EXCLUSIF. Castaner: «Nous avons écouté les Français sur l'Europe pendant 720.000 heures»

INTERVIEW Christophe Castaner présente en exclusivité à « 20 Minutes » les résultats de l’opération de porte-à-porte menée par son parti pour sonder les attentes des Français sur l’Union européenne…

Propos recueillis par Laure Cometti

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Christophe Castaner, délégué général de La République en marche, le 24 janvier 2018 à Paris.
Christophe Castaner, délégué général de La République en marche, le 24 janvier 2018 à Paris. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Christophe Castaner fait le bilan de l'opération de porte-à-porte organisée par La République en marche pour sonder les Français sur l'Europe, à un an des élections européennes.
  • Les résultats de cette enquêtes seront utilisés pour construire le programme macronistes pour ce scrutin.
  • Un total de 80.000 personnes ont répondu aux questions des marcheurs dans toute la France.

Cap sur les élections européennes. Des milliers de marcheurs bénévoles ont passé cinq semaines à toquer aux portes des Français pour parler d'Europe, répliquant la recette qui avait réussi à Emmanuel Macron lors de la présidentielle. «Cette méthode fait partie de notre ADN, on écoute nos concitoyens, on part du réel», insiste Christophe Castaner. C’est dans son bureau de secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, mais avec sa casquette de patron du parti présidentiel, qu'il a reçu 20 Minutes pour présenter en exclusivité les résultats de cette « grande marche pour l’Europe ».

Quel bilan faites-vous de cette opération de porte-à-porte ?

Ma plus grande surprise fut l’accueil positif des Français pour cette Grande Marche pour l’Europe. Dans 75 % des cas, les gens nous ont reçus chez eux. On a eu très peu d’accueils désagréables, ce qui nous a permis d’obtenir des résultats au-delà de nos espérances. Nous avons frappé à 230.000 portes et rempli 80.000 questionnaires [l’objectif annoncé était de 100.000 portes frappées et 25.000 questionnaires]. Cela représente 720.000 heures passées à écouter nos concitoyens.

L’autre bonne nouvelle est notre force d’action. Nous avons été dans tous les départements, dans plus de 3.500 communes. J’avais peur d’un trop grand décalage Paris/Province, finalement la capitale représente 10 % des questionnaires. C’est une très belle mobilisation, avec une énergie remarquable. Ce nouveau souffle a fait du bien au mouvement qui n’avait pas connu un tel engagement depuis les élections de 2017.

L’une de vos questions portait sur les sujets prioritaires pour l’Union européenne : quelles sont les réponses ?

Trois thèmes apparaissent prioritaires : l’amélioration de la situation économique, la sécurité des Européens et la lutte contre le réchauffement climatique.

Que reprochent les Français à l’Europe ?

La distance qui s’est créée entre l’Union européenne et les citoyens. D’après les retours du porte-à-porte, la formule qui résume bien l’état d’esprit des Français, c’est : « la réalité n’est pas à la hauteur de la promesse initiale ». Ils disent souvent : « on a besoin d’Europe, mais ce sont des technos qui parlent aux technos ».

Et quelles qualités reconnaissent-ils à l’Europe ?

Ils ont conscience que pour faire face à des défis majeurs qui dépassent nos frontières, comme la question des migrants et des réfugiés, le réchauffement climatique, l’économie mondialisée, nous avons besoin d’agir à l’échelle de l’Europe, contrairement à ce que disent les nationalistes et les populistes.

Qu’allez-vous faire des résultats de cette enquête ? Façonneront-ils votre programme pour les élections européennes en 2019 ?

Nous voulons formuler 70 propositions à partir de ces résultats. Nous avons un groupe d’experts qui travaille à l’élaboration du programme pour les élections européennes. Il sera ensuite débattu avec nos adhérents.

Pour ce scrutin, nous serons au centre du jeu, car nous serons les seuls à porter ce discours exigeant et en même temps ambitieux. J’irai à Rome à la mi-juin, puis à la fin du mois, je me rendrai dans cinq capitales européennes pour travailler et formaliser une plateforme sur la base de l’ambition européenne d’Emmanuel Macron.

Il y aura face à nous un camp hostile à l’Europe, La France Insoumise et le Front national. Au milieu, ceux qui n’ont pas de ligne claire sur ce sujet, Les Républicains et le Parti socialiste. Il suffit d’écouter Laurent Wauquiez et d’espérer entendre Olivier Faure pour le savoir.

Les consultations citoyennes sur l’Europe lancées par le gouvernement le 17 avril ne déplacent pas les foules…

Ces consultations sont différentes de notre initiative, mais elles sont complémentaires à notre démarche. Elles ne sont pas militantes et visent un autre public : les associations, la société civile, qui organisent des débats où toutes les forces politiques sont invitées. La démarche est la même que la nôtre, mais le caractère institutionnel, le format, les déplacements, font que c’est plus compliqué.

Six mois après votre élection à la tête de LREM, quel bilan faites-vous de votre action ?

Concernant l’incarnation et la structuration territoriale, ça va mieux. Je ne cache pas la difficulté du début, parce que le chef du mouvement présidentiel rencontre naturellement un problème de visibilité, surtout quand le président occupe aussi, par son action, l’espace médiatique. Je le savais, ça m’encourage à la modestie et l’humilité. Je pense que nous surmontons cela. Je suis un chef heureux, ce que je fais est passionnant.

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