A Rungis, Gérard Collomb dresse un bilan superficiel de son action

COMMUNICATION A l'occasion d'une vaste opération de communication menée par le gouvernement, le ministre de l'Intérieur a répondu jeudi soir aux questions d'un auditoire acquis à la République en Marche (LREM) à Rungis (Val-de-Marne)...

Helene Sergent

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Gérard Collomb participait comme les autres ministres à une réunion publique à Rungis.
Gérard Collomb participait comme les autres ministres à une réunion publique à Rungis. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Les participants ont majoritairement interrogé Gérard Collomb sur ses thèmes de prédilection: Immigration, sécurité et radicalisation. 
  • L'économie et l'éducation ont en revanche été rapidement survolés par le ministre. 
  • Citoyens proches de la République en Marche (LREM) ou militants composaient la majorité de l'assemblée.

« Soyez bons et à l’écoute », avait demandé Emmanuel Macron à ses ministres. Jeudi soir, sous les poutres de la « grange » de Rungis (Val-de-Marne), le locataire de la Place Beauvau Gérard Collomb s’est prêté comme ses collègues un peu partout en France au « jeu » des questions-réponses face à une centaine de citoyens inscrits.

Majoritairement acquis à la politique macroniste ou militants La République en Marche (LREM), rares sont ceux qui ont osé chahuter le ministre de l’Intérieur. Immigration, terrorisme, radicalisation ont monopolisé les débats et les interrogations des participants. Une aubaine pour Gérard Collomb, qui s’est livré à un exercice pédagogique de son action au détriment de celle menée par le gouvernement.

La macronie parle à la macronie

Ni contradiction ni poil à gratter. Face au ministre installé sur une estrade baignée d’un halo bleu blanc rouge, l’assemblée bienveillante et diverse a instauré dès les premières minutes de l’échange une ambiance conviviale. Venu des Hauts-de-France juste pour l’occasion, un jeune homme demande à Gérard Collomb de résoudre son litige avec l’administration qui a suspendu son permis de conduire. La salle se gondole, il insiste, le ministre fixe le rendez-vous et promet : « Je vais regarder personnellement où en est votre dossier. ».

Quelques minutes après, un chimiste américano-japonais installé à Paris l’interroge sur le nombre de fonctionnaires qu’il juge « énorme » en France « même dans de toutes petites villes ». Les rires reprennent. « Je ne sais pas combien il y a de fonctionnaires dans la salle, je ne vais pas me fâcher avec eux », rétorque l’ancien maire de Lyon.

« Comment lutter contre la radicalisation en prison ? » poursuit une enseignante longtemps intervenue à Fresnes. Le ministre met en avant le plan d’action lancé quelques mois plus tôt, cite les centres de déradicalisation puis enchaîne. Un homme évoque les flux migratoires et « la menace » qu’ils pourraient représenter pour le pays. Gérard Collomb réitère les éléments de langage égrainés tout au long des débats sur le projet de loi « asile et immigration », «fermeté et humanité». Les réponses sont courtes, volontairement superficielles « pour donner la parole au plus grand nombre » se justifiera-t-il à la fin de la réunion.

« Joker »

Sur dix-huit questions, deux ne trouveront aucune réponse. A un syndicaliste routier qui lui demande de revenir sur la limitation de vitesse à 80km/h, le ministre botte en touche et fait valoir un « joker ». Plus tôt, il refuse de commenter la situation de Moussa, guinéen âgé de 28 ans, homosexuel et menacé par la France d’expulsion. Visiblement moins à l’aise sur les sujets d’éducation ou d’économie, Gérard Collomb s’appuie systématiquement sur son action menée lors de son mandat de maire à Lyon.

Karima, 45 ans et militante LREM à Champigny-sur-Marne a posé une question pour son mari, gendarme, sur la formation aux techniques de renseignement. La réponse apportée par le ministre l’a déçue : « Il n’a pas vraiment répondu. C’était très généraliste. Même si l’initiative est intéressante et que ça les rend plus accessibles, j’ai trouvé que ça manquait de profondeur ». Un constat partagé par Geneviève, directrice d’école à la retraite : « Presque toutes les questions portaient sur ses responsabilités à l’Intérieur. C’est normal mais je regrette qu’on n’ait pas abordé de sujets plus sociaux ».

Elle salue en revanche la « pédagogie » affichée par le ministre sur les questions de sécurité : « Sur les fiches S, j’ai appris des choses. Pour moi, les fichés S c’était une seule et même catégorie. Maintenant je sais qu’il en existe plusieurs, très différentes ». Après une heure et vingt minutes d’échange, la réunion se termine malgré les nombreuses mains levées restées en suspens. Dans une ultime boutade, le ministre conclut: « Il faut qu’on termine, demain je vais chez Bourdin ! Et il est dur ».

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