Banlieues: Face à Borloo qui en fait un peu trop, l'Elysée reprend la main

VILLES Le président de la République va annoncer quelques mesures mardi, mais pas de plan de grande envergure pour les banlieues, contrecarrant les espoirs de Jean-Louis Borloo…

Laure Cometti

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Jean-Louis Borloo et Emmanuel Macron, le 14 novembre 2017 à Tourcoing.
Jean-Louis Borloo et Emmanuel Macron, le 14 novembre 2017 à Tourcoing. — LO PRESTI-POOL/SIPA Ville : Tourcoing Pays : France Mots-clés : Horizontal Catégories : government, housing and urban planning, interior policy
  • Emmanuel Macron a confié à Jean-Louis Borloo un rapport sur les banlieues à l'hiver 2017.
  • L'ancien ministre a beaucoup médiatisé son plan et a mutliplié les rencontres pour fédérer les acteurs locaux, qui avaient fait part de leur mécontentement au début du quinquennat de Macron.
  • L'Elysée veut désormais reprendre la main et ne glorifie pas le rapport Borloo.

Alors que Jean-Louis Borloo est omniprésent, sur le terrain et dans les médias, depuis déjà plusieurs semaines pour faire le service «avant-vente» de son rapport sur les banlieues, l’Elysée temporise. Missionné en novembre dernier par Emmanuel Macron pour faire des propositions, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy a finalement rendu un pavé de 164 pages au Premier ministre le 26 avril dernier.

Mardi matin, Emmanuel Macron recevra à l’Elysée des acteurs (politiques, associatifs, éducatifs…) et des habitants des banlieues pour échanger avec eux, « fixer un cap et une vision dans un discours » et faire plusieurs annonces, indique la présidence. « L’enjeu n’est pas de réinventer de grands dispositifs », qui « viennent d’en haut », mais d'« être efficace », poursuit l’Elysée, donnant en exemple une mesure pour garantir 30.000 stages de troisième aux collégiens des quartiers prioritaires.

Une « surmédiatisation » ?

Une façon implicite de tempérer les ardeurs de Jean-Louis Borloo qui sillonne les villes de banlieue et multiplie les rencontres avec des élus locaux pour fédérer autour de ses 19 programmes, dont l’addition s’élève à 48 milliards d’euros - une facture qui refroidit l’exécutif.

« Borloo travaille à l’ancienne, c’est un rapport de force, un bras de fer qu’il a instauré avec Macron », déplore un acteur de terrain qui s’est étranglé en entendant Jean-Philippe Acensi, président de l’association « Bleu blanc zèbre » annoncer le 10 avril dernier sur RMC que le rapport serait présenté le 26 avril, alors que l’exécutif, qui l’avait commandé, n’avait encore rien annoncé. « J’ai engueulé Borloo ! Surmédiatiser ce rapport, annoncer sa publication avant l’exécutif, et s'entourer de maires démissionnaires c’était maladroit, comme une provocation à Macron », poursuit notre source, pourtant proche de Borloo et élogieuse sur le rapport.

« Le plan Borloo n’est qu’une initiative parmi d’autres »

Matignon a finalement attendu le 25 avril pour annoncer que le rapport serait remis le lendemain. Et le chef de l’Etat a pris son temps : un mois après la présentation du rapport, il fera quelques annonces mardi. « Il parlera du rapport Borloo, mais pas uniquement. Il s’agit d’une initiative parmi d’autres, sa réflexion s’appuie sur bien d’autres éléments », tempère la présidence, qui cite le groupe « Politique de la ville » formé par une cinquantaine de députés macronistes en décembre dernier et le conseil présidentiel pour les villes, créé par Emmanuel Macron. Ses 25 membres, dont l’humoriste Yassine Belattar, se réuniront pour la première fois autour du président mardi matin.

« Le gouvernement n’a pas attendu Borloo, il a déjà fait beaucoup pour les banlieues », vante une source proche de l’Elysée, qui rappelle le discours de Tourcoing avant d’égrener les emplois francs, le dédoublement des classes de CP, le doublement des fonds consacrés à la rénovation urbaine (de 5 à 10 milliards d’euros) et l’expérimentation de la police de sécurité du quotidien, en envoyant au passage un tacle au rapport : « la sécurité, Borloo n’en parle pas dans son rapport, alors que c’est une des préoccupations principales des habitants ». « Faux procès, réplique le maire PCF de Grigny Philippe Rio, Borloo n’a pas été missionné pour faire un plan sur la sécurité intérieure ou la lutte antiterroriste ».

Rapport de force entre élus locaux et sommet de l’Etat

Cette séquence banlieues donne le sentiment qu’on rejoue le match entre les territoires et le sommet de l’Etat, tendu dès le début du quinquennat. A deux ans des municipales, les élus locaux, veulent se faire entendre à l’Elysée. Les tribunes de maires et d'associations locales se sont multipliées pour soutenir les programmes de Jean-Louis Borloo. Jeudi, François Baroin (LR), le président de l’Association des maires de France (AMF) a affirmé son soutien aux principales orientations du rapport et appelé Emmanuel Macron à le prendre « en compte ».

« Après le débat sur budget 2018, on était déçu car il n’y avait pas grand-chose sur les quartiers », se souvient la députée LREM du Nord Catherine Osson, membre du groupe de travail « Politique de la ville ». « Mais on a été entendus par le président… enfin on verra mardi », dit-elle.

Mêmes attentes fortes du côté des maires. « La parole présidentielle ne peut pas être en deçà du rapport Borloo », estime Philippe Rio qui attend « une parole forte, républicaine, qui redonne confiance », tout en se méfiant de « la technocratie et Bercy qui risquent de passer à la moulinette des propositions qui ont fait leur preuve sur le terrain ». Il prévient : « ce serait une erreur politique majeure de ne pas prendre ce dossier, le président doit aussi agir pour les derniers de cordée ». En attendant mardi, l’Elysée assure que le président « partage avec Borloo le constat d’urgence ».