Limitation de vitesse à 80km/h: Collomb émet des réserves, Edouard Philippe le recadre

SECURITE ROUTIERE Le ministre de l’Intérieur a toutes les peines du monde à défendre la limitation de la vitesse à 80km/h portée par Edouard Philippe…

M.B.

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Des associations et groupes d'usagers protestent contre la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires.
Des associations et groupes d'usagers protestent contre la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires. — N. Tucat / AFP

Visiblement la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires fait quelque peu tiquer Gérard Collomb. Interpellé sur cette question jeudi soir lors d'une réunion publique à Rungis , à l’occasion du premier anniversaire du gouvernement, le ministre de l’Intérieur a répondu en souriant : « Je prends un joker sur la question ».

Une mesure qui fait débat

Cette sortie a tout de suite relancé le débat sur l’impopularité de la mesure. Le député Les Républicains de la Manche Philippe Gosselin a jugé sur Twitter que «ce manque de solidarité gouvernementale montr[ait] bien l'entêtement d'Édouard Philippe sur le sujet», avant de l'inviter à «reculer et revenir au bon sens».

Même son de cloche du côté de Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes, opposée à la mesure: «Quand on entend Édouard Philippe, on a l'impression qu'il est le seul à y être attaché», a-t-il regretté vendredi matin sur BFMTV. Pierre Chasseray, dont l'association apporte «son entier soutien» à Gérard Collomb dans un communiqué, a accusé le Premier ministre de rester «campé dans une posture politique».

Enfin, le député Front national Sébastien Chenu a affirmé vendredi sur RMC que la récente séquence illustre une mesure gouvernementale «mal pensée, mal instruite, mal communiquée, qui ne répond pas aux exigences de sécurité sur lequelles le gouvernement a essayé de la faire passer».

Un couac?

Face à ces critiques, Édouard Philippe s'est dit «prêt à assumer» l'«impopularité» de la mesure. «Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique», a-t-il déclaré depuis Strasbourg. Le chef de l'exécutif a ajouté «pouvoir compter sur l'engagement du ministre de l'Intérieur pour faire en sorte que cette décision du gouvernement soit mise en oeuvre dans d'excellentes conditions».

 

« C’est un joker, ce n’est pas un couac », a abondé Christophe Castaner. « Mais chacun peut avoir ses réserves, plusieurs ministres les ont exprimées », a-t-il poursuivi sur Franceinfo. « Je crois qu’aujourd’hui il faut avoir un peu de fermeté sur ces sujets-là, je sais que c’est impopulaire, mais vous voyez, il faut aussi assumer sa part d’impopularité si elle sauve des vies », a ajouté le secrétaire d’Etat en charge des Relations avec le Parlement et patron de La République en marche.

Gérard Collomb ironique ?

« C’est une mesure portée par le Premier ministre, reprise par le président de la République. Le ministre de l’Intérieur a son mot à dire puisqu’il est en charge de cette compétence », a noté pour sa part sur LCI le député LREM Sacha Houlié. Gérard Collomb est revenu sur ses propos prononcés la veille vendredi matin sur BFMTV et RMC. Et il a de nouveau exprimé des réserves estimant que si« le but recherché est un bon but, on a beaucoup de morts sur les routes de France... les routes départementales sont souvent des routes qui appartiennent aux départements, [et] il faut davantage travailler avec eux » pour appliquer la mesure. « Tout ce que fait le Premier ministre me plaît par définition », a-t-il ajouté dans un sourire pour tenter de clore cette polémique qui enfle.

Dans la foulée, la présidente de la Ligue contre la violence routière est revenu sur le «joker» du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb: «La majorité des accidents mortels ont lieu sur ces routes départementales qui n'ont pas de séparateur médian», a fait valoir Chantal Perrichon, estimant que c'est «une mesure de rupture qui va permettre de sauver des vies et éviter bien du chagrin et du malheur sur les routes de France».

Le président de la République, Emmanuel Macron a confirmé le mois dernier que l'abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h aurait lieu et ce dans le cadre d'une expérimentation de deux ans. Le chef de l’État avait alors justifié cette réforme par la nécessité de lutter contre la mortalité en hausse sur ces axes particulièrement dangereux mais il a pris un double engagement. Loin de venir « remplir les caisses de l’Etat » comme le dénoncent les opposants à la réforme, « tout l’argent [prélevé lors des contrôles de vitesse] sera versé aux hôpitaux qui soignent les blessés de la route », expliquait Emmanuel Macron.