Assemblée: Des députés créent un huitième groupe parlementaire pour peser dans les débats

PALAIS BOURBON L'Assemblée nationale n'a jamais compté autant de groupes parlementaires...

L.C. avec AFP

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L'Assemblée nationale.
L'Assemblée nationale. — CHAMUSSY/SIPA

Après sept mois de gestation, un huitième groupe parlementaire a vu le jour ce mercredi à l’Assemblée, un record. Seize députés se sont réunis pour créer un nouveau groupe parlementaire baptisé « Libertés et territoires ». Coprésidé par les UDI Philippe Vigier et Bertrand Pancher, il est composé de députés non inscrits, radicaux, macroniste et ex-macronistes, centristes, écologistes et indépendantistes corses.

« Le groupe est déposé officiellement et s’appellera Libertés et territoires », a annoncé Philippe Vigier. Il s’agit de « défendre un meilleur respect des collectivités territoriales, une décentralisation du pouvoir et une indépendance plus grande des territoires », a complété Bertrand Pancher.

« C’est mûrement réfléchi »

Il aura fallu plusieurs mois à ces députés de sensibilités diverses pour aboutir à la formation de ce nouveau groupe. Selon plusieurs sources parlementaires contactées par 20 Minutes, les discussions se sont multipliées dès le mois d’avril puis les coups de fils et textos se sont intensifiés pendant les vacances parlementaires de mai, avant une réunion, à l’initiative du député UDI de la Meuse Bertrand Pancher.

« Ça ne s’est pas fait comme cela sur un coin de table, c’est mûrement réfléchi », assure à l’AFP Philippe Vigier, expliquant que « ce qui nous rassemble, c’est la convergence des territoires et des terroirs ».

Un groupe fourre-tout ?

Autour de lui se sont rassemblés des députés de différents bords politiques : des élus en marge du groupe LREM, qui vont définitivement le quitter, comme l’ancien socialiste Paul Molac (Morbihan) et l’écologiste François-Michel Lambert (Bouches-du-Rhône). Mais aussi M’jid El Guerrab (Français de l’étranger), exclu de la majorité après sa mise en examen pour violences volontaires, et Jean-Michel Clément, qui s’était mis en congé du groupe LREM, en désaccord sur la loi sur l’asile et l’immigration. Il a d’ailleurs envoyé une pique à la majorité ce mercredi : « On m’a dit « péché véniel péché mortel ». Moi aussi j’en ai une, une citation. « L’ennui naquit un jour de l’uniformité ». Suivez mon regard. »

Dans le groupe siégeront aussi trois députés corses (Michel Castellani, Paul André Colombani, Jean-Félix Acquaviva), les députés UDI Charles de Courson et Yannick Favennec, des radicaux comme Sylvia Pinel et Jeanine Dubié, le socialiste François Pupponi et les non inscrits Olivier Falorni et Sylvain Brial.

A l’intérieur ou l’extérieur de la majorité ?

Comme le permet le règlement de l’Assemblée nationale, ces députés ont pu se constituer en groupe, à tout moment de la législature, en rassemblant au moins 15 élus autour d’une déclaration politique. Dans les couloirs du palais Bourbon, cet attelage en gestation faisait doucement rire dès le mois de mai. Pour le centriste Jean-Christophe Lagarde il s’agissait d’un « rassemblement des aigris » tandis que le MoDem Marc Fesneau le qualifiait d'« arc-en-cieleste ».

Sans se situer dans la majorité, Libertés et Territoires se définit selon Bertrand Pancher comme « un groupe de propositions et de solutions », qui assure que ses membres s’opposeront « frontalement quand ça n’ira pas dans le bon sens ». Pourtant sceptique en mai dernier sur la création de ce huitième groupe, Gilles le Gendre, chef de files des députés LREM, a déclaré « souhaiter pouvoir établir avec lui des relations constructives qui enrichissent le débat parlementaire ».

Peser à l’Assemblée

Mais l’union fait la force : appartenir à un groupe est une condition clé pour peser au palais Bourbon. Chaque groupe se voit attribuer une dotation financière de fonctionnement, des postes à responsabilités dans les commissions et au bureau de l’Assemblée, une niche parlementaire pour défendre ses propositions de loi et un temps de parole, proportionnels à ses effectifs.

Avoir un groupe ouvre aussi quelques portes, comme celles de Matignon, puisque Edouard Philippe reçoit régulièrement les présidents des groupes parlementaires.