Brigitte Macron a construit sa popularité bien en amont de la campagne présidentielle.
Brigitte Macron a construit sa popularité bien en amont de la campagne présidentielle. — Ludovic MARIN / AFP

INTERVIEW

VIDEO. «Le risque» pour Brigitte Macron: «Confondre popularité médiatique et popularité réelle»

Fabienne Cassagne qui publie «Brigitte Macron, la confidente» (City Edition), dresse un bilan de l'épouse du président, après un an à l'Élysée... 

Un an, déjà ! Un an pile que Brigitte Macron occupe la place de Première dame (qui n’existe pas officiellement et qu’elle ne réclame pas) à l’Élysée aux côtés de son mari. Critiquée, elle a ensuite créé sa place discrètement.

Pour autant, la prochaine année s’annonce comme celle de tous les dangers, comme l’explique Fabienne Cassagne, consultante en communication et auteure de Brigitte Macron, la confidente (City Edition, 16,90 euros) à paraître le 16 mai.

Quel bilan tirez-vous de cette première année de Brigitte Macron à l’Elysée ?

Pendant les premiers mois de la présidence, elle ne s’est pas exprimée. On a appris par la suite qu’elle voulait s’investir dans le handicap, l’éducation… Elle fait cela discrètement, avec beaucoup de rencontres sur le terrain. Elle a une obsession : ne pas entraver l’action des ministres en charge de ces sujets et donc l’action de son mari. Cela prend du temps à se mettre en place mais une fois que c’est lancé, l’action reste pérenne. Regardez la Fondation pour l’enfance créée par Anne-Aymone Giscard d’Estaing ou l’opération pièces jaunes avec Bernadette Chirac.

Sur son bilan en particulier, elle a œuvré en coulisses en faveur de  la prise en charge de l’autisme. A cet égard, la nomination d’une déléguée interministérielle pour l’autisme fin avril est certainement liée à son action à ce sujet. C’est un sujet qu’elle prend très à cœur.

Vous montrez à quel point le couple a construit sa communication avant la présidentielle…

On savait qu’Emmanuel Macron avait recours à des conseillers en communication. Tout a été pensé, réfléchi et millimétré. Il est rompu à la communication et à toutes ses ficelles. Il a très bien compris qu’il y avait une dimension romanesque à sa candidature.

Le grand moment de communication avant la campagne présidentielle, c’est leur premier entretien à Paris Match en avril 2016, à grand renfort de photos sur leur intimité. C’est aussi le seul moment où Emmanuel Macron est pris en défaut. Quand on lui pose des questions sur cette interview, il rejette l'erreur sur sa femme qui ne connaîtrait pas le système médiatique en vigueur. Considérant le degré de préparation du couple et la mise en scène pour ce genre d’exercice, c’est peu plausible.

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Tout bâtir sur la communication, est-ce une stratégie risquée ?

Oui. Tout l’enjeu du couple va être de faire cohabiter l’image d’ouverture et de glamour et la politique réelle qui est bien plus marquée à droite que ce la campagne laissait entendre. C’est ce qui s’est passé aux États-Unis avec Barack Obama auquel Emmanuel Macron s’identifie fortement. L’ancien président américain était aussi apprécié à l’étranger avec sa femme Michelle, beaucoup moins en interne.

Il y a un moment où la popularité de Macron va être confrontée à une politique d'austérité, ressentie notamment par les populations les plus fragiles. Quand on vit à l’Elysée, on peut subir l’ivresse des profondeurs, le danger, c’est de ne plus être en prise avec le terrain.

Le risque pour Brigitte Macron, c’est de confondre la popularité médiatique avec la popularité réelle. Tout aussi séduisante soit-elle, quand on attend 14 heures aux urgences pour être pris en charge, on s’en fiche. Bref, c’est une période délicate qui s’ouvre pour elle.

Pourquoi Brigitte Macron rencontre-t-elle ce succès populaire ?

D’abord parce qu’elle vient combler un vide. Il n’y avait plus personne à l’Elysée depuis quelques années puisque Julie Gayet avait refusé d’assumer le rôle. Si elle rencontre une telle adhésion, c’est aussi parce qu’il y a eu beaucoup de travail de communication pour qu’elle devienne populaire. Et cela continue maintenant qu’Emmanuel Macron est président.

N’a-t-elle pas été très critiquée au départ ?

Oui, mais pas forcément par l’opinion publique. Contrairement à ce que les médias ou certains humoristes ont pu laisser croire. Selon moi, la campagne de dénigrement contre elle, son physique, son statut son âge a pris un tour si odieux que même si l’on ne votait pas Macron, il y a eu un réflexe de solidarité féminine. Certains lui ont reproché d’être tombée amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle en oubliant que cela arrive fréquemment dans l’autre sens sans que cela dérange personne.

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Quels sont son pouvoir et son influence sur les décisions de son mari ?

Cette question, seul Emmanuel Macron peut réellement y répondre. Même ses proches conseillers ne le savent pas précisément. Ce qu’il faut rappeler, c’est que la figure de la femme intrigante pour le pouvoir est très ancienne en France. Il ne me semble pas que son influence soit plus nette que les femmes de président qui l’ont précédé. Cécilia Sarkozy par exemple avait un pouvoir très fort avec Nicolas Sarkozy et elle n’a pas été la seule : regardez Danielle Mitterrand.