Laurent Wauquiez: «Il faut rendre la castration chimique obligatoire pour les violeurs»

INTERVIEW Le président des Républicains a répondu aux questions de «20 Minutes» ce mercredi...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Laurent Wauquiez, patron des Républicains, le 23 novembre 2017 à Arcachon.
Laurent Wauquiez, patron des Républicains, le 23 novembre 2017 à Arcachon. — UGO AMEZ/SIPA
  • Laurent Wauquiez plaide pour imposer la castration chimique aux violeurs afin de lutter contre les récidives.
  • Le président des Républicains dénonce l'attitude d'Emmanuel Macron et du gouvernement après les violences survenues à Paris lors de la manifestation du 1er-Mai et parle d'une «crise profonde de l'autorité».
  • Il évoque aussi la reconstruction de son parti et assure qu'il ne fera jamais d'alliance avec Marine Le Pen.

Le président des Républicains a répondu aux questions de 20 Minutes ce mercredi. Laurent Wauquiez annonce notamment que les députés LR vont déposer une proposition de loi pour imposer la castration chimique aux violeurs afin de lutter contre la récidive, alors que l’homme ayant avoué le viol et le meurtre d’ Angélique, 13 ans, a été écroué dans la nuit de lundi à mardi.

Au lendemain du défilé parisien du 1er-Mai émaillé de violences, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes dénonce l’attitude d’Emmanuel Macron et du gouvernement et parle d’une « crise profonde de l’autorité ».

Un an après l’échec de François Fillon au premier tour de la présidentielle, il évoque aussi le lent travail de reconstruction du parti, qui ne « fera jamais d’alliance avec le Front national » tant qu’il le dirige, assure-t-il.

L’homme qui a avoué avoir violé et tué Angélique était un récidiviste inscrit au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS). Que vous inspire ce fait divers ?

Nous avons tous été touchés par le caractère tragique de l’histoire d’Angélique. J’ai aussi un sentiment de colère et d’incompréhension : comment se fait-il que cet homme déjà condamné pour viol ait pu être remis en liberté sans surveillance ? Malheureusement ce fait divers n’est pas isolé. Les chiffres sont terrifiants : chaque année 62.000 femmes sont violées en France, une femme de moins de 35 ans sur vingt est agressée sexuellement chaque année et un violeur sur vingt récidive. On ne peut pas rester les bras croisés face à ces réalités.

Que faudrait-il faire selon vous ?

Les prédateurs sexuels doivent soit subir une castration chimique, soit rester en prison. Il faut ouvrir la possibilité pour le juge de rendre obligatoire la castration chimique. Cela consiste en une injection de produits, à peu près tous les trois mois, pour diminuer les hormones et les pulsions sexuelles. C’est un traitement réversible. Cela permet de diminuer de manière très importante le risque qu’un violeur récidive.

Des psychiatres soulignent que cette mesure est loin d’être totalement efficace pour lutter contre la récidive.

Ce qui m’importe, c’est la protection des victimes, pas les droits des violeurs. Aujourd’hui, la castration chimique se fait à la demande du violeur lui-même, c’est absurde. Il faut que le juge puisse l’imposer au violeur, avec un accompagnement médical et psychiatrique. Et si le violeur refuse, alors il devra rester en prison, en rétention de sûreté. Les Républicains déposeront une proposition de loi pour défendre cette mesure.

Hier, la manifestation du 1er-Mai a dégénéré à Paris sous l’impulsion d’environ un millier de casseurs cagoulés. Vous avez dénoncé sur Twitter une « faillite de l’Etat ». Il y a eu une défaillance des autorités selon vous ?

On finit par se résigner à l’inacceptable. On ne peut quand même pas accepter que l’on ait en France, dans Paris, des casseurs qui ne respectent plus rien et ne craignent plus rien. Ce qui me préoccupe beaucoup, c’est qu’on a le sentiment d’une crise profonde de l’autorité. C’est la même crise profonde de l’autorité qu’illustrent les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou les casseurs du 1er mai. Certains Français respectent les règles, et dès qu’ils commettent la moindre faute, ils sont sanctionnés, tandis que pour d’autres, c’est l’impunité.

Le président, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur nous expliquent qu’ils ont fait tout leur possible, qu’ils ne pouvaient pas faire mieux. Mais qu’est-ce à dire ? Qu’un pays comme la France n’a plus les moyens d’assurer l’ordre public pendant une manifestation ? Aujourd’hui, il n’y a plus de respect pour l’autorité. Par ailleurs, il y avait un contraste dérangeant entre la photo du président de la République en train de boire une coupe de champagne en Australie et les images des casseurs au cœur de Paris. Emmanuel Macron aurait dû être en France le 1er mai.

C’est une erreur politique de sa part de ne pas avoir été en France selon vous ?

Plus que ça, c’est une légèreté. Tout le monde connaissait les risques qui entouraient ce 1er mai. La place du président de la République était en France. Je pense qu’il sous-estime considérablement ce défi. Le voir en train de trinquer dans un cocktail chic pendant qu’il y avait des casseurs dans les rues de Paris, ce n’est pas acceptable.

On parle beaucoup de ces casseurs, qui ont commis des dégradations matérielles certes très importantes. En parallèle, on a moins parlé des 143.000 à 210.000 personnes qui ont manifesté dans toute la France. Que vous inspire cette mobilisation ?

Je respecte ceux qui expriment leur colère, mais j’essaie plus encore d’être attentifs à ceux qui sont silencieux et n’ont personne pour les représenter dans la rue. Je crois que la colère qui monte, plus que celle de la CGT, est celle des classes moyennes, de ceux qui ont été assommés par les augmentations d’impôts. Ceux qui vont travailler tous les jours, avec souvent des temps de trajet importants ont subi l’augmentation de la CSG, la fiscalisation du livret A, la remise en cause de la politique familiale, l’augmentation du gaz, du fioul… Et en même temps, Emmanuel Macron supprimait l’ISF pour les 5 % les plus riches.

La France tient grâce à ces classes moyennes qui travaillent. Le président leur demande beaucoup d’efforts. 2017 était déjà une année record pour les impôts, ça suffit ! Ce ras-le-bol me préoccupe plus que celui des 200.000 syndiqués qui ont défilé.

On apprend aujourd’hui dans le magazine Forbes qu’Emmanuel Macron envisage de supprimer l’exit tax. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Avec Macron, c’est deux poids, deux mesures. Ce n’est pas juste. 42 % des cadeaux fiscaux ont été faits aux 5 % les plus riches. Il faut diminuer les impôts, mais il faut aussi des gestes pour ceux qui travaillent sans toucher un salaire mirobolant, pour les retraités. Emmanuel Macron ne lutte pas contre le gaspillage de l’argent public alors il prend l’argent dans la poche des Français des classes moyennes. La droite que je porte défend les classes moyennes. Aujourd’hui, le travail ne paie plus en France. C’est le problème majeur de notre pays, et Emmanuel Macron ne l’a pas compris.

Est-ce que LR est aujourd’hui le premier parti d’opposition ? Un sondage paru ce mercredi indique que pour les Français, La France Insoumise incarne « la meilleure force d’opposition », loin devant votre parti.

Je ne fais pas le concours de celui qui crie le plus fort. Je ne veux pas que Les Républicains s’opposent à tout, tout le temps, n’importe comment. S’il y a des mesures qui vont dans le bon sens, nous les soutenons. Mon but est de défendre quelques idées simples et de bon sens : que le travail paie, que les citoyens ordinaires n’aient plus peur, que l’on soit ferme contre l’immigration de masse et le communautarisme.

Tout est à reconstruire. Je suis en train d’essayer de rebâtir une nouvelle droite, avec une nouvelle génération, qui a 40 ans d’âge de moyenne, avec une seule ligne directrice : avoir le courage de dire les choses. Je veux dire tout fort ce que beaucoup de Français sont trop souvent condamnés à penser tout bas.

Les dernières enquêtes d’opinion montrent que cette stratégie ne fonctionne pas vraiment…

On a perdu une élection et on a écœuré les gens lors de cette élection. Les Français ne vont pas nous refaire confiance tout de suite. Nous serons jugés sur notre capacité à défendre nos propositions dans la durée. Si au premier sondage, je commence à dire l’inverse de ce que je crois, qui va me faire confiance ?

Les élections européennes, dans un an, seront une échéance importante pour votre parti. Vous avez prévu en juin un conseil sur l’Europe. Quelle sera la position des Républicains ? Certains membres de votre parti ont tracé une ligne rouge, annonçant qu’ils ne soutiendraient pas un programme eurosceptique.

Sur le débat européen, il y a deux excès tout aussi fous l’un que l’autre. Le premier, celui de Marine Le Pen, consiste à se replier derrière la palissade du village gaulois. Le second, c’est celui d’Emmanuel Macron qui saute comme un cabri dès qu’on parle d’Europe, qui veut poursuivre l’élargissement de l’UE et abandonner toujours plus la souveraineté française au profit de Bruxelles et de sa technocratie.

Nous voulons remettre l’Europe la tête à l’endroit. Cela veut dire arrêter l’élargissement qui nous a menés dans le mur. Il y a des domaines dans lesquels on croit à l’Europe, il faut les renforcer, comme le programme Erasmus, l’Europe de la recherche. Mais quand cela ne marche pas, notamment en matière d’immigration, il faut tout changer. A nous de porter l’ambition européenne mais de corriger tout ce qui ne marche plus.

Comme LREM qui organise une consultation auprès des Français sur l’Europe, pourriez-vous sonder les citoyens sur l’Europe, ou l’immigration ?

Je me méfie toujours de ces fausses consultations. Je suis toujours passé par le terrain, j’ai été maire, je m’occupe d’une région. Je n’ai pas besoin d’un cabinet de pub ou de consultations virtuelles pour entendre ce que veulent les Français. La consultation à laquelle je crois, c’est la parole directe avec les Français.

Vous avez dit que vous ne souhaitez pas être dans une opposition sectaire au gouvernement. Vous avez ainsi soutenu les réformes de la SNCF et celle du Code du travail, or ce sont celles qui ont suscité ou suscitent le plus de contestation sociale. Par ailleurs, quelles autres réformes portées par Emmanuel Macron pourriez-vous soutenir à l’avenir ?

Je soutiens la réforme de la SNCF car je considère que ce n’est pas normal que certains en France bénéficient d’un statut privilégié. Si c’était justifié au début du XXe siècle, aujourd’hui ça ne l’est plus. C’est faire preuve d’honnêteté que de soutenir cette réforme, même si elle vient du camp politique d’en face.

Je serais prêt à soutenir une réforme qui instaurerait, en contrepartie du RSA, des heures de travail, car je considère que l’assistanat est en train de miner notre pays.

Les nouveaux mouvements  se sont multipliés à droite ces derniers mois. Est-ce que vous avez des difficultés à réunir vos troupes et à en être le chef incontesté ?

Oui, c’est vrai, on a ouvert les portes, les fenêtres. Il y a toute une génération qui est partie, qui a parfois un peu grommelé, mais tant mieux, la droite a besoin de renouvellement.

Je pense que le débat est indispensable, que chacun apporte ses idées et ne soit pas le petit doigt sur la couture du pantalon. En tant que supporter de l’ASM rugby de Clermont je pense que c’est très bien qu’il y ait du caractère dans un pack, mais qu’il faut que tout le monde ait le sens du collectif et pousse dans la même direction. Bruno Retailleau a fait des propositions sur l’Europe qui sont très intéressantes, nous allons les étudier. Guillaume Peltier en fait d’autres sur l’aide aux frais de transport des Français qui travaillent.

La direction des jeunes Républicains a été renouvelée également récemment, mais Aurane Reihanian, contesté pour des propos sur les musulmans ou les enfants issus de PMA, en fait toujours partie. Ses propos ne seront donc pas sanctionnés ?

Pour vous répondre très franchement, je pense que personne ne se soucie de cette polémique superficielle. C’est un sujet de tambouille politicienne, à mon avis complètement coupé des préoccupations du quotidien des Français.

Lors du vote sur la loi Asile et immigration, on a observé à l’Assemblée une convergence des votes des députés Républicains et du Front national. Vous ne le dites pas, mais sur certains sujets, dont l’immigration et le terrorisme, vous avez des positions similaires à celles de Marine Le Pen. Pourriez-vous vous allier ponctuellement, sur certains sujets ?

Je respecte ceux qui ont voté FN, qui sont souvent été écœurés par les politiques car ils avaient le sentiment que rien ne bougeait dans le pays, quelles que soient les majorités. C’est pour ça que la nouvelle droite que je veux rebâtir est une droite qui n’a pas peur de ses valeurs et qui refuse d’accepter en silence certaines choses. Je refuse que mon pays change de nature et se détricote sous mes yeux.

Mais je ne ferai jamais d’alliance avec Marine Le Pen, parce qu’elle a montré son visage lors du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle, celui de l’agressivité et l’incompétence. Je ne changerai pas d’idées parce que le FN en partage certaines, comme l’expulsion des étrangers fichés les plus dangereux et la rétention de ceux qui sont Français, que je réclame depuis trois ans.

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