Des palmiers aux «zombies»... On vous raconte la soirée de Marion Maréchal (de très loin, derrière une barrière)

REPORTAGE Marion Maréchal a pris la parole lors d’une conférence organisée par le magazine conservateur L’Incorrect jeudi soir...

Thibaut Le Gal

— 

Marion Maréchal, amputée de son Le Pen
Marion Maréchal, amputée de son Le Pen — Francois GUILLOT / AFP

L’affiche était alléchante : « conférence-cocktail-soirée », avec le verre de vin à trois euros. Mais au risque de vous décevoir, on n’a pas vraiment eu le temps de goûter au charme des palmiers géants, aux cascades, fontaines et autre ciel étoilé de 10.000 lucioles de la Palmeraie dans le XVe arrondissement parisien.

Les palmiers sans le soleil.
Les palmiers sans le soleil. - TLG/20MN

C’est dans ce cadre caraïbe que Marion Maréchal, amputée de son Le Pen, a choisi de s’exprimer lors d’une soirée « anti-mai 68 » organisée par le mensuel L’Incorrect et l’association Les Eveilleurs d’Espérance. Une première en public depuis son retrait officiel de la vie politique il y a un an.

« C’est une soirée privée »

Très vite, l’affaire tourne au vinaigre. Les journalistes pourtant accrédités n’ont pour seule liberté que de rester parquer dans un enclos gentiment réservé à la presse. « Si vous estimez que ce n’est pas suffisant vous avez la liberté de partir. C’est une soirée privée », lâche sec un officiel, du genre pas causant.

Sur le chemin du parcage, on a quand même eu le temps d'échanger rapidement avec deux curieux. « Je viens voir s’il y a un nouvel élan. Marion, je la suis depuis toute jeune. Il y a beaucoup d’émulation autour d’elle. Je suis content qu’elle ait pris du recul pour réunir le plus large possible autour des racines françaises. Et c’est courageux de prendre le contre-pied de mai 68, ce n’est pas facile de s’opposer au plaisir, au désir, à la facilité », glisse Gilles, 30 ans.

« Pour faire coaguler les mouvances derrière une même bannière, il faut quelqu’un qui tienne la route. Marion peut avoir un destin. Elle peut fédérer, car elle est apolitiquement incorrecte. Et elle a compris, contrairement à Marine Le Pen, que le débat n’est pas politique mais culturel et sociétal », ajoute Paul, 50 ans.

« Ça aurait peut-être été intéressant d’aller mettre une raclée à Cohn-Bendit »

La salle comble, un millier de personnes, doit attendre un peu avant de voir la nièce monter sur scène. D’abord, un petit film sur la vision, disons conservatrice, des événements de mai 68, avec quelques pépites :

  • « On a eu les drapeaux rouges. Maintenant les Louboutin »
  • « Ça aurait peut-être été intéressant d’aller mettre une raclée à Cohn-Bendit, mais on ne sait pas car on n’a pas essayé ».

Même Elisabeth Levy manque d’avaler son micro : « J’ai bien l’intention d’être là soixante-huitarde de cette soirée. Pour ne pas laisser seulement une vision noire et monolithique ». La nuit est déjà tombée depuis longtemps sur les palmiers quand la conférence de Marion débute. Interrogée sur son vrai-faux retour en politique, elle esquive :

« Merci de votre originalité. Mais à l’époque de #balancetonporc, il est extrêmement malvenu de vouloir absolument faire dire oui à une fille qui dit non ».

La salle rit, elle précise : « Ce n’est pas un retour politicien. Mais un retour dans la vie publique. C’est un engagement metapolitique […] A certains égards, je continue d’en faire de la politique. [Mais] ce n’est pas de la politique électorale ». Pour le reste, l’ancienne députée se contente de faire la peau à mai-68 et à son héritage, dénonçant le « sectarisme » et le « conformisme » des grandes écoles, devenues des « moules à gaufres » macronistes.

En conclusion, Marion Maréchal dit vouloir réveiller les « conservateurs zombies » : « L’idée est de sortir les conservateurs de leur état de zombification et de les faire revenir à la vie, c’est peut-être un peu ambitieux, mais en tout cas leur permettre d’exister dans le débat public, d’avoir droit de cité […] Chacun à notre niveau, on contribue à cette forme de résurrection intellectuelle du conservatisme [pour] espérer demain être les nouveaux 2068ards peut-être, je l’espère ». Reste à sortir la calculette pour savoir s’il s’agit d’une année présidentielle.