Limitation à 80 km/h: «Laissons les départements et les communes faire du cas par cas»

INTERVIEW Alors que Gérard Collomb peine à défendre la mesure sur les 80 km/h, le député LREM de la Gironde Benoît Simian va plus loin et demande que les territoires gèrent eux-mêmes cette limitation de vitesse sur les routes…

Mickaël Bosredon

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Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances.
Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances. — B.Simian
  • Président du groupe Route et sécurité routière à l’assemblée, Benoît Simian « regrette » la méthode employée par le Premier ministre sur ce dossier.
  • Il demande que la limitation à 80 km/h s’applique uniquement aux routes sans marquage au sol.
  • Selon l’élu, le véritable combat doit être porté sur l’amélioration du réseau routier.

On ne sait pas encore s’il s’agit du début d’une crise, mais c’est pour le moins un couac. La mesure sur la limitation des routes secondaires à 80 km/h, qui doit entrer en vigueur au 1er juillet, était déjà sérieusement critiquée par nombre d’élus locaux. Mais ce vendredi, on a vu un ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, en grande difficulté également pour défendre cette décision. « Le but recherché est le bon parce qu’il y a trop de morts sur nos routes, a-t-il concédé sur BFMTV et RMC, mais il faut peut-être parler davantage aux départements », responsables des routes concernées.

Président du groupe Route et sécurité routière à l’Assemblée nationale, le député LREM de la cinquième circonscription de la Gironde (Médoc) Benoit Simian, va plus loin, et lance un appel auprès de 20Minutes : « Soyons Girondins dans l’application de cette mesure, et laissons les départements et les communes faire du cas par cas. »

La mesure de la limitation des routes à 80 km/h à partir du 1er juillet attire de plus en plus de critiques… Quelle est votre position ?

Ce n’est pas une décision qui relève des pouvoirs du Parlement, mais des pouvoirs réglementaires du Premier ministre. En gros, le Parlement n’a pas été consulté. Au passage, le Conseil national de la sécurité routière n’a pas été consulté non plus… Le porte-parole du gouvernement et le Premier ministre ont affirmé qu’ils continuaient sur cette méthode, je le regrette, car je suis pour le 80, mais là où il n’y a pas de marquage au sol. Cela permettrait d’aller dans le sens d’une amélioration du réseau qui se dégrade, et d’insister sur la qualité de l’infrastructure comme politique de sécurité routière. Je serai même allé plus loin : par exemple j'ai fait limiter à 70 km/h une route sans marquage au sol, la RD 209, qui traverse la commune où j’étais maire [Ludon-Médoc] dans l’attente de travaux.

Je ne nie pas le combat sur la sécurité routière, mais j’ai un problème sur la méthode : pourquoi vouloir régler ce problème depuis Paris et ne pas faire confiance aux territoires ?

Je lance un appel : soyons Girondins dans l’application de cette mesure. Laissons les départements et les communes faire du cas par cas. Mais parallèlement, je me réjouis qu’Emmanuel Macron ait dit qu’il s’agirait d’une expérimentation. On mettra les compteurs à zéro dans deux ans.

Pourquoi prônez-vous une limitation à 80 km/h uniquement sur les routes sans marquage au sol ?

Parce qu’en France nous avons aujourd’hui 50 % des routes sans marquage au sol, et parallèlement quatre fois moins d’accidents sur les autoroutes. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Pierre Calvin, le président de Routes de France. Donc quand je dis oui au 80 km/h sur ces routes-là, ce qui m’intéresse c’est ce fameux critère d’amélioration du réseau. Ces dernières années notre réseau routier est passé de la deuxième à la septième place en Europe [pour le réseau non concédé] !

L’entretien du réseau est un réel défi car avec les baisses de dotation de ces dernières années, la première variable d’ajustement des collectivités a été les routes. Et je ne voudrais pas que l’on se réveille dans 30 ans avec des travaux à réaliser partout, ce qu’il se passe aujourd’hui dans le ferroviaire.

Plus que la vitesse, la sécurité routière est donc une question de qualité du réseau ?

Toutes les statistiques le démontrent : l’état du réseau est responsable d’un certain nombre d’accidents. En Gironde​, l’accidentologie se situe surtout sur les zones denses, Mérignac et Bordeaux, où ce n’est pas la vitesse qui est en cause, et sur cette fameuse RD 209. Pourquoi ? Parce que c’est une des plus dégradées du département. Et à ma demande le département lance des travaux d’urgence l’année prochaine. On voit donc bien que les causes sont surtout liées à la dégradation du réseau.

Par ailleurs, il n’existe même pas de commission sur la sécurité de nos routes. Quand on est maire, on est soumis à une homologation pour nos bâtiments publics, mais pas sur les routes ! Je me battrai pour que dans la loi d’orientation des mobilités, on ait une commission de sécurité qui vienne homologuer nos routes.

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