«La petite guéguerre entre le sud et le nord me fait sourire», dit le député à l'origine de l'amendement chocolatine

INTERVIEW «20 Minutes» a interrogé le député LR Aurélien Pradié qui souhaite faire reconnaître le terme «chocolatine» par l'Assemblée...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Ceci n'est pas une chocolatine.
Ceci n'est pas une chocolatine. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA
  • Le projet de loi agriculture et alimentation est actuellement à l'Assemblée nationale.
  • Le député LR Aurélien Pradié souhaite faire reconnaître le terme «chocolatine».
  • 20 Minutes l'a interrogé.

C’est un débat vieux comme le monde : doit-on dire « pain au chocolat » ou « chocolatine » (pour désigner les pains au chocolat)? A l'occasion du projet de loi agriculture et alimentation, le député Les Républicains du Lot Aurélien Pradié a osé relancer le sujet à l'Assemblée en déposant un amendement pour notamment faire reconnaître l'appelation «chocolatine ». 20 Minutes a interrogé le parlementaire avant le vote crucial de mercredi.

Pourquoi avoir déposé cet amendement qui risque de fracturer le territoire français ?

La petite guéguerre entre le sud et le nord me fait sourire. Je le prends très bien, car on n’est pas obligé d’être sinistre lorsqu’on est député. On peut avoir du second degré. Mais derrière cet amendement, il y a quelque chose de plus sérieux. Nous souhaitons faire évoluer le code rural pour valoriser les produits régionaux, protéger les produits de qualité et le savoir-faire local.

Nous avons aujourd’hui des spécificités de langage, comme le terme chocolatine [pain au chocolat], pour désigner des produits de qualité. Nous disons : il doit y avoir une différence entre une chocolatine surgelée [pain au chocolat surgelé] et un vrai produit de qualité. L’appellation doit permettre de protéger le produit. A ce titre, seuls les produits de vrais artisans boulangers s'appeleraient chocolatines [pains au chocolat]. La reconnaissance de ces appellations pourraient permettre des débouchées sur des appellations d’origine contrôlée, des produits label rouge et devenir des élements de reconnaissance pour les consommateurs. Ce n’est pas l’idée du siècle, mais c’est une disposition parmi d’autres.

Vous auriez pu déposer exactement le même amendement avec le terme « pain au chocolat »…

C’est vrai, mais je suis élu du Sud-Ouest, j’en suis fier. Je ne suis pas comme ces députés sans saveur, fades au possible et ennuyeux. J’assume de faire les choses avec un peu de second degré. D’ailleurs, je suis un défenseur de la chocolatine [pain au chocolat] mais je reste tolérant vis-à-vis des défenseurs du pain au chocolat.

L'amendement a beaucoup fait réagir sur internet. Il a également été critiqué. Vous assumez un joli coup de com' ?

Je n’ai fait aucune communication sur le sujet. Rien posté sur les réseaux sociaux. J’ai d’ailleurs déposé une quarantaine d’amendements sur la loi agricole. J’aurais peut-être dû y glisser le mot chocolatine [pain au chocolat] à chaque fois… Mais j’accepte le buzz et le second degré. Que tous les rabat-joie du pays s’intéressent à mes autres amendements.

Pensez-vous pouvoir convaincre les députés n’habitant pas le Sud-Ouest de voter cet amendement mercredi?

On verra. Pour être honnête, j’espère qu’on va surtout avancer sur le cœur du sujet de cette loi : assurer aux producteurs une juste rénumération. On nous a fait de grandes promesses sur ce texte, mais on se rend compte qu’il est finalement très faible. Le gouvernement laisse court à l’ultralibéralisme alors qu’en matière agricole, on a besoin d’une certaine réglementation. Il faut replacer le prix au cœur du sujet.

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