Nouvelle-Calédonie: Pourquoi la visite d'Emmanuel Macron est très sensible

POLITIQUE Le chef de l’Etat a commencé ce jeudi un déplacement de trois jours en Nouvelle-Calédonie, à l'occasion du trentième anniversaire de l’assaut de la grotte d’Ouvéa et à six mois d’un référendum sur l’autodétermination de l’île…

A.B.

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Le président Emmanuel Macron est en déplacement deux jours en Nouvelle-Calédonie.
Le président Emmanuel Macron est en déplacement deux jours en Nouvelle-Calédonie. — Ludovic MARIN / AFP
  • Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi en Nouvelle-Calédonie pour un déplacement de trois jours, à six mois du référendum d’autodétermination.
  • Il y rappellera l’histoire et les valeurs communes qui existent entre la métropole et l’archipel.
  • Le président a également prévu d’assister aux commémorations du trentième anniversaire de l’assaut de la grotte d’Ouvéa.

C’est sa première fois là-bas. Emmanuel Macron est arrivé ce jeudi en Nouvelle-Calédonie, où il est en déplacement durant deux jours. Une visite scrutée et attendue, à six mois du référendum sur l’autodétermination de l’archipel prévu le 4 novembre. Un scrutin à l’issue duquel la collectivité d’Outre-Mer pourrait retrouver sa pleine souveraineté, conformément aux dispositions de l’accord de Nouméa, et qui attise les tensions entre partisans de l’indépendance et leurs opposants, donnés majoritaires. Le chef de l’Etat se rendra aussi à Ouvéa à l’occasion du 30e anniversaire de l’assaut meurtrier de la grotte de Gossanah, où sa venue n’est pas souhaitée de tous, à commencer par les familles des victimes. Un déplacement à forte portée politique et symbolique, au cours duquel le chef de l’Etat sera attendu au tournant.

Un grand discours et des commémorations

A sa descente d’avion, le chef de l’Etat s’est dit « très heureux » de « venir ici dans une année qui est importante pour la Nouvelle-Calédonie ». Quelques mois après la visite de son Premier ministre sur l’archipel, Emmanuel Macron devrait rappeler les « valeurs communes » et l’histoire qui unissent les Français de métropolitains et de Nouvelle-Calédonie. « Ce sera d’abord l’occasion (…) de consacrer des moments importants de notre histoire commune, des moments qui ont pu être parfois douloureux, comme ceux que nous aurons à commémorer », soulignait-il en début de semaine, citant « l’anniversaire des 30 ans d’Ouvéa ».

Grand moment symbolique de son déplacement, le chef de l’Etat remettra samedi au gouvernement calédonien l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, le 24 septembre 1853, signé par le contre-amiral Auguste Fébvrier-Despointes au nom de Napoléon III, lors d’une cérémonie au Centre culturel Tjibaou. Emmanuel Macron prononcera le même jour un « grand discours » à l’occasion le 5 mai du vingtième anniversaire de l’accord de Nouméa de 1998, qui a mis un terme aux violences et entamé un processus de décolonisation par étapes, ouvrant la voie au référendum d’autodétermination, prévu le 4 novembre.

Le « non » à l’indépendance en tête dans les sondages

Et c’est là l’un des enjeux majeurs de son déplacement, à six mois du référendum d’autodétermination à l’issue duquel l’archipel pourrait être indépendant. La Nouvelle-Calédonie « est une chance, sur le plan géopolitique », « une richesse », « une opportunité », a déclaré Emmanuel Macron avant de quitter le sol australien. Si pendant la campagne présidentielle, le candidat Macron avait souhaité « que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale », le président élu changé de posture. Il a ainsi précisé cette semaine qu’il n’avait « pas à prendre position » sur le référendum. « Je respecte ce vote, qui est une première… C’est un exemple, le monde nous regarde faire », a-t-il ajouté. « Il ne faut pas que ce soit un moment de tension inutile ». Quel que soit le résultat, « nous respecterons ce vote », a-t-il affirmé.

Ainsi, le 4 novembre prochain, les Calédoniens devront répondre à : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Et seuls les électeurs inscrits sur la liste spéciale référendaire, plus restreinte que la liste électorale classique, seront invités à y répondre par oui ou par non. Une liste électorale spéciale dont les conditions de composition ont été déterminées au terme des deux derniers comités des signataires chapeautés par Edouard Philippe en novembre et en mars. Et qui compte à ce jour 158.000 électeurs. L’Accord de Nouméa prévoit que « pour avoir le droit de voter, il faut au minimum vingt ans de présence en Calédonie et l’avoir prouvé », indiquait à 20 Minutes Frédéric Angleviel, historien spécialiste de la Nouvelle-Calédonie.

Pour l’heure, c’est le « non » à l’indépendance qui est en tête dans les enquêtes d’opinion. Selon un sondage* I-Scope effectué pour la chaîne Calédonia dont les résultats ont été publiés ce jeudi, 59,7 % des personnes interrogées se prononceraient pour le non à l’indépendance, contre 22,5 % de oui et 17,8 % d’indécis.

Un déplacement présidentiel controversé à Ouvéa

Au programme de son déplacement, Emmanuel Macron a aussi prévu de se rendre à Ouvéa -une première pour un chef d’Etat. Il sera le 5 mai, soit la date du trentième anniversaire de l’assaut lancé par l’armée et la gendarmerie de la grotte de Gossanah, en 1988. Un événement sanglant qui avait coûté la vie à dix-neuf militants indépendantistes. Le président participera également à une cérémonie commémorative à la gendarmerie de Fayaoué, où quatre gendarmes avaient trouvé la mort quelques jours avant l’assaut de la grotte.

Une visite qui n’est pas du goût de tous, et qui déplaît particulièrement au collectif de Gossanah, qui refuse que le président de la République se rende sur place le 5 mai, « jour de deuil et de recueillement des familles ». « Macron n’ira pas au monument des 19 [nombre de Kanaks tués lors de l’assaut de la grotte] », a ainsi déclaré Macky Wéa, responsable du collectif, qui voit dans cette démarche « une insulte et une provocation ». Dans le même temps, dans le camp des non-indépendantistes, on estime que la visite présidentielle est trop tournée vers l’identité kanak.

*Enquête réalisée du 16 au 25 avril auprès d’un échantillon de 682 personnes.

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