Gérard Collomb, l'indéboulonnable homme à poigne d'Emmanuel Macron

PORTRAIT Malgré les critiques, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb est incontournable du fait de sa proximité avec le chef de l'Etat...

Laure Cometti

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Gérard Collomb, le 10 avril 2018 à l'Assemblée.
Gérard Collomb, le 10 avril 2018 à l'Assemblée. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Le ministre de l'Intérieur cumule les polémiques ces dernières semaines, suscitant des critiques dans l'opposition et son propre camp.
  • Il est l'un des plus proches d'Emmanuel Macron, pour s'être investi à fond dans sa campagne.
  • Malgré les polémiques, Gérard Collomb semble incontournable au sein de l'exécutif.

Le premier flic de France agace. Au fil des mois, Gérard Collomb a déclenché des levées de boucliers chez l’opposition de gauche, et même de droite parfois. Il a aussi crispé une partie de la majorité macroniste, au point que son projet de loi asile et immigration a creusé les divisions entre députés LREM. Si pour certains, il est le symbole de la dérive droitière et sécuritaire du gouvernement, le ministre de l’Intérieur n’en semble pas moins indéboulonnable, tant il s’est rendu indispensable pendant la campagne d’Emmanuel Macron.

L’ancien maire de Lyon a mis les pieds dans le plat en décembre, en publiant une circulaire sur le recensement des migrants en hébergement d’urgence. Le texte a électrisé les débats parlementaires avant même l’arrivée du projet de loi asile et immigration à l’Assemblée. Face à une partie des députés LREM qui voulait rééquilibrer le texte avec plus « d’humanité », Gérard Collomb a défendu la « fermeté » au nom du gouvernement.

Des « transgressions » sur les migrants et les manifestants

« Il n’y avait pas beaucoup d’ouverture, il nous a fait comprendre que les points durs n’étaient pas négociables », se souvient le député Jean-Michel Clément, opposé à la réforme, qui s’est depuis mis en congé du groupe LREM.

Depuis le début du mois de mai, le locataire de la place Beauvau a enchaîné les polémiques, suscitant critiques et malaises au sein de son camp. Après les débordements dans le cortège parisien de la manifestation du 1er-Mai, certains marcheurs s’interrogeaient sur le manque d’anticipation de l’Intérieur.

Le 26 mai, après la marche organisée par la gauche pour « faire la fête à Macron », Gérard Collomb a déploré la « passivité » des manifestants, qu’il a appelé à « s’opposer aux casseurs » pour « ne pas être complices de ce qui se passe ». Ces propos ont suscité un tollé dans l’opposition, et des recadrages, subtils, de la part du gouvernement. « Je n’emploierais pas le mot 'complicité' », a réagi la garde des Sceaux Nicole Belloubet, s’empressant d’ajouter : « je n’en tiens évidemment pas rigueur au ministre de l’Intérieur ». Il faut dire que son collègue est incontournable dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

Un très proche de Macron

« Il a une grande proximité avec le président et la Première dame car il a beaucoup participé à la campagne, en logistique, en moyens et en réseaux », observe le sénateur de la Côte-d’Or François Patriat, dont la carrière est aussi longue que celle de Gérard Collomb. « Il considère qu’il a une place à part et revendique son droit à la parole. Ses transgressions sont celles d’un élu local qui a acquis une respectabilité à la tête de la métropole de Lyon, il reste prudent », poursuit l’élu LREM.

Gérard Collomb, qui rêvait depuis les années 1980 d’un ministère selon celui qui l’a connu au Parti socialiste, est désormais aussi un conseiller particulier du chef de l’Etat. « Il a pesé dans le choix sur Notre-Dame-des-Landes, avec ses convictions ultra-sécuritaire, car il pensait qu’il serait difficile d’évacuer la ZAD si l’aéroport était maintenu », assure une source proche du dossier.

Le ministre de l’Intérieur est moins proche du Premier ministre. Interpellé sur la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, Gérard Collomb a préféré utiliser un « joker » que de soutenir la mesure portée par Edouard Philippe, qui l'a recadré.

Un macroniste pas très « nouveau monde »

Au sein de la majorité, le numéro 2 du gouvernement ne suscite pas que des louanges. Sa communication est critiquée même au sein de son ministère, selon des témoignages publiés par L'Opinion. « L’oratoire, c’est pas sa spécialité », sourit un macroniste avant de lâcher : « à Lyon, j’ai jamais vu un discours aussi chiant de ma vie ! »

Son âge, qui en fait le doyen du gouvernement, et ses multiples mandats au compteur (sénateur, maire, député, président de métropole) n’en font pas l’incarnation parfaite du « nouveau monde » que les macronistes appelaient de leurs vœux pendant les campagnes présidentielle puis législative. « Il a l’image d’un homme un peu fatigué », juge un marcheur. Sa cote de popularité progresse toutefois dans les sondages. De quoi renforcer la position de Gérard Collomb, qui a ajouté ce mercredi une nouvelle polémique à son palmarès, déclarant au Sénat que « les migrants font du benchmarking » pour choisir leur destination en Europe.

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