. Au mois d’août, déjà, le candidat « gaulliste » torpillait «les défauts et les excès du FN».

« La proposition de Marine Le Pen est arrivée à brûle-pourpoint au moment où il y a des défections dans ses rangs. L’idée n’est pas de refaire une liste avec le FN et quelques supplétifs, tranche Nicolas Dhuicq, ex-député LR, qui a rejoint Debout la France en février dernier. Nicolas Dupont-Aignan porte un combat courageux sur sa personne. Il a tiré les leçons de l’échec et a la légitimité pour porter une liste. Marine Le Pen a elle montré de grosses faiblesses lors du débat face à Macron. Il faudra du temps pour que sa parole redevienne crédible ».

Pour la présidente frontiste, l’affaire fait tache, au moment où son parti prend le nom de Rassemblement national. « Ce n’est pas parce que Dupont-Aignan dit "non" que d’autres ne diront pas "oui". Au-delà des partis, des gens vont nous rejoindre, et pas des ringards, des mecs qu’on recycle », répond Sébastien Chenu. Jusqu’à maintenant, seul Thierry Mariani s'est rapproché du Front national, sans toutefois franchir le Rubicon.