Un an après son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron va-t-il pouvoir maintenir le rythme des réformes?

PRESIDENCE Depuis son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron multiplie les annonces de réformes et de mesures pour «transformer en profondeur» le pays...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron à l'Elysée, le 10 avril 2018.
Emmanuel Macron à l'Elysée, le 10 avril 2018. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Depuis son élection, le président a imposé un rythme de réformes très soutenu, lançant simultanément plusieurs projets de loi.
  • Cette méthode découle de l’ADN macroniste, centré sur l’efficacité, la culture d’entreprise et la volonté de se distinguer des précédents présidents de la République.
  • Cette multiplication des annonces comporte toutefois des risques, dont celui de perdre en lisibilité ou de paraître autoritaire.

« On va boucler le programme en un an », nous avait lancé, fièrement, un député macroniste dès le mois de novembre 2017, lors du Conseil national de La République en marche à Lyon. Alors qu’ Emmanuel Macron fêtera le 14 mai son premier anniversaire à l’Elysée, le pari n’est pas tout à fait gagné. Mais l’exécutif est bien parti, grâce à un rythme de réformes plus que soutenu.

Depuis leur élection en juin, les députés ont adopté 112 textes de loi, dont de gros morceaux comme la réforme par ordonnances du Code du travail, la loi antiterroriste, celle sur l’asile et l’immigration. Cette frénésie touche aussi les membres du gouvernement et leurs équipes, sollicités jusque très tard le soir, à tel point que la fatigue commencerait à s’accumuler dangereusement. Le rythme ne devrait pas ralentir de sitôt : l’Elysée veut présenter avant l’été sa réforme des institutions (le 19 mai), celle de l’audiovisuel et une loi sur les fausses infos, avant de lancer avant la fin de l’année deux vastes chantiers, l’un sur les retraites et l’autre sur la bioéthique.

« Macron doit obtenir des résultats rapidement »

« Emmanuel Macron bouscule une règle implicite, une tradition qui voulait que l’on fasse une réforme après l’autre, constate Nicolas Roussellier, historien et spécialiste de la Ve République. Il ouvre plusieurs dossiers en même temps, quitte à multiplier les fronts ». Au printemps 2018, le gouvernement a ainsi mené de front la réforme de la SNCF et celles de la formation professionnelle et de l’accès à l’université. Il a aussi présenté le projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes et fait adopter sa réforme de l’asile et de l’immigration.

Ce rythme très soutenu trouve son origine dans l’identité du jeune mouvement d’Emmanuel Macron, selon Nicolas Roussellier. « Le macronisme se définit très mal et c'était voulu, précisément car il se veut nouveau, ni de gauche, ni de droite. Il s’inventait en marchant pendant la campagne, et désormais, jeu de mots mis à part, en courant. Arrivé au pouvoir, il doit obtenir des résultats le plus vite possible, des victoires qui vont le nourrir et lui apporter une substance », estime le maître de conférences à Sciences Po.

Une abondante communication

La majorité justifie ce programme en martelant « on fait ce qu’on a dit », renvoyant vers le programme réformateur sur lequel Emmanuel Macron a été élu. Elle accompagne les annonces de réformes d’une très abondante communication. Car « le rythme de réformes très intense est aussi ce qui fait la bonne image du président et du gouvernement », selon le député LREM Pacôme Rupin.

Depuis son élection, Emmanuel Macron met en scène son dynamisme, en images. Il multiplie les déplacements à l’étranger, au point qu’un ancien patron du Quai d’Orsay l’a mis en garde fin avril contre la «surchauffe militaire et diplomatique».

En dépit des contestations sectorielles (prisons, hôpitaux, cheminots…), la multiplication des fronts n’a pas (encore) mené à la « convergence des luttes » que les opposants appellent de leurs vœux, et l’exécutif semble vouloir profiter de ce champ libre, en utilisant tous les outils et usages permis par la Ve République : les ordonnances, la procédure accélérée, qui permet de réduire la navette parlementaire et la discipline parlementaire. « Le mandat présidentiel est très court, cela oblige le président à avoir des résultats rapidement, d’autant que les élections européennes auront lieu dans un an et qu’elles vont servir de référendum pro ou anti-Macron », avance Nicolas Roussellier.

« Le risque de paraître trop autoritaire »

« La vitesse a plutôt bonne presse auprès de l’opinion publique », souligne Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF, avec toutefois des limites. « Le risque est de paraître trop autoritaire, pas assez à l’écoute, en cumulant les réformes par ordonnances, à un rythme très soutenu ».

La méthode Macron égratigne « la culture démocratique et républicaine, faite d’écoute, de négociation avec les partenaires sociaux, de concertation des citoyens, de dialogue avec le Parlement, abonde Nicolas Roussellier. Emmanuel Macron risque de se forger l’image d’un dirigeant qui use de l’autorité sans beaucoup d’égard pour cette culture ». Par ailleurs, « vers quel horizon mènent ces réformes ? Emmanuel Macron ne le dit pas pour l’instant », s’interroge le chercheur, pointant l’autre limite de la multiplication des annonces et des fronts, celle de la lisibilité.

« Je ne suis pas sûr que ce qu’il dise soit audible », doutait Dominique Wolton, spécialiste en communication politique au CNRS, interrogé en avril par l’AFP. La multiplication des annonces de réformes depuis son élection crée selon lui « un effet de saturation ». Pour être plus audibles, les macronistes se mobiliseront de mai à juin pour défendre le bilan de cette première année du quinquennat Macron.

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